4 janvier 2009 / 08:46 / il y a 9 ans

AVANT-PAPIER Fin de la pub sur France TV sur fond de polémiques

par Cyril Altmeyer

PARIS, 4 janvier (Reuters) - Les écrans publicitaires disparaissent à partir de 20 heures lundi sur France Télévisions, signe extérieur le plus spectaculaire d‘une réforme controversée qui va bouleverser en profondeur le paysage audiovisuel français.

Annoncée par surprise par le président Nicolas Sarkozy le 8 janvier 2008, la suppression de la publicité sur France 2, France 3, France 4 et France 5 de 20 heures à 6 heures du matin entre en vigueur avant même l‘examen de la réforme par le Sénat, qui ne démarrera que mercredi.

Le gouvernement espérait boucler l‘examen du projet de loi avant Noël mais les débats à l‘Assemblée nationale ont duré quatre semaines au lieu d‘une sous le coup de quelque 700 amendements déposés par l‘opposition.

La publicité devrait disparaître totalement de France Télévisions fin 2011, au moment de l‘extinction de la diffusion en analogique de la télévision française.

La réforme de l‘audiovisuel, la plus importante depuis la privatisation de TF1 (TFFP.PA) en 1987, suscite nombre de polémiques, notamment parce que le président de France Télévisions sera désormais nommé et révoqué en conseil des ministres.

Cette prérogative était auparavant dévolue au Conseil supérieur de l‘audiovisuel (CSA), qui ne fournira plus qu‘un avis conforme, tout comme les commissions des Affaires culturelles et du Sénat.

“ORTS”

Elle transforme en outre France Télévisions en entreprise unique, 35 ans après l’éclatement de l‘ORTF, ce qui a donné l‘occasion à des députés de l‘opposition d‘afficher des pancartes brocardant “l‘ORTS” (Office de radio-télévision Sarkozy).

Après trois grèves dans l‘audiovisuel public en 2008, les salariés de France 3 sont appelés à cesser le travail lundi, la CGT prévoyant de prolonger le mouvement jusqu’à mercredi minuit. A France 2, une grève est prévue pour mercredi, le jour du début des débats au Sénat devant lequel une manifestation est annoncée à partir de 15h00 (14h00 GMT).

Les syndicats craignent pour l‘indépendance éditoriale de l‘audiovisuel public et dénoncent la faiblesse de la compensation financière pour la suppression de la publicité et le non financement des programmes de remplacement.

Une enveloppe de 450 millions d‘euros d‘euros est inscrite dans la loi des finances 2009 pour compenser le manque à gagner pour France Télévisions, qui conservera un périmètre constant.

La réforme instaure deux taxes pour financer ce manque à gagner, l‘une comprise entre 1,5% et 3% sur les recettes des chaînes privées - revue à la baisse par rapport au projet initial - et l‘autre de 0,9% sur le chiffre d‘affaires des opérateurs télécoms, qui doit rapporter à elle seule 380 millions d‘euros.

France Télévisions compte sur des recettes publicitaires de quelque 170 millions d‘euros en 2009 entre 6 heures et 20 heures, soit 250 millions en incluant le parrainage.

Dénoncée comme un “cadeau” fait aux chaînes privées, la suppression de la publicité s‘accompagne en outre de mesures qui leur permettront de diffuser davantage de publicité, comme une seconde coupure dans les fictions et l‘allongement de la durée maximale de six à neuf minutes par heure, permettant de multiplier les spots aux carrefours d‘audience.

“CADEAU” DANS UN MARCHÉ PUB DÉPRIMÉ

Mais les experts du secteur publicitaire s‘accordent cependant à penser que ce train de mesures, loin de constituer le jackpot attendu pour les chaînes privées, leur permettra tout juste de compenser un marché de la publicité télévisée particulièrement difficile.

GroupM, filiale du groupe publicitaire britannique WPP (WPP.L), prévoit ainsi un recul de 3,2% des investissements publicitaires dans la télévision en France en 2008, après une baisse de 2,0% en 2008.

L‘effet des mesures sera d‘autant plus limité que les chaînes privées, qui remplissent rarement leurs écrans, devront éviter de saturer les télespectateurs. TF1 devra en outre faire face à partir de 20h35 à la concurrence du début des programmes de soirée de France Télévisions et de M6 (MMTP.PA), alors que le démarrage des siens est maintenu à 20h50.

Evoquant un “pari éditorial”, le directeur des antennes de France Télévisions, Patrice Duhamel, estime que la réforme ne doit pas conduire le service public à renoncer à son “ambition d‘audience”.

“A 20h35, il y a en moyenne plus de 25 millions de Français devant leur télévision. Ceux qui seront là demain soir et qui auront le choix entre un grand programme sur les antennes du service public et en face de la publicité (...), je pense qu‘ils n‘hésiteront pas une seconde”, a-t-il déclaré dimanche sur Europe 1.

TF1, M6, Canal+ (groupe Vivendi (VIV.PA)) et les chaînes de la télévision numérique terrestre (TNT) se partageront environ 250 millions d‘euros qui ne seront plus dépensés sur France Télévisions, dont entre 60 et 70% pour TF1 et un quart pour M6, selon les experts. (Edité par Clément Dossin)

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