10 juillet 2008 / 08:23 / dans 9 ans

Microsoft pourrait racheter Yahoo sans grosse prime

par Eric Auchard

<p>Selon les analystes, alors que Yahoo s'attache &agrave; poursuivre une strat&eacute;gie d'ind&eacute;pendance, des &eacute;l&eacute;ments que le g&eacute;ant de l'internet ne ma&icirc;trise pas le rendent de plus en plus vuln&eacute;rable &agrave; une nouvelle offre de rachat par Microsoft, sans l'augmentation de la prime escompt&eacute;e par les actionnaires. /Photo d'archives/REUTERS/Robert Galbraith</p>

SAN FRANCISCO (Reuters) - Alors que Yahoo s‘attache à poursuivre une stratégie d‘indépendance, des éléments que le géant de l‘internet ne maîtrise pas le rendent de plus en plus vulnérable à une nouvelle offre de rachat par Microsoft, sans l‘augmentation de la prime escomptée par les actionnaires, estiment des analystes.

L‘offre initiale de la firme de Redmond, en numéraire et en actions, s’élevait à 44,6 milliards de dollars et proposait 31 dollars par action du portail internet.

Le groupe fondé par Bill Gates a ensuite revu son offre à la hausse, proposant 33 dollars par action Yahoo, pour un total de 47,5 milliards de dollars, avant de renoncer à son projet en mai, alors que Yahoo réclamait 37 dollars par action.

Le cours du titre Yahoo varie désormais en fonction des conjectures sur le prix que Microsoft finira par proposer.

Au début du mois, alors que tout espoir d‘une nouvelle offre s’était évaporé, Yahoo a plongé à 19,59 dollars, près de son niveau de cours du mois de janvier, avant que le géant du logiciel ne lance sa première offre.

Avec le retour sur scène de Microsoft en tant qu‘acquéreur potentiel, le titre du portail internet a dépassé 24 dollars mardi sur le Nasdaq.

Microsoft a indiqué lundi qu‘il avait renoncé à négocier avec la direction actuelle mais qu‘il était prêt à rouvrir les discussions immédiatement si le milliardaire Carl Icahn, actionnaire de Yahoo, prenait le contrôle du conseil d‘administration lors de l‘assemblée générale annuelle des actionnaires, prévue le 1er août.

INQUIÉTUDES SUR LES RECETTES PUBLICITAIRES

Le ralentissement de l‘activité économique aux Etats-Unis et du marché de la publicité en ligne, dont dépend le chiffre d‘affaires de Yahoo, jouent également en sa défaveur.

“Toutes ces spéculations autour de cet accord surviennent dans un contexte d‘environnement délicat pour le marché publicitaire”, a déclaré Ross Sandler, analyste chez RBC Capital. “Si Yahoo commence à ne pas atteindre ses objectifs, le cours de l‘action marquera un nouveau recul à 20 dollars.”

Wall Street s‘attend à ce que Yahoo fasse état d‘une croissance de 11% de son chiffre d‘affaires et d‘un recul de près de 13% de ses bénéfices lorsqu‘il présentera ses résultats du deuxième trimestre le 22 juillet.

Selon l‘analyste de Canaccord Adams Colin Gillis, les publicités pour les secteurs financier et pharmaceutique - deux gros contributeurs aux dépenses publicitaires en ligne - sont sous pression. Il estime que les résultats de Yahoo pour le trimestre clos fin juin devraient être ternes et que les prévisions pour septembre seront probablement décevantes.

L‘avertissement lancé lundi par Bankrate, qui a révisé à la baisse ses prévisions pour 2008 en invoquant un recul marqué des dépenses de publicité en ligne dans le secteur des services financiers, assombrit encore les perspectives dans la mesure où il s‘agit aussi d‘un secteur clé pour Yahoo.

QUEL MONTANT POUR UNE NOUVELLE OFFRE ?

La question centrale, selon des analystes de Wall Street, n‘est pas de savoir si Yahoo met en oeuvre une stratégie cohérente pour maîtriser son avenir mais réside plutôt dans le temps qu‘il lui reste pour atteindre ses objectifs.

Les accords de partenariat conclus récemment par Yahoo ainsi que ses efforts pour développer ses produits et ses systèmes ont fait bonne impression mais sont vus par beaucoup comme des initiatives insuffisantes et trop tardives.

Les investisseurs en sont donc à nouveau à se demander combien Microsoft finira par proposer autour des 30 dollars si Carl Icahn parvient à prendre le contrôle du conseil d‘administration, alors que la valeur de l‘offre est passée de 44,6 milliards de dollars en janvier à moins de 42 milliards en mai, du fait de la dévalorisation de sa composante en actions.

Il est peu probable qu‘une éventuelle nouvelle offre de Microsoft soit lancée à hauteur des 33 dollars par action qui étaient proposés juste avant la rupture des discussions en mai, juge Ben Schachter, analyste chez UBS.

Une éventuelle nouvelle offre risque donc d’être bien en deçà des 34-35 dollars par action que les principaux actionnaires de Yahoo ont demandé et a fortiori sous la barre des 37 dollars réclamés à Microsoft par la direction de Yahoo.

“L‘entreprise s‘est affaiblie depuis le lancement de l‘offre initiale. L‘environnement macroéconomique mais aussi l‘impact de la première offre ont pesé sur le cours de l‘action”, estime Ben Schachter, qui prévoit que Microsoft pourrait faire une nouvelle proposition dans une fourchette comprise entre 31 et 33 dollars par action.

Colin Gillis a abondé dans son sens, déclarant que la seule proposition qui avait jamais été véritablement sur la table -à savoir 31 dollars par action en numéraire et en actions- est probablement celle qui sera relancée.

“Dans un environnement économique qui se dégrade, une offre tout en numéraire à 28, 29 ou 30 dollars commence à représenter une assez belle” occasion pour des actionnaires qui avait autrefois misé sur un prix de 35 dollars, note-t-il.

QUEL PLANCHER POUR UNE OFFRE DE MICROSOFT ?

Microsoft pourrait être tenté de proposer un montant encore moins élevé si Carl Icahn parvient à ses fins lors de l‘assemblée générale des actionnaires.

Youssef Squali, analyste de Jefferies & Co, prévient que Carl Icahn pourrait alors n‘avoir que peu d‘options. “Si Icahn impose tous ses candidats sans avoir de ‘Plan B’, alors Microsoft l‘aura à sa merci”, dit-il.

En effet rien n‘empêche Microsoft de laisser Carl Icahn écarter Jerry Yang, le directeur général de Yahoo, ainsi que le conseil d‘administration avant de fondre sur sa proie avec une offre délibérément sous-estimée à 18 dollars par action, évoque Trip Chowdry, analyste à Global Equities Research, dans la Silicon Valley.

Mais selon Walter Pritchard, de Cowen & Co, il ne faut pas sous-estimer l‘effet de la réaction des employés de Yahoo - sans compter celle des principaux actionnaires comptant réaliser une prime importante.

“Ils (Microsoft) voudraient acheter (Yahoo) au rabais mais je pense qu‘ils savent qu‘il sera beaucoup plus difficile de parvenir à un accord s‘ils envisagent un rabais trop important”, remarque-t-il, ajoutant que “pour quelques milliards de dollars (de plus), cela vaut la peine de s‘assurer” que l‘opération sera menée à terme.

D‘après lui, Microsoft n‘ira pas au-delà du prix maximum qu‘il avait déjà proposé, soit 33 dollars par action.

Avec Daisuke Wakabayashi à Seattle, version française Myriam Rivet

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