April 20, 2018 / 9:48 AM / in 5 months

RPT-POINT HEBDO-Les actifs à risque perdent un peu de leur saveur

(Répétition sans changement d’une dépêche transmise vendredi)

* Des gérants réduisent leur exposition aux actions

* Le scénario de risque baissier se renforce

* Les profits gonflent encore mais des menaces planent

* Les pressions inflationnistes refont surface

* BCE, BoJ et pluie de résultats au programme

par Patrick Vignal

PARIS, 23 avril (Reuters) - Après une année 2017 faste, les actions gardent la cote en ce début de deuxième trimestre 2018 mais brillent moins fort dans un environnement de marché plus volatil et chargé de menaces, font valoir plusieurs gérants et analystes.

La semaine qui s’achève a montré que les tensions géopolitiques ne faisaient pas trembler cette classe d’actifs, les frappes occidentales en Syrie ayant eu très peu d’effet sur la tendance boursière.

Mais d’autres risques bien réels pourraient limiter l’appétit des investisseurs pour les actions, reconnaît-on chez Candriam, qui a surpondéré les actions en début d’année avant de revenir début mars à un positionnement neutre.

“La croissance devrait rester solide après le premier semestre 2018 mais le scénario de risque baissier a quelque peu gagné en crédibilité”, explique Nadège Dufossé, responsable de l’allocation d’actifs chez Candriam.

“En effet, la dynamique macroéconomique arrive à son apogée, la normalisation de la politique monétaire s’accélère aux États-Unis et les craintes s’accentuent à l’égard du protectionnisme.”

Le grand beau sur les actions pourrait donc céder la place à un climat moins agréable, comme le suggère l’enquête mensuelle de Bank of America Merrill Lynch (BAML) auprès des gérants de fonds.

Elle montre notamment que les allocations en actions ont touché un creux de 18 mois en avril et que 40% des investisseurs interrogés voient le marché actions plafonner au cours second semestre.

LE PROTECTIONNISME, DANGER NUMÉRO UN

Chez BlackRock, numéro un mondial de la gestion d’actifs, on aime toujours les actions mais on reconnaît que des dangers les menacent, à commencer par les frictions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine.

“Le protectionnisme est le risque majeur du point de vue de la performance des marchés dans leur ensemble et de l’environnement macroéconomique”, dit à Reuters Isabelle Mateos y Lago, directrice générale au BlackRock Investment Institute.

“Si on devait avoir confirmation des mesures qui ont été annoncées par la Maison blanche, avec la perspective de représailles de la part de la Chine, de l’Union européenne et éventuellement d’autres, on serait dans un environnement de marché et macroéconomique beaucoup moins porteur avec des répercussions très significatives”, explique-t-elle.

“Mais notre scénario de base, c’est que l’on ne s’achemine pas vers cette situation et que des accommodements seront trouvés.”

Les risques haussiers existent également, à commencer par la croissance des profits des entreprises dont témoigne la saison des résultats trimestriels qui bat son plein et va encore s’accélérer dans les jours qui viennent avec les publications de poids lourds de la cote des deux côtés de l’Atlantique, au rang desquels Boeing, United Technologies, General Motors ou encore Volkswagen et Deutsche Bank .

A Paris, on surveillera les chiffres d’affaires trimestriels de Michelin, PSA et Kering, entre autres.

Le marché attend aussi avec une impatience particulière les publications imminentes de géants de la technologie comme Alphabet, Facebook Intel et Microsoft .

Les signaux d’alarme sont allumés sur ce secteur aux valorisations extrêmement tendues et menacé en outre par un renforcement de la réglementation, lit-on dans l’enquête de BAML, qui montre que de nombreux investisseurs ont commencé à réduire leur exposition à ce compartiment.

Les publications des entreprises du S&P 500 dans leur ensemble devraient néanmoins renforcer l’optimisme concernant leur bénéfices, attendus en moyenne en hausse de près de 20% sur un an, soit leur plus forte progression depuis sept ans, selon le consensus Thomson Reuters.

Signe d’une relative confiance des investisseurs, le Stoxx 600 et le S&P 500 affichent tous deux une performance positive sur la semaine, l’indice large européen demeurant toutefois négatif depuis le début de l’année avec un repli d’environ 2%, alors que Wall Street est en légère hausse.

LES CRAINTES SUR L’INFLATION REVIENNENT

Il y a à peine plus de deux mois, les investisseurs redoutaient plus que tout un décollage de l’inflation conduisant les banques centrales à accélérer sur la voie du resserrement monétaire.

Ces craintes, qui avaient été à l’origine de la correction observée début février sur les obligations puis sur les actions, s’étaient apaisées mais ont refait surface avec la hausse récente des cours des ressources de base, métaux industriels et pétrole en tête.

Du côté des métaux de base, les sanctions américaines contre des groupes et des hommes d’affaires russes continuent d’alimenter les craintes de tension sur l’offre mondiale. Le cours de l’aluminium vient ainsi d’atteindre son plus haut niveau depuis 2011, celui de l’alumine un plus haut historique.

Le pétrole est porté pour sa part par la baisse des stocks aux Etats-Unis et par les informations de Reuters selon lesquelles l’Arabie saoudite souhaiterait voir les cours atteindre 80 voire 100 dollars.

Le baril de Brent de la mer du Nord a encore un peu de marge pour y parvenir mais il s’en rapproche puisqu’il vient d’atteindre un plus haut depuis fin 2014, au-dessus de 74 dollars, avant de reculer un peu.

Ces tensions inflationnistes contribuent à la remontée des rendements obligataires et font que les annonces qui suivront les réunions monétaires de la Banque centrale européenne (BCE), jeudi, et de la Banque du Japon (BoJ), le lendemain, seront écoutées soigneusement sur les marchés.

Ils s’attendent à ce que la BCE arrête ses achats d’actifs avant la fin de l’année en prélude à un relèvement graduel de ses taux qui devrait s’amorcer courant 2019.

Quant à la BoJ, elle a inventé l’assouplissement quantitatif et n’hésitera pas à y avoir recours aussi longtemps qu’elle le jugera nécessaire. Elle aussi devra toutefois songer à lever le pied mais des annonces imminentes en ce sens paraissent peu probables.

Aux Etats-Unis, où la Fed a commencé à relever ses taux fin 2015, les effets de la normalisation monétaire se font clairement sentir sur le marché des emprunts d’Etat américains.

La courbe des rendements des Treasuries n’a ainsi jamais été aussi plate depuis une dizaine d’années en raison de la forte remontée des taux courts. Le rendement à deux ans vient ainsi de dépasser 2,43% pour s’aventurer dans une région qu’il n’avait plus fréquentée depuis 2008.

Cette courbe des taux pourrait bientôt s’inverser, ce qui signale historiquement l’entrée à plus ou moins court terme dans un marché baissier.

Voir aussi :

GESTION-Les flux confirment les doutes face aux actifs risqués-BAML

GRAPHES -Les marchés entre changement de régime et trou d’air passager

GRAPHES-La hausse du pétrole peine à convaincre, un signe pour le dollar

édité par Marc Angrand

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