18 mars 2010 / 13:01 / dans 8 ans

Les opérateurs de télécoms européens réservés sur l'iPad

par Marie Mawad et Leila Abboud

<p>Les op&eacute;rateurs t&eacute;l&eacute;coms europ&eacute;ens h&eacute;sitent &agrave; distribuer l'iPad d'Apple, dont les r&eacute;servations ont d&eacute;marr&eacute; lundi aux Etats-Unis, craignant que la tablette tactile ne sature leurs r&eacute;seaux et ne s'av&egrave;re finalement gu&egrave;re rentable pour eux. /Photo prise le 27 janvier 2010/REUTERS/Kimberly White</p>

PARIS (Reuters) - Les opérateurs télécoms européens hésitent à distribuer l‘iPad d‘Apple, dont les réservations ont démarré lundi aux Etats-Unis, craignant que la tablette tactile ne sature leurs réseaux et ne s‘avère finalement guère rentable pour eux.

Fort du succès de l‘iPhone, Apple est incontournable pour les opérateurs et, en France, Orange, SFR et Bouygues Telecom ont tous confirmé négocier pour pouvoir vendre la version 3G de l‘iPad, qui permet de se connecter aux réseaux télécoms mobiles.

Reste que, selon des sources sectorielles, les discussions sur la distribution de l‘iPad en Europe n‘en sont qu’à leurs balbutiements, ce qui contraste fortement avec l‘enthousiasme manifesté par les opérateurs lors du lancement de l‘iPhone.

“Il y a chez les opérateurs la volonté d’être le partenaire privilégié d‘Apple, tout en se disant que finalement ça ne vaut peut-être pas toutes les concessions”, résume Virginie Lazès, directrice associée au sein du cabinet d‘analyse Bryan Garnier.

L‘iPad, qui exclut les fonctionnalités les plus lucratives pour l‘opérateur (voix et SMS), “c‘est l‘iPhone avec un business modèle plus défavorable aux opérateurs”, estime John Strand, un consultant indépendant spécialisé dans les télécoms.

Le lancement de l‘iPad 3G en Europe pourrait donc se faire sans subvention de la part des opérateurs, estiment des experts, pour qui la tablette risque d’être cantonnée à une niche si Apple ne propose pas un partage des revenus plus favorable aux opérateurs.

SURCHARGE DES RÉSEAUX

Echaudés par l‘expérience de l‘iPhone, dont le coût de subvention a pesé sur leurs marges, “les opérateurs déchantent un peu”, estime Virginie Lazès.

“Ils commencent à se plaindre que ce sont eux qui construisent les tuyaux, qui font les investissements, mais que ça ne leur donne pas accès à ce qui pourrait être le feu d‘artifice, c‘est-à-dire les services mobiles”, explique-t-elle.

Selon plusieurs opérateurs, les revenus à attendre de ce type d‘appareil, uniquement “data”, ne justifient pas de le subventionner.

Proposant des forfaits illimités d‘internet mobile à prix fixe, les opérateurs craignent par ailleurs que les applications vidéo vantées par Apple sur l‘iPad ne s‘avèrent trop gourmandes en bande passante.

“On essaie d‘imaginer quel sera l‘usage du client autour du produit et, en fonction de cet usage là et de ce qu‘il implique en terme de ressource réseau, on imagine quel type de marge on peut avoir”, explique un dirigeant de division chez un opérateur européen, qui étudie le produit.

“L‘iPad a un écran neuf fois plus gros que l‘iPhone, et va générer beaucoup plus de consommation vidéo. Il y a de quoi provoquer de sérieux dégâts sur le réseau mobile, qui n‘a tout simplement pas été conçu pour supporter un tel flux”, juge de son côté Craig Moffet, analyste chez Bernstein.

Aux Etats-Unis, Apple commercialisera fin avril l‘iPad 3G en exclusivité avec AT&T, mais le PDG de l‘opérateur américain a d‘ores et déjà déclaré que l‘appareil devrait être utilisé plutôt en connexion wifi qu‘avec l‘internet mobile.

UNE PART DES REVENUS DANS LES SERVICES

Si les opérateurs font la fine bouche sur l‘iPad, c‘est également parce qu‘ils souhaiteraient profiter des négociations actuelles pour rééquilibrer le partage de valeur, disent des spécialistes.

Les groupes de télécoms souhaitent capter une partie des revenus sur les services les plus juteux, comme les applications ou les contenus, pour l‘instant raflés par leurs partenaires.

“Les questions que les opérateurs se posent (avec l‘iPad) sont symptomatiques de leur position actuelle dans la chaîne de valeur, et de leur volonté de ne pas être de simples tuyaux”, commente Thomas Husson, analyste chez Forrester.

Les opérateurs souhaitent notamment prendre une part du gâteau dans les applications pour mobiles, un marché qui, selon l‘institut d’études Gartner, devrait être multiplié par trois jusqu‘en 2013, pour atteindre plus de 21 milliards d‘euros.

Orange a mis sur pied son propre magasin virtuel d‘applications en décembre dernier pour faire concurrence à l‘Appstore d‘Apple. Une vingtaine d‘opérateurs se sont par ailleurs ligués en février, au Mobile World Congress de Barcelone, pour créer une plateforme alternative open-source.

Reste que, dans les négociations actuelles, le rapport de force continue de pencher en faveur d‘Apple, estiment diverses sources sectorielles.

“Quand on a réinventé la téléphonie mobile comme l‘a fait Apple, la moindre des choses c‘est qu‘on soit en position de force quand on négocie”, remarque Jean-Pierre Champion.

Edité par Jean-Michel Bélot

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