27 avril 2010 / 11:58 / il y a 8 ans

L'ouverture des paris en ligne pourrait favoriser les monopoles

par Vincent Chauvet

<p>La lib&eacute;ralisation des jeux d'argent et paris en ligne en France, annonc&eacute;e comme une r&eacute;volution, pourrait en r&eacute;alit&eacute; renforcer les deux anciens monopoles sans forc&eacute;ment atteindre l'objectif d'une r&eacute;duction significative de la fr&eacute;quentation des sites &eacute;trangers. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau</p>

PARIS (Reuters) - La libéralisation des jeux d‘argent et paris en ligne en France, annoncée comme une révolution, pourrait en réalité renforcer les deux anciens monopoles sans forcément atteindre l‘objectif d‘une réduction significative de la fréquentation des sites étrangers.

L‘ouverture effective du marché, repoussée de nombreuses fois, devrait avoir lieu dans les premiers jours de juin, juste à temps pour le coup d‘envoi du premier match de la Coupe du monde de football le 11 juin.

Une intervention de Malte, où sont domiciliés de nombreux sites de jeux en ligne, auprès de la Commission européenne ne permettra la parution de certains décrets qu’à la mi-mai, tandis qu‘une décision attendue du Conseil constitutionnel pourrait encore chambouler le calendrier.

Une fois ces derniers obstacles juridiques levés, l‘Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) délivrera des licences sur les trois marchés libéralisés: le poker, les paris sportifs et les paris hippiques.

“Une trentaine d‘opérateurs devraient déposer leurs dossiers”, estime Olivier Vialle, spécialiste Gaming France au cabinet PricewaterhouseCoopers. “Presque tous les gros opérateurs étrangers vont venir sur le marché français.”

Le trader britannique de paris Betfair fait partie des quelques sites qui hésitent encore. “Ce n‘est pas impossible pour un nouvel entrant d’être rentable, mais ce sera très difficile étant donné le régime fiscal proposé - la législation française va certainement profiter aux acteurs historiques”, explique Tim Phillips, directeur Europe des relations publiques du groupe.

L‘AVANTAGE DE L‘ANCIENNETÉ

La Française des Jeux (FdJ) et le PMU disposent en effet sur le papier d‘avantages significatifs. Forts d‘une notoriété certaine, d‘un capital de confiance élevé et d‘un réseau physique très dense, ils ont également multiplié ces derniers mois les partenariats avec des groupes de médias. (voir

)

Les nouveaux entrants craignent de ne pas faire le poids en termes de dépenses marketing et protestent contre des normes techniques jugées trop contraignantes. Ils seront par exemple obligés de faire rouvrir un compte aux clients français qu‘ils ont déjà.

Il est probable qu‘un certain nombre de joueurs choisissent alors de continuer à miser sur des sites illégaux. Francis Merlin, consultant en marketing pour le salon Sportel Monaco, évalue ainsi à 800.000 les adeptes des casinos en ligne qui ne pourront retrouver la même offre sur des sites légaux.

La nouvelle loi ne permettant pas à des Français de jouer avec des internautes étrangers, les gros joueurs de poker pourraient être tentés de conserver leurs comptes sur des sites non soumis à la fiscalité française où les frais seront moins élevés; d‘autant que les inscriptions sur les sites légaux s‘accompagneront de procédures particulières et que, de l‘avis de certains spécialistes, les mesures techniques destinées à contraindre les joueurs français à jouer sur des sites en “.fr” seraient contournables.

En outre, une partie des personnes attirées vers le jeu en ligne à la suite de campagnes de marketing annoncées comme massives pourraient opter pour une inscription sur un site étranger, estime Francis Merlin.

FORTES PERTES AU DEPART

Dans ce contexte, les débuts risquent d’être difficiles pour les nouveaux opérateurs qui, à la différence des monopoles historiques, ne pourront pas compter sur leurs revenus des jeux “en dur” pour assurer leur développement.

Nicolas Béraud, PDG de BetClic, n‘hésite pas à dire qu‘il prévoit “de fortes pertes” dans les prochaines années, tout en espérant que la loi sera assouplie lors de sa révision, prévue 18 mois après son entrée en vigueur.

D‘ici là, la hiérarchie entre les opérateurs sera établie, estime-t-on chez PwC, où l‘on s‘attend à ce que débutent dans deux ans les retraits et les fusions, pour ne laisser la place qu’à cinq ou six opérateurs principaux.

Mis à part la FdJ et le PMU, peu d‘acteurs pourront donc pleinement bénéficier d‘un marché qui, s‘il suivait la croissance exponentielle du marché italien, pourrait représenter à terme quatre milliards d‘euros, calcule Francis Merlin.

La possibilité offerte, par exemple, de parier en direct pendant un match via son téléphone portable ou l’élargissement du nombre de disciplines sportives qui pourraient faire l‘objet de paris ouvrent un marché nouveau en France, dans lequel espèrent s‘engouffrer des acteurs comme BetClic qui, selon son PDG, dispose du savoir-faire nécessaire acquis sur le marché européen.

“Un trop grand succès de l‘ouverture du marché pourrait presque avoir des conséquences négatives sur l‘industrie”, tempère toutefois Olivier Vialle, expliquant que les questions liées à la dépendance au jeu feront probablement l‘objet d‘une attention soutenue du législateur dans les mois qui suivront la libéralisation.

Edité par Dominique Rodriguez

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