4 octobre 2012 / 10:44 / dans 5 ans

Sony, géant déchu, peine à remonter la pente

par Tim Kelly

<p>Au salon de l'&eacute;lectronique CEATEC, pr&egrave;s de Tokyo. Alors que Sony a d&eacute;pens&eacute; 1,8 milliard de dollars en trois mois dans des actifs allant du mat&eacute;riel m&eacute;dical au jeu en ligne, cette dispersion inqui&egrave;te des investisseurs qui y voient surtout une dilapidation des finances au service d'une strat&eacute;gie brouillonne. /Photo prise le 2 octobre 2012/REUTERS/Yuriko Nakao</p>

SINGAPOUR (Reuters) - Le directeur général de Sony, Kazuo Hirai, a dépensé 1,8 milliard de dollars en trois mois dans des actifs allant du matériel médical au jeu en ligne, dispersion qui inquiète des investisseurs qui y voient surtout une dilapidation des finances au service d‘une stratégie brouillonne.

Kazuo Hirai, qui a passé près de 30 années de carrière chez Sony, a été nommé à la tête du groupe en avril avec pour objectif affiché de redorer le blason de la marque par une stratégie orientée sur trois axes: le jeu, l‘imagerie numérique et les matériels mobiles.

Depuis lors, la valorisation boursière de Sony, qui a accumulé quatre exercices déficitaires consécutifs, a fondu de plus de six milliards d‘euros. Fin juin, son ratio de fonds propres était tombé à moins de 15%, alors que le seuil de 20% est considéré comme un minimum.

“Il y a des signes de changement mais ce n‘est qu‘un début”, commente Tetsuro Ii, directeur général de Commons Asset Management. “De ce que l‘on en a vu jusqu’à présent, cette stratégie apparaît fragmentée et les investissements ne seront pas des moteurs du profit. Il devrait sans doute expliquer mieux sa vision de ce nouveau Sony”.

Soumis à la rude concurrence d‘Apple et de Samsung, les gloires japonaises de l’électronique mangent à présent leur pain noir. C‘est plus particulièrement le cas de Sharp, un pionnier de la télévision, auquel ses banques ont dû apporter la semaine plus de 3,5 milliards d‘euros pour lui éviter une crise de liquidité.

Sony est loin d’être dans la même situation que Sharp mais pour autant, son CDS à cinq ans, instrument mesurant le coût de l‘assurance pour se préserver d‘un défaut de paiement de sa part, a doublé à plus de 400 points de base depuis que Kazuo Hirai a repris les rênes du groupe.

Les analystes jugent les prévisions de résultats de Sony par trop optimistes. Sa politique d‘acquisition met ses finances à mal et sa note de crédit se rapproche de la catégorie spéculative. Standard & Poor’s a réduit sa note le 25 septembre, la ramenant à deux crans du “junk”. Moody’s doit se prononcer d‘ici novembre.

ACQUISITIONS EN RAFALE

La plus récente acquisition, d‘un montant d‘environ 500 millions d‘euros, est celle d‘une participation de 10% dans Olympus, le fabricant d‘appareils photo et d‘endoscopes à l‘image ternie par un scandale comptable, annoncée le jour même du renflouement de Sharp.

Les deux groupes veulent créer une société spécialisée dans le matériel médical, un autre moyen pour Sony, devenu le premier actionnaire d‘Olympus, de prendre peu à peu ses distances avec son activité de téléviseurs, qu‘il s’épuise depuis dix ans à maintenir à flot.

Mais l‘entrée dans Olympus draine encore un peu plus ses finances alors qu‘elle ne peut apporter qu‘un supplément de chiffre d‘affaires de moins d‘un milliard d‘euros en huit ans, un apport fable pour un groupe dont le C.A. annuel approche 70 milliards.

“Nous faisons ces acquisitions sans perdre de vue l’état de nos finances”, a argué Kazuo Hirai mardi, lors du salon de l’électronique CEATEC, près de Tokyo. “Nous avons fait beaucoup, en termes de réalignement de notre gamme d‘activités ces six derniers mois”.

En septembre, Sony a déboursé 598 millions d‘euros pour acquérir les 42% de So-net Entertainment, un opérateur de sites d‘informations médicales, qu‘il ne détenait pas encore.

Un mois auparavant, il jetait son dévolu sur Gaikai, une société californienne rachetée pour 295 millions d‘euros et censée créer de toutes pièces un service de “cloud gaming”, du jeu en ligne où toutes les données des joueurs sont conservées et synchronisées sur le net.

Mais le jeu est pour l‘heure un pilier fragile de la stratégie de redressement de Sony, qui a revu en baisse, en août, sa prévision de ventes annuelles des consoles PSP et Vita à 12 millions d‘exemplaires contre 16 millions auparavant.

Le groupe a également ramené sa prévision de bénéfice d‘exploitation de 180 à 130 milliards de yens (1,77 à 1,28 milliard d‘euros). Le consensus des analystes interrogés par Reuters donne 110 milliards.

LA MORT DES CONSOLES

S‘exprimant à l‘occasion du Tokyo Game Show, moins de deux semaines auparavant, Yoshizaku Tanaka, le fondateur de la société de jeux de réseaux sociaux Gree, prédisait la mort des consoles de jeu.

Selon le patron de cette nouvelle figure emblématique du “high tech” nippon, les consoles finiront par être victimes du phénomène qui voit déjà les téléphones mobiles et PC perdre du terrain face aux tablettes et aux smartphones.

“Dans quelques années, la puissance des tablettes et des smartphones dépassera celle des consoles de jeu actuelles”, avait dit Tanaka.

Si Hirai veut voir “le sourire revenir sur le visage du consommateur”, pour l‘instant celui-ci, tout comme l‘investisseur, fait grise mine.

“Sony et Sharp ont les mêmes problèmes: ils ont perdu leur capacité d‘innover au profit d‘Apple et des Coréens; ils ont des frais généraux élevés et rien de neuf à proposer”, résume Donald van Deventer, directeur général de Kamakura Corporation, société spécialisée dans les études de gestion du risque.

Si Sony achète beaucoup d‘un côté, il vend aussi de l‘autre: la division chimie a été cédée pour 57 milliards de yens (560 millions d‘euros). Le siège new-yorkais - la Sony Tower - pourrait être le prochain actif sur la liste.

Kazuo Hirai, de son propre aveu, s‘emploie à prêcher la bonne parole de la renaissance de Sony à qui veut l‘entendre. Mais il sait aussi qu‘il sera jugé sur son bilan. “Nous devons évidemment faire beaucoup plus et il nous faudra produire des résultats, je l‘ai toujours dit”, affirme-t-il.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand

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