October 4, 2018 / 1:12 PM / 18 days ago

La Grande-Bretagne et les Pays-Bas accusent Moscou de cyberattaques

LONDRES/LA HAYE (Reuters) - La Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont accusé jeudi la Russie d’avoir mené des cyberattaques au niveau mondial pour affaiblir les démocraties occidentales.

Selon le chef des services de renseignement militaires néerlandais, le général Onno Eichelsheim (à gauche), quatre Russes arrivés aux Pays-Bas le 10 avril ont été arrêtés dans un hôtel proche du siège de l'OIAC en possession de matériel d'espionnage. /Photo prise le 4 octobre 2018/REUTERS/Piroschka van de Wouw - RC1B22EF2B20

Le gouvernement néerlandais a notamment reproché à Moscou d’avoir tenté de s’en prendre cette année à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), dont le siège est à La Haye.

Londres accuse les services de renseignement militaires russes (GRU) d’avoir mené une série de cyberattaques visant à semer la discorde dans le monde en déstabilisant les démocraties occidentales.

Ces attaques ont touché un large éventail d’événements et secteurs, allant d’instances sportives à l’élection présidentielle américaine de 2016, écrit le gouvernement britannique dans un rapport basé sur les travaux de son Centre national de sécurité informatique (NCSC) et rendu public jeudi.

Le ministère russe des Affaires étrangères a rejeté ces accusations et dénoncé une “campagne de désinformation” visant à nuire à la Russie, rapporte l’agence Tass.

Maria Zakharova, porte-parole du ministère, a ironisé sur la “riche imagination” des Britanniques et a dénoncé un “cocktail (d’accusations) au parfum diabolique”.

Les Pays-Bas ont affirmé pour leur part avoir déjoué en avril dernier une tentative russe de pirater le site de l’OIAC.

Lors d’une conférence de presse à La Haye, le ministre néerlandais de la Défense, Ank Bijleveld, a demandé à Moscou de mettre fin à de telles activités qui visent selon lui à “saper” les démocraties occidentales.

L’ambassadeur de Russie aux Pays-Bas a été convoqué au ministère des Affaires étrangères.

ACCUSATIONS “ABSURDES”, DIT MOSCOU

Selon le chef des services de renseignement militaires néerlandais, le général Onno Eichelsheim, quatre Russes arrivés aux Pays-Bas le 10 avril ont été arrêtés dans un hôtel proche du siège de l’OIAC en possession de matériel d’espionnage.

L’OIAC enquêtait alors sur la nature de la substance utilisée le mois précédent pour empoisonner l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia à Salisbury, en Angleterre.

Les quatre Russes ont été ensuite expulsés vers la Russie. Ils avaient prévu de se rendre dans un laboratoire de Spiez, en Suisse, où l’OIAC analyse des échantillons d’armes chimiques, a ajouté le général Eichelsheim.

Moscou a jugé “absurdes” ces accusations néerlandaises, rapporte l’agence de presse RIA. “Il n’y a eu aucune attaque”, a dit une source au ministère russe des Affaires étrangères. “Nous faisons partie des structures (de l’OIAC), nous avons accès à tout, pourquoi donc voudrions-nous les pirater ? C’est encore une absurdité.”

A Bruxelles, un communiqué signé par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le président du Conseil européen Donald Tusk et la haute représentante pour les affaires étrangères Federica Mogherini dénonce “un acte d’agression qui démontre le mépris” de Moscou pour l’OIAC.

Le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis a tenu le même langage, ajoutant que le Kremlin devait être tenu pour responsable de telles pratiques et que l’Occident avait les moyens d’y répondre.

“Les actions du GRU sont irresponsables et systématiques: ils essaient de nuire et d’interférer dans les élections d’autres pays”, a affirmé quant à lui à Londres le ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt.

LE RÔLE DU GRU

“Notre message est clair: avec nos alliés, nous mettrons en lumière les tentatives du GRU de nuire à la stabilité internationale et nous y répondrons”, a-t-il ajouté, précisant que Londres attribuait la responsabilité de ces attaques au gouvernement russe.

Pour Jeremy Hunt, la tentative contre l’OIAC montre que Moscou est bien derrière l’attaque de Salisbury contre les Skripal.

En avril dernier, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont mis en garde contre une cyberattaque à l’échelle mondiale lancée en 2015 qu’ils ont imputée à des pirates informatiques soutenus par la Russie.

Moins connu que le KGB, le GRU a joué un rôle majeur dans plusieurs conflits, notamment lors de l’annexion de la Crimée en 2014.

L’agence a été accusée par la Première ministre britannique Theresa May d’avoir mené la tentative d’assassinat contre Sergueï Skripal, que le président Vladimir Poutine a présenté mercredi comme “une ordure” et “un traître”.

Disposant d’agents à travers le monde, le GRU rend compte directement au ministère russe de la Défense.

Aucune communication n’est effectuée sur les actions du service, dont la structure, les effectifs et le financement sont tenus secrets.

Selon le gouvernement britannique, le GRU est associé à plusieurs groupes de pirates informatiques, parmi lesquels APT 28, Fancy Bears, Sofacy, Pawnstorm et Sednit.

“Ce type de comportement démontre leur volonté de bafouer le droit international et les normes établies, et ils le font avec un sentiment d’impunité”, a dit Jeremy Hunt.

En 2016 et cette année, les Etats-Unis ont sanctionné plusieurs officiers du GRU, dont son responsable Igor Korobov, pour des tentatives de cyberattaques et avoir cherché à s’ingérer dans l’élection présidentielle de 2016.

Avec Andrew Osborn, Andrey Ostroukh, Toby Sterling, Colin Packham, Jan Strupczewski, Andrew MacAskill Polina Devitt et Stephanie van den Berg; Jean Terzian et Guy Kerivel pour le service français

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below