February 11, 2019 / 2:53 PM / 5 months ago

La technologie des satellites pour une huile de palme responsable

LONDRES (Reuters) - De grands groupes agroalimentaires comme Nestlé, Unilever et Mondelez testent de nouvelles technologies de surveillance par satellite développées notamment par Airbus afin de surveiller l’évolution de la déforestation et de s’assurer d’une production responsable de l’huile de palme.

De grands groupes agroalimentaires comme Nestlé, Unilever et Mondelez testent de nouvelles technologies de surveillance par satellite développées notamment par Airbus afin de surveiller l'évolution de la déforestation et de s'assurer d'une production responsable de l'huile de palme. /Photo prise le 30 janvier 2019/REUTERS/Lai Seng Sin

Dans des pays comme la Malaisie et l’Indonésie, où la déforestation progresse, ces groupes estiment que ces systèmes sont plus efficaces que le contrôle de la chaîne d’approvisionnement sur le terrain.

“Ils disent vous êtes Big Brother”, déclare Benjamin Ware, patron mondial des achats responsables chez Nestlé. “Ce n’est pas Big Brother - c’est la réalité d’aujourd’hui (...) il n’y a plus de secret.”

Ces systèmes ont cependant des limites, de l’avis des grandes marques, négociants en matières premières et autres propriétaires de plantations et leurs avis sur le sujet divergent.

Certains estiment que la technologie n’est pas suffisante pour combattre la déforestation car il y a une différence entre surveillance et prévention. D’autres redoutent que les mauvaises pratiques soient justes déplacées ailleurs.

“Répartir la chaîne d’approvisionnement entre les bons et les mauvais ne résout pas fondamentalement la question de déforestation”, note John Hartmann, responsable mondial de la durabilité pour les chaînes d’approvisionnement agricoles chez Cargill, un négociant en matières premières qui vend de l’huile de palme à des entreprises comme Nestlé et Unilever.

Les acheteurs d’huile de palme utilisent des images satellites depuis des années, mais ils ont intensifié cet usage pour tenir les engagements d’une “déforestation nette à zéro” à l’horizon 2020, comme définie par le Consumer Goods Forum.

L’huile est présente dans près de la moitié des produits manufacturés emballés, allant du chocolat au savon, sans compter son utilisation en cuisine et dans les biocarburants.

“La sensibilisation s’est accrue”, relève Robert Waldschmit, analyste chez Liberum. “Les gens veulent un produit d’origine durable.”

BIG BROTHER

L’huile de palme contribue moins à la déforestation que le boeuf ou le soja, responsables d’une grande partie de la destruction de la forêt amazonienne. Mais elle focalise l’attention parce qu’elle se développe dans des régions riches en biodiversité, menaçant ainsi les espèces en voie de disparition et accélérant le réchauffement climatique.

Les grands acteurs, y compris les marques grand public, les négociants en matières premières comme Cargill et Wilmar International, ainsi que des exploitants de plantations, disposent de chaînes d’approvisionnement couvrant des millions de petits exploitants ainsi que de nombreux intermédiaires.

“Ils essaient de comprendre comment elles sont surveillées (...) Parce qu’ils ne contrôlent pas leurs chaînes d’approvisionnement pour le moment”, a déclaré Phil Aikman, directeur l’ONG Mighty Earth.

La Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO en anglais), soutenue par le Fonds mondial pour la nature et diverses ONG, définit plusieurs niveaux de critères de durabilité que les membres doivent respecter pour certifier leur huile.

L’huile certifiée RSPO implique une hausse des coûts que les acheteurs ne sont pas toujours prêts à assumer. Sur les 11,9 millions de tonnes d’huile certifiée RSPO produites en 2017, seulement 52% ont été vendues en tant que telles, a déclaré l’organisme.

Nestlé affirme qu’un quart de son huile de palme est certifiée RSPO et ce pourcentage atteindra 100% d’ici 2023. Le groupe ajoute que grâce aux satellites tous ses “approvisionnements seront responsables” d’ici 2020 et qu’à compter du mois prochain il publiera les données fournies par le système satellitaire Starling développé par Airbus.

Les fournisseurs contrevenant aux règles seront exclus si les images de Starling indiquent un cas de déforestation et que rien n’est fait pour le modifier, ajoute le groupe suisse, bien qu’aucune mesure en ce sens n’ait été prise pour le moment.

Le groupe italien Ferrero, qui achète uniquement de l’huile de palme certifiée RSPO, a testé le système Starling, mais le fabricant de la pâte à tartiner Nutella a déclaré qu’il étudiait toujours les résultats de ce projet avant de décider de continuer à y avoir recours ou non.

“L’une des questions que nous aimerions examiner est de savoir s’il existe un système d’alerte en amont”, a déclaré Giulia Di Tommaso, responsable des communications et du développement durable chez Ferrero. “Est-on capable de résoudre le problème avant que la déforestation ne se produise, ou est-on seulement capable de constater les dégâts?”, s’est-elle interrogée.

Unilever affirme être en bonne voie pour que tous ses achats de “volumes de base”, le gros de son utilisation, soient certifiés d’ici fin 2019. Le groupe utilise également les technologies de surveillance par satellite et travaille avec ses fournisseurs Cargill et Wilmar sur un projet test appelé Global Forest Watch (GFW) Pro, qui sera lancé cet été.

Avec A. Ananthalakshmi à Bahau, en Malaisie, Emily Chow à Kuala Lumpur et Francesca Landini à Milan; Claude Chendjou pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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