July 14, 2010 / 1:09 PM / 8 years ago

Tour de France: Damien Monier, la maturité sur le tard

par Clément Guillou

SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE (Reuters) - Damien Monier, Auvergnat taiseux et longiligne, se révèle à 27 ans au grand public comme à lui-même en étant premier Français du Tour.

Monier s’est épaté dimanche en terminant 28e de l’étape d’Avoriaz, il s’est pincé mardi lorsqu’il s’est retrouvé dans les roues d’Ivan Basso et Lance Armstrong dans le col de la Madeleine.

Le coureur de Cofidis a dû lâcher prise dans les derniers kilomètres de l’ascension mais, malgré deux chutes dans la descente, il est remonté à la 21e place au classement général.

“Je me surprends moi-même, ça motive de se retrouver là”, dit le Clermontois, visage allongé et sourire discret.

“Ce n’était pas prévu au départ que je me batte avec les meilleurs au sommet des cols. J’avais les poils qui se dressaient dans la montée avec Basso, Armstrong... J’étais comme un cadet. J’espère pouvoir remettre ça dans les Pyrénées.”

Celui qui se fixe pour nouvel objectif de terminer dans les 20 premiers du Tour de France a commencé le cyclisme sur le tard, après s’être essayé au football.

A 18 ans, il prend sa licence au VC Riom, “pour voir autre chose, faire comme les copains.”

Rapidement repéré par Cofidis, il joue le rôle de l’équipier modèle depuis ses débuts professionnels, en 2003.

Mais depuis qu’il a perdu cinq kilos l’an passé, il en pèse aujourd’hui 74 pour 1m88, Monier se dessine un destin à la Bradley Wiggins.

ANCIEN PISTARD

Comme le leader du Team Sky, le Clermontois est un ancien pistard, un bon rouleur.

Il est champion de France espoirs du contre-la-montre et de la poursuite, vainqueur de prologues chez les jeunes, puis champion de France de poursuite élites en 2005 et 2008.

Monier n’arrête vraiment la piste que cette année-là. Progressivement, il devient un coureur complet.

“L’année dernière j’ai commencé à avoir mes premiers résultats en bosses”, rappelle-t-il.

“Je me suis dit ‘tiens, y’a des choses a faire’. C’est un effort de type ‘chrono’, on se met à bloc, dans notre bulle et on roule au train. C’est ce que je travaille à l’entrainement. Je vois que je suis en train de progresser là-dedans donc... Affaire à suivre.”

Eric Boyer, manager de l’équipe Cofidis, reconnaît que Monier a perdu du temps dans son évolution. Il ne suit que depuis trois ans les conseils de l’entraîneur Vincent Villerius.

Monier les respecte à la lettre. Tout le monde le décrit comme une énorme bosseur.

“Quand quelqu’un part de loin parce que, depuis des années, il ne s’entraîne pas comme il faut, il y a deux à trois années de travail énormes pour en arriver là, au minimum”, dit Boyer.

“Il faut que le corps s’habitue à cette violence dans le travail, il faut l’encaisser et il a le moteur pour l’encaisser. En montagne, à l’entraînement, il était souvent avec Sylvain Chavanel mais il avait peur de la compétition”, poursuit Boyer.

“Nous, on a un peu perdu de temps parce qu’on aurait dû lui proposer plus tôt un rôle de coureur protégé. J’ai eu des moments de blues, de doute, parce que je trouvais le temps long. Je n’arrivais pas à transmettre, à trouver la clé pour qu’il comprenne ses capacités”, concède le manager.

INTROVERTI

Monier, garçon modeste et réservé, a eu le déclic psychologique le 26 mai dernier à Peio Terme, un village du Stelvio dans le nord de l’Italie.

Le grand garçon au style peu esthétique mais efficace lâche ce jour-là ses compagnons d’échappée dans l’ascension finale et remporte la 17e étape du Tour d’Italie. Il s’effondre derrière la ligne et prend d’un coup conscience de ses capacités.

Les dirigeants de Cofidis, en premier lieu le patron François Migraine qui le protège depuis sept ans, se félicitent aujourd’hui de l’avoir conservé alors que plusieurs dans le peloton se demandaient à quoi il pouvait servir.

“On détient un coureur dont on ne connaissait pas le mental”, se réjouit Van Londerseele. “On ne sait pas vraiment quel est son réel potentiel.”

“Il a eu beaucoup de mal à s’adapter au professionnalisme”, ajoute le directeur sportif. Façon de dire qu’il n’était pas vraiment fait pour le milieu ?

“‘Momone’ était persécuté par (Philippe) Gaumont et compagnie quand il est arrivé”, raconte Florent Brard, devenu son ami lors de ses deux saisons chez Cofidis (2008-2009).

“C’est quelqu’un d’introverti, à la démarche un peu gauche et dont j’ai vraiment cru qu’il était muet”, ajoute-t-il.

“En fait, même s’il parle peu, c’est un mec plein d’humour, quelqu’un qui gagne à être connu.” Grimper avec Basso et Armstrong n’est pas le plus mauvais moyen pour cela.

Edité par Jean-Paul Couret

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