7 juin 2011 / 05:36 / dans 6 ans

AVANT-PAPIER L'assemblée générale d'Altran s'annonce électrique

* Altrafin en position de force avec 31,2% des droits de vote

* La justice examine mardi un recours de l‘actuel PDG

* Le bras de fer pourrait profiter à Altran - Analystes

par Gwénaelle Barzic

PARIS, 7 juin (Reuters) - Les actionnaires d‘Altran (ALTT.PA) seront appelés vendredi à trancher le conflit qui oppose depuis plusieurs semaines le PDG, Yves de Chaisemartin, à l‘actionnaire principal qui réclame son départ.

A l‘approche d‘une assemblée générale qui s‘annonce tendue, les deux camps rencontrent analystes, journalistes et investisseurs pour tenter de rallier des soutiens et remporter une confrontation qui se joue aussi sur le terrain judiciaire.

Le vote de vendredi se déroulera ainsi sous le contrôle d‘un huissier à la demande d‘Altrafin Participations, tandis que la justice examinera ce mardi le recours d‘Yves de Chaisemartin sur les droits de vote du fonds d‘investissement.

“C‘est une vraie guerre de communication”, estime un analyste basé à Paris, selon lequel le rapport de force penche toutefois en faveur d‘Altrafin qui détient 19,2% du capital et 31,2% des droits de vote de la société de conseil en technologie. “Arithmétiquement parlant, les jeux sont faits”.

Premier actionnaire d‘Altran, le fonds d‘investissement, contrôlé par Apax Partners, a officialisé fin avril sa volonté de proposer un nouvel homme, Philippe Salle, pour la direction du groupe, faute, assure-t-il, d‘avoir trouvé un compromis avec l‘actuel PDG après plusieurs mois de discussions.

“Nous avons essayé de trouver une solution à l‘amiable. Nous avons été extrêmement patients”, a déclaré à Reuters Gilles Rigal, président d‘Altrafin Participations et directeur associé d‘Apax Partners.

“ALLER PLUS VITE”

Entré en 2008 au capital, le fonds d‘investissement juge les performances d‘Altran insuffisantes au regard de son statut de leader.

Chiffres à l‘appui, il fait valoir qu‘Altran a fait moins bien que ses principaux concurrents depuis 2006, date à laquelle le PDG, aujourd‘hui âgé de 62 ans, a pris les rênes de la société. Le chiffre d‘affaires s‘est ainsi contracté de 3,0% entre 2006 et 2010 quand celui d‘Alten (LTEN.PA) gagnait 62%.

“Nous pensons qu‘un nouveau dirigeant peut aider l‘entreprise à aller plus vite et lui donner une autre dimension”, souligne Gilles Rigal, qui met en avant l‘expérience dans le conseil de Philippe Salle, passé par McKinsey et Accenture (ACN.N), et son bilan à la tête de groupes internationaux comme Vedior et Geoservices. La décision du fonds a créé la surprise alors qu‘Altran est en voie de redressement après des années difficiles, une reprise illustrée par le bond de 68,2% du titre depuis le début de l‘année. (voir [ID:nLDE73Q1N0])

Sous la direction d‘Yves de Chaisemartin, Altran s‘est profondément restructuré, réduisant ses frais généraux et réorientant son activité vers le développement de projets.

Cette stratégie a fini par porter ses fruits dans un contexte de reprise générale du secteur, permettant à Altran d‘afficher une croissance à deux chiffres au premier trimestre.

S‘estimant conforté par des résultats qui valident selon lui une “transformation réussie”, Yves de Chaisemartin refuse de quitter son poste et met en garde contre le coup de frein que pourrait provoquer un changement de direction.

“Il (Philippe Salle) va devoir acquérir une crédibilité dans ce métier qui n‘est pas le sien”, a déclaré à Reuters le patron d‘Altran, en estimant à six mois le temps nécessaire à son potentiel successeur de 46 ans pour prendre ses marques.

CINQ NOUVEAUX ADMINISTRATEURS SOUMIS AU VOTE

Yves de Chaisemartin, qui dit ne pas vouloir “s‘accrocher à son poste”, dénonce le flou de la stratégie du fonds d‘investissement dont les intentions sont selon lui guidées par des impératifs de court terme.

“Apax veut vendre tout de suite et maintenant”, assure-t-il.

Gilles Rigal assure pour sa part qu‘Apax est un “actionnaire de long terme” d‘Altran et n‘a aucune obligation de vendre pour au moins les deux années à venir, rappelant que le fonds est resté neuf ans au capital de la chaîne Sephora.

A 5,47 euros, l‘action d‘Altran est toujours inférieure au cours de rendement pour Apax qui s’établit à 5,70 euros. Les deux camps sont en revanche d‘accord pour dire que la décision finale reviendra aux actionnaires.

Apax a proposé la nomination de deux nouveaux administrateurs, dont Philippe Salle, en vue d‘obtenir la désignation de ce dernier au poste de PDG par le conseil d‘administration qui compte aujourd‘hui huit membres dont deux représentants des fondateurs d‘Altran, solidaires d‘Apax, et trois indépendants.

Yves de Chaisemartin a riposté en proposant de nommer trois indépendants supplémentaires.

Quelle que soit son issue, ce bras de fer pourrait au final se révéler bénéfique pour le groupe, selon des analystes.

“Qu‘il y ait un changement de PDG ou pas, le vainqueur devra légitimer sa place en faisant des annonces”, souligne Xavier-Emmanuel Pingault d‘Oddo Securities, en prévenant toutefois qu‘une période d‘incertitudes pourrait s‘ouvrir si l‘AG de vendredi ne permettait pas de trancher le litige.

“Il y aura un flottement inévitable s‘il ne se passe rien le 10 juin”, estime-t-il.

Voir aussi :

* Le PDG d‘Altran s‘estime conforté par le CA du T1 [ID:nLDE7410DJ]

* Le 1er actionnaire d‘Altran veut changer de PDG, le titre chute [ID:nLDE73Q1N0]

* Les données financières sur la société : link.reuters.com/jaw79r

Edité par Cyril Altmeyer

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