1 octobre 2008 / 13:20 / dans 9 ans

Alcatel-Lucent face au dilemme taille-rentabilité

par Nathalie Meistermann

<p>Deux strat&eacute;gies divergentes s'offrent &agrave; la nouvelle direction d'Alcatel-Lucent: suivre une destin&eacute;e d'&eacute;quipementier t&eacute;l&eacute;coms g&eacute;n&eacute;raliste sur un march&eacute; hyperconcurrentiel, au risque d'une rentabilit&eacute; m&eacute;diocre, ou se concentrer sur ses points forts et ses marges au sacrifice de la taille. /Photo d'archives/REUTERS/Beno&icirc;t Tessier</p>

PARIS (Reuters) - Deux stratégies divergentes s‘offrent à la nouvelle direction d‘Alcatel-Lucent: suivre une destinée d’équipementier télécoms généraliste sur un marché hyperconcurrentiel, au risque d‘une rentabilité médiocre, ou se concentrer sur ses points forts et ses marges au sacrifice de la taille.

La tâche du nouveau directeur général, Ben Verwaayen, s‘annonce ardue dans la tourmente financière actuelle qui assèche les sources de financement.

“L‘environnement n‘est pas porteur. Les profit warnings se multiplient avec Nortel, Ciena et Tellabs. La pénurie de crédit va entraîner des difficultés de financement pour les opérateurs qui vont ralentir leurs investissements”, constate Odon de Laporte, analyste chez CA Cheuvreux.

L‘action a accusé une chute de 34% en septembre (-45% depuis le début de l‘année) face à un indice européen des télécoms en baisse de seulement 6% (-32% sur l‘année).

Selon la société d‘information financière Markit, la prime de Credit Default Swap d‘Alcatel-Lucent a explosé à 682,16 fin septembre, soit le double de fin 2007 (324,55). La moyenne des primes du secteur TMT, d‘après l‘indice iTraxx Europe TMT, se situe à 84,94 fin septembre contre 38,82 fin 2007.

Malgré de vagues rumeurs de marché ces dernières semaines, la plupart des experts ne croient pas qu‘Alcatel-Lucent ne remplisse pas ses objectifs pour 2008. Ne serait-ce que parce qu‘ils sont très prudents : un chiffre d‘affaires en recul de 2% à 5% à changes courants et une marge d‘exploitation de 2% à 5%.

UN HORIZON ASSOMBRI

Richard Windsor, analyste chez Nomura, juge un profit warning peu probable. “Mais le troisième trimestre ne sera pas bon. Les problèmes de Nortel viennent des opérateurs nord-américains et Alcatel-Lucent est exposé à ce marché” où il réalise un tiers de ses revenus, explique Richard Windsor.

Le consensus médian de chiffre d‘affaires valide encore les objectifs officiels puisqu‘il s’établit à 17,042 milliards d‘euros, soit un recul annuel de 4,2%, selon Reuters Estimates.

L‘objectif de marge devrait également être respecté mais “il reste très faible”, déplore Patrice Cochelin, analyste crédit chez Standard & Poor‘s. “Pour maintenir un rating en catégorie BB (la note actuelle est BB- avec une perspective négative) il faudrait des perspectives d‘amélioration nette de marge vers la zone des 5-10%”, dit-il.

Cette rentabilité médiocre résulte, selon lui, “d‘une recherche peut être insuffisamment focalisée pour dégager des marges fortes” et remet en cause la stratégie qui consiste à offrir le choix le plus large possible de technologies. La paralysie décisionnelle qui a suivi la fusion Alcatel-Lucent a renforcé cette posture défensive.

“Le portefeuille actuel génère des marges tellement faibles avec une perte de cash tellement importante (plus de 700 millions d‘euros de trésorerie libre brûlés ces 12 derniers mois) que la question du portefeuille se pose nécessairement. La conjoncture actuelle pourrait pousser la société à se recentrer”, observe Patrice Cochelin.

QUID DE LA DIVISION MOBILE?

Plusieurs analystes défendent ainsi la cession ou l‘arrêt de certaines activités dont la division mobile. Pour Jarnadan Menon de Dresdner Kleinwort, “Ils doivent se recentrer et réduire leur structure de coûts pour survivre à la crise actuelle”.

Cet analyste prône une décision rapide sur la division mobile, handicapée par le déclin accéléré de la technologie CDMA héritée de Lucent. “S‘ils ne peuvent pas être concurrentiels, ils doivent s‘en débarrasser. A un juste prix, ils trouveront toujours des acheteurs, en Chine ou en Inde, par exemple. Ils doivent se recentrer sur leurs points forts”, dit-il. Alcatel-Lucent est leader mondial des réseaux fixes.

Une cession de la division mobile est toutefois une “stratégie dangereuse”, pour Vincent Rech, analyste de SG Securities, car il s‘agit du secteur “le plus sexy, le plus rentable structurellement et le plus porteur à long terme”.

“C‘est un dilemme entre la taille et la rentabilité”, fait valoir Vincent Rech. “Ils pourraient évidemment devenir très rentables en vendant les activités en perte mais ils seraient alors beaucoup plus petits”.

La spécialisation porte en germe le risque d‘une marginalisation. “L’équation est compliqué car il faut offrir des solutions complètes aux clients”, note Odon de Laporte (CA Cheuvreux).

En étant “multi-marché généraliste”, le groupe est mieux armé pour surmonter les cycles économiques, défend Hervé Lassale, le responsable de l‘intersyndicale du groupe.

En outre, le gain de rentabilité immédiat d‘un recentrage peut coûter cher à long terme. “Dans les télécoms, la taille est essentielle. Il n‘y a que des coûts fixes, il faut avoir suffisamment de revenus pour amortir ces coûts”, souligne Richard Windsor (Nomura). Déficitaire depuis sa création fin 2006, Alcatel-Lucent a lancé un plan de réduction de coûts de 2,1 milliards d‘ici 2009.

Un point fait l‘unanimité : la part de 20,8% dans l’électronicien de défense Thales n‘a pas d‘intérêt industriel. Mais le groupe n‘a pas besoin de cash et les intérêts souverains en jeu dépassent la seule logique industrielle.

Édité par Jacques Poznanski

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