22 décembre 2010 / 19:19 / dans 7 ans

L'Europe aura besoin de règles sur la neutralité d'internet

par Georgina Prodhan et Nicola Leske

<p>La Commission europ&eacute;enne pourrait ne pas pouvoir conserver longtemps son attentisme sur la pr&eacute;servation de la "neutralit&eacute;" d'internet, en raison de l'intense concurrence entre op&eacute;rateurs t&eacute;l&eacute;coms et fournisseurs de services en ligne, estiment des analystes. /Photo d'archives/REUTERS/</p>

LONDRES (Reuters) - La Commission européenne pourrait ne pas pouvoir conserver longtemps son attentisme sur la préservation de la “neutralité” d‘internet, en raison de l‘intense concurrence entre opérateurs télécoms et fournisseurs de services en ligne, estiment des analystes.

Le débat sur la neutralité du web, un principe qui vise à exclure toute forme de discrimination à l‘accès à internet en fonction de l‘appareil utilisé, du contenu transmis ou des services accessibles, fait rage aux Etats-Unis depuis plusieurs années alors qu‘il commence tout juste à être abordé en Europe.

L‘enjeu est de permettre ou non aux fournisseurs d‘accès à internet (FAI) et aux opérateurs télécoms de limiter artificiellement l‘accès à leurs infrastructures, en contrôlant le contenu échangé pour éviter une congestion du réseau, au risque qu‘ils favorisent leurs propres services ou ceux qui les rémunèrent le plus.

L‘autorité américaine des télécommunications a adopté mardi des règles qui interdisent aux FAI haut débit de bloquer le trafic des internautes, leur laissant toutefois la possibilité de gérer de manière “raisonnable” leurs réseaux, en taxant au besoin, selon des prix encadrés, certains utilisateurs qui mobilisent des services gourmands en bande passante.

En Europe, la plupart des opérateurs télécoms historiques comme Deutsche Telekom, France Telecom ou Telefonica sont encore en position dominante.

La Commission européenne s‘est jusqu’à présent abstenue de légiférer pour éviter un conflit avec des groupes internet comme Skype, Google ou Facebook, qui offrent gratuitement ou presque des communications vocales et des SMS, menaçant ainsi la principale activité des opérateurs télécoms.

Mais les FAI européens, qui sont principalement des opérateurs télécoms, contrôlent déjà activement le trafic sur leur réseau pour le rendre le plus efficace. Ils pourraient être tentés d‘aller plus loin pour protéger leurs services ou dégager des revenus supplémentaires.

“PASSAGERS CLANDESTINS”

“Les opérateurs mobiles seront très tentés de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour bloquer la concurrence et l‘empêcher de cannibaliser leurs sources de revenus”, explique Bengt Nordstrom, directeur général du cabinet de consultants en télécoms Northstream.

“Alors que les opérateurs ont jusqu‘ici esquivé le débat sur la neutralité, ils peuvent s‘attendre à plus d‘intrusion de la Commission européenne dans un avenir pas très lointain”, souligne-t-il, prédisant que ce dossier sera sur la table en 2012.

L‘environnement concurrentiel en Europe est différent de celui des Etats-Unis et le consommateur européen peut facilement changer de FAI en cas de mécontentement, plaident ceux qui disent que Bruxelles n‘a pas besoin de légiférer sur le sujet.

Dans le même temps, les opérateurs estiment qu‘ils ont besoin d‘aide pour améliorer leurs réseaux, soumis à de fortes charges en raison de l‘explosion du trafic sur des sites de vidéos ou des réseaux sociaux comme YouTube de Google, iPlayer de la BBC ou Facebook.

“C‘est un fait que les moteurs de recherche utilisent nos réseaux sans payer. C‘est une vraie opportunité pour eux et un désavantage pour nous”, a déclaré Cesar Alierta, président de Telefonica. “Nous faisons tout le travail. Ce que je veux dire, c‘est qu‘ils ont juste les algorithmes”, a-t-il ajouté.

Un constat également souligné par des analystes de Bernstein dans une récente note de recherche:

“En Europe, à l‘inverse des Etats-Unis, le débat sur la neutralité d‘internet (...) ne va pas se centrer sur une bataille pour la liberté d‘expression, mais plutôt s‘articuler autour d‘un conflit entre des fournisseurs de contenus américains vus comme des passagers clandestins agressifs et abusifs, et les opérateurs d‘infrastructures nationaux”, estiment-ils.

Claude Chendjou et Jean Décotte pour le service français, édité par Nicolas Delame

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