April 11, 2018 / 1:27 PM / 2 months ago

La machine ne tuera pas l'homme, dit SYZ AM

PARIS (Reuters) - Les algorithmes modifient durablement le paysage de la finance mais l’homme aura toujours sa place dans un univers dominé par les machines, estime Guido Bolliger, coresponsable des stratégies d’investissement quantitatif pour SYZ Asset Management.

Les algorithmes modifient durablement le paysage de la finance mais l'homme aura toujours sa place dans un univers dominé par les machines, estime Guido Bolliger, coresponsable des stratégies d'investissement quantitatif pour SYZ Asset Management. /Photo prise le 8 novembre 2017/REUTERS/Denis Balibouse

Les Bourses ne sont plus des fourmilières qu’au cinéma et les traders sont une espèce en voie de disparition, sait très bien le gérant spécialisé de la banque suisse, qui réfute cependant le scénario, brandi un peu partout, de la mort du financier de chair et d’os.

“Derrière le ‘big data’ ou l’intelligence artificielle, il faudra toujours un économiste ou un spécialiste des marchés qui interprétera les résultats de ces modèles, qui pourra comprendre les signaux et en tester la cohérence”, dit-il à Reuters.

La modélisation intervient pourtant de manière de plus en plus massive dans la sélection de titres comme dans l’allocation d’actifs, sans parler du courtage à haute fréquence, pointé du doigt par les régulateurs après plusieurs accidents de marché.

L’automatisation de plus en plus poussée du processus d’exécution des ordres fait débat depuis le fameux “flash crash” du 6 mai 2010 à Wall Street, qui avait vu les valeurs américaines s’effondrer pour ne remonter que quelques minutes après.

L’Autorité des marchés financiers (AMF) rappelle dans un rapport sur le sujet qu’il n’y pas de consensus sur le rôle joué alors par le trading à haute fréquence, qui permet d’effectuer des transactions en une infime fraction de seconde grâce des logiciels se basant sur des algorithmes mathématiques.

“PAS BEAUCOUP DE RECUL”

La répétition chronique de ce genre d’accident fait cependant dire à de nombreux spécialistes que le trading algorithmique, qui représente aujourd’hui 90% des volumes journaliers sur le marché américain, porte une part de responsabilité.

“Il faut faire la part des choses mais avec les algorithmes de trading, dès que vous avez un décrochage du marché, tout va beaucoup plus vite, ce qui peut provoquer des mouvements de marché en intraday d’une assez grosse amplitude”, reconnaît Guido Bolliger

“Maintenant, si le marché venait à perdre 20% à 30% parce qu’il arrivait en fin de cycle, ce ne serait pas à cause du trading algorithmique”, ajoute-t-il.

Le phénomène de l’automatisation des opérations financières étant relativement récent et en pleine évolution, il faudra du temps avant de pouvoir en juger objectivement les effets, poursuit l’expert.

“Il y aussi la réglementation qui évolue, avec une certaine consolidation”, fait-il valoir.

“On n’a pas beaucoup de recul. Sur le marché actions, cela fait moins d’une dizaine d’années que les banques ont complètement automatisé les opérations de courtage. Quel sera l’impact sur la liquidité et les mouvements de marché ? C’est extrêmement difficile à dire. Je pense qu’on aura de temps en temps, en effet, des mouvements à court terme d’une plus forte amplitude, mais ce n’est pas cela qui va influencer les fondamentaux et provoquer un krach boursier.”

DES ETF QUI COULENT À PIC

Autre coupable souvent désigné en cas de décrochage brutal, les fonds indiciels cotés (ETF), qui ont pour objectif de répliquer la performance d’un indice et dont la gestion est entièrement automatisée.

Certaines versions exotiques de ces produits en plein essor ont encore fait les gros titres lors de la correction de début février, lorsque plusieurs ETF adossés, avec un effet de levier, à l’indice mesurant la volatilité implicite du S&P 500 ont coulé à pic.

“Je ne suis pas inquiet pour les ETF sur des indices comme le CAC 40”, dit Guido Bolliger. “J’ai très peur en revanche pour les ETF sur le ‘high yield’ ou sur la dette émergente. Le jour où la liquidité sur le crédit s’asséchera, ils seront incapables de faire face à leurs remboursements et cela va partir en bas. Il y aura un jour en accident, c’est quelque chose qui nous pend au nez.”

Les algorithmes rendent pourtant de nombreux services, notamment dans des marchés difficiles à naviguer avec le retour de la volatilité et de fortes fluctuations de certains secteurs, à commencer par les valeurs technologique.

“Dans le contexte actuel, ce qui est vraiment important, c’est la gestion du risque et l’une des grandes forces des modèles quantitatifs est leur capacité à gérer le risque de manière très active, à répartir les actifs et à rebalancer les portefeuilles quand la volatilité devient un peu forte”, plaide Guido Bolliger.

“Cela permet de s’adapter de manière beaucoup plus rapide que quand vous le faites de manière humaine, avec également des stratégies systématiques d’assurance de portefeuille.”

SYSTÈMES NEURONAUX ET IMAGES SATELLITE

Ni bêtes ni méchantes, les machines savent aujourd’hui s’appuyer sur d’autres critères que la seule valorisation pour sélectionner les titres.

“Nous utilisons comme critères de sélection des titres la valorisation, évidemment, mais aussi la qualité, le risque, le cash-flow, les dividendes et les rachats d’actions, que l’on combine pour se protéger contre des retournements ponctuels”, explique Guido Bolliger.

Les nouvelles technologies s’intéressent également de plus en plus à la gestion de patrimoine et visent le grand public par le biais de fintechs proposant notamment des “robo-advisors”, des plates-formes automatisées de conseil en investissement et de gestion en ligne.

La révolution qui secoue l’univers de la finance va se poursuivre, prédit le gérant suisse, qui cite notamment les systèmes neuronaux, une forme d’intelligence artificielle permettant de répliquer les réactions du cerveau humain.

Il évoque également l’utilisation d’images satellite, par exemple pour prédire le chiffre d’affaires d’un distributeur au vu du nombre de voitures sur les parkings de ses supermarchés, ou encore la possibilité d’établir des indices de confiance en se basant sur les tendances exprimées sur les réseaux sociaux.

De beaux débouchés en perspective pour les mathématiciens, ingénieurs en informatiques et autres spécialistes du traitement des données (“data scientists”).

Mais les acteurs plus traditionnels de l’univers de la finance ne vont pas disparaître pour autant, insiste Guido Bolliger.

“Il y a beaucoup de fonds d’investissement qui se lancent basés uniquement sur l’intelligence artificielle et qui échouent”, dit-il.

“Il y des choses que l’on n’a jamais utilisées et qui font du sens mais il est loufoque de penser que ces choses vont complètement remplacer l’économiste ou le financier qui écrit et analyse les modèles.”

Edité par Marc Angrand

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