14 janvier 2010 / 16:49 / il y a 8 ans

La presse française en ligne mise sur le modèle mixte

par Grégory Blachier

<p>A la recherche de son mod&egrave;le &eacute;conomique, la presse fran&ccedil;aise en ligne tend vers l'adoption massive en 2010 d'une offre mixte, avec des contenus gratuits et payants. Elle compte &eacute;galement tirer profit de la g&eacute;n&eacute;ralisation de supports mobiles, du type iPhone d'Apple, pouvant h&eacute;berger des sites mixtes plus &eacute;volu&eacute;s technologiquement. /Photo d'archives/REUTERS/Mike Segar</p>

PARIS (Reuters) - A la recherche de son modèle économique, la presse française en ligne tend vers l‘adoption massive en 2010 d‘une offre mixte, avec des contenus gratuits et payants, comme l‘a fait Libération en septembre dernier.

L‘irruption d‘internet comme média de masse a confronté la presse traditionnelle à une équation complexe: comment offrir une information de qualité et rentable en s‘adaptant à une philosophie nourrie de gratuité et d‘instantanéité ?

Le sujet est bien plus vaste que le cercle de la presse française. Rupert Murdoch, patron du géant des médias NewsCorp a ainsi fait sensation à l‘automne en émettant l‘idée de faire payer l‘accès à ses journaux sur internet.

Les analystes estimaient alors qu‘il serait difficile pour des groupes ne disposant pas d‘un empire multimédia de vendre leur contenu et suggéraient plutôt un développement d‘offres complémentaires et sur des plateformes telles que les mobiles.

C‘est le sens que prend aujourd‘hui la mutation des sites de la presse française, qu‘elle soit nationale ou régionale, dans un contexte de difficultés financières. Le groupe Le Monde a ainsi prévu une perte de 13 millions d‘euros pour 2009.

Depuis septembre, liberation.fr propose une offre payante à ses lecteurs. Les abonnés peuvent lire leur quotidien dès son bouclage la veille et accéder à des contenus exclusifs, pour 6 ou 12 euros mensuels.

En près de quatre mois, 3.500 “libénautes” ont souscrit à cette formule, pour un objectif sur l‘année de 20.000 abonnés.

“Le bilan est clairement positif. C‘est un modèle sain et qui me semble à terme le seul possible”, explique à Reuters Ludovic Blecher, rédacteur en chef du site.

“Il fixe un prix à l‘information, a le mérite de pouvoir se décliner notamment sur l‘iPhone, et d‘avoir un discours clair sur l‘indépendance” vis-à-vis de la publicité, résume-t-il.

“RÉVOLUTION DE 2010”

Si plusieurs sites internet de presse proposaient déjà des prestations payantes - les archives sur lemonde.fr, les journaux en fichiers téléchargeables sur d‘autres - Libération a innové avec ce site lancé lors de son changement de formule papier.

Comme lui, Le Figaro a repensé son édition papier à la rentrée et lancera un site mixte d‘ici fin mars.

Premier site de presse avec 6,672 millions de visiteurs uniques (VU) en juin dernier, lefigaro.fr proposera des dossiers, des exclusivités, des services, dit Luc de Barochez, directeur de la rédaction du figaro.fr.

“Le coeur du site doit rester gratuit”, assure-t-il, mais l‘intérêt de la mixité, malgré la lourdeur des moyens techniques et financiers à déployer, ne fait aucun doute pour lui: “Le statut mixte est la clé de la rentabilité d‘internet demain.”

Cet avis semble partagé par un grand nombre d‘acteurs.

“C‘est une réflexion qui est menée un peu partout. Ça pourrait être une révolution de 2010”, dit Mathieu Mathelin, chargé du développement au Syndicat de la presse quotidienne régionale (SPQR).

Avec 42 sites, la marque “presse régionale” animée par le SPQR est un poids lourd en terme d‘information en ligne et réunit 11,5 millions de VU mensuels selon l‘institut Nielsen.

Parmi ses titres les plus innovants sur internet figure La Dépêche du Midi, dont l‘audience est comparable à celle de Libération, qui lancera dans quelques semaines un site mixte.

AMBITIONS “MODESTES”

“On a une réflexion sur un modèle de site premium avec de l‘information enrichie, complémentaire ou exclusive, en temps réel ou hyper-locale”, dit Michaël Bourguignon, directeur général de La Dépêche Interactive.

Ses ambitions sont “modestes”, avec un objectif de 10.000 à 15.000 abonnés payants les premiers mois, puis 20.000 ensuite.

“Ce n‘est pas ça qui nous permettra de trouver notre modèle économique, mais c‘est ce qui me permettra de trouver une relation équilibrée avec le papier”, souligne-t-il, tant en terme de chiffre d‘affaires que de synergie entre supports.

Le lancement de cette offre lui donnera aussi des arguments de poids pour la vente d‘espaces publicitaires sur des “niches” locales que les annonceurs “paieront plus cher”.

S‘il ne raisonne pas sur un modèle économique pérenne, il cherche bien la manière de générer du revenu sur le Net, où l‘innovation est permanente parce que, dit-il, “on est sur des rentabilités à court terme” et que la publicité tend à stagner.

L‘Etat apportera une petite contribution à cette dynamique créative. Vingt millions d‘euros sont débloqués pour aider la presse en ligne, adossée ou pas à un titre papier.

La généralisation de supports mobiles, du type iPhone d‘Apple, pouvant héberger des sites mixtes plus évolués technologiquement est un autre moteur majeur d‘inventivité en cela qu‘elle ouvre un marché potentiellement très vaste.

“Le modèle idéal, ce n‘est pas gratuit, payant ou les deux, c‘est trouver la diversification. L‘arrivée des smartphones est importante, parce que ça va changer le mode de consommation des contenus payants”, juge Mickaël Amand, directeur des opérations chez Newsweb, branche de Lagardère Active

Edité par Yves Clarisse

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