February 19, 2019 / 2:04 PM / 10 months ago

AVANT-PAPIER-Engie est attendu sur sa croissance et ses acquisitions

* Un nouveau plan sur trois ans présenté le 28/02

* Des perspectives de croissance claires sont attendues

* Des observateurs prônent une offensive sur les acquisitions

* Réduction de l’emprise géographique et plan d’économies en vue

* Le nucléaire en Belgique et le dossier Suez en suspens

par Benjamin Mallet

PARIS, 19 février (Reuters) - Engie va confirmer à la fin du mois ses grands axes stratégiques mais devra aussi fournir des perspectives de croissance claires et muscler sa politique d’acquisitions pour retrouver les faveurs des investisseurs, selon des sources internes au groupe et des observateurs interrogés par Reuters.

Le nouveau plan d’Engie sur trois ans, qui sera présenté le 28 février lors de la publication des résultats 2018, inclura en outre une réduction de son emprise géographique - dans un souci de simplification - et le lancement d’un nouveau programme d’économies, ont précisé deux de ces sources.

Tout l’enjeu pour le fournisseur de gaz et d’électricité, également très présent dans les services, est aujourd’hui d’identifier clairement ses nouveaux relais de croissance et de chiffrer celle-ci après un plan 2016-2018 qui l’aura vu céder pour quelque 15 milliards d’euros d’actifs, principalement dans la production d’électricité à partir de charbon et dans l’amont pétrolier et gazier.

Dans le même temps, l’ex-GDF Suez a donné la priorité aux renouvelables, aux infrastructures énergétiques et aux services (les “solutions clients”), procédant au passage à plusieurs dizaines d’acquisitions mais seulement de tailles modestes.

“Dans les pivots stratégiques qu’ils ont mis en place, il n’y a pas de relais de profitabilité. Ce qui crache toujours beaucoup d’argent, c’est le gaz classique, les réseaux et la distribution”, observe un haut dirigeant du secteur gazier.

“Ils ont vendu beaucoup de choses qui gagnaient de l’argent (...) et ce qu’ils ont acheté n’en rapporte pas beaucoup, donc c’est un peu compliqué financièrement”, ajoute-t-il.

Un bon connaisseur d’Engie, spécialiste des fusions-acquisitions, se dit pour sa part “très dubitatif” sur la reconfiguration de l’entreprise sous l’égide de sa directrice générale Isabelle Kocher : “Il y a un problème d’axes stratégiques, avec des ‘business units’ pas très lisibles et que les gens ne comprennent pas en interne.”

Ainsi, si le pôle “solutions clients” continue par exemple d’apparaître comme prometteur, il reste très délicat à appréhender car il rassemble des activités de services aussi diverses que la vente de gaz et d’électricité aux particuliers, l’efficacité énergétique, le “facility management”, la mobilité électrique, les réseaux de chaleur ou encore la vidéosurveillance des espaces publics.

“Engie n’est pas facile à piloter car c’est un ensemble très hétérogène et il est difficile d’avoir une vision d’ensemble du groupe. Le sentiment, c’est qu’on ne sait pas vraiment où on va”, juge une source proche du conseil d’administration.

“ON SERA OBLIGÉS DE PASSER PAR DES GROSSES ACQUISITIONS”

La solution, selon la même source : “On sera obligés de passer par des grosses acquisitions. Toutes les planètes sont alignées mais reste à savoir quelle seront les cibles. Ce serait une erreur stratégique de faire autrement.”

La croissance externe apparaît pour de nombreux autres observateurs comme une voie possible de rebond des résultats et de la valorisation d’Engie, d’autant que le groupe aura la possibilité d’émettre des actions nouvelles pour réaliser certaines opérations une fois que l’Etat - son premier actionnaire - aura cédé tout ou partie de sa participation de 24% en vertu de la loi Pacte.

Parmi ses cibles potentielles figurent le réseau de gazoducs de Petrobras TAG, le spécialiste néerlandais des énergies renouvelables Eneco ou encore les actifs d’EDP dans les énergies renouvelables aux Etats-Unis.

Après avoir réduit son ratio endettement net sur Ebitda de 2,5 à fin 2015 à 2,2 à fin 2017, Engie va en outre pouvoir bientôt renforcer encore ses moyens financiers en cédant une partie des 75% du capital de GRTgaz qu’il détient, une possibilité elle aussi prévue par la loi Pacte.

“Des gros deals qui rentreraient dans les cases de la stratégie, ça du sens et je suis sûr qu’ils regardent tout. En revanche, si la ligne directrice est de purifier le modèle et l’histoire, je ne suis pas certain qu’un gros deal qui ajouterait de la complexité aille dans le bon sens”, prévient toutefois une source bancaire.

Globalement, les observateurs d’Engie jugent en effet que la configuration actuelle du groupe justifie encore une décote de holding dans un marché qui réclame au contraire toujours plus de simplicité.

Depuis début 2012, la capitalisation boursière d’Engie a perdu un tiers de sa valeur, à quelque 34 milliards d’euros, et l’action a plafonné autour de 15 euros depuis la nomination d’Isabelle Kocher au poste de directrice générale, le 3 mai 2016.

Deux sources proches du groupe indiquent que, pour répondre à la critique persistante d’une trop grande complexité, Engie va probablement annoncer dans le cadre de son plan 2019-2021 une réduction de sa présence géographique - il est aujourd’hui implanté dans quelque 70 pays -, notamment en Europe centrale selon l’une de ces sources.

Une source syndicale évoque en outre le lancement d’un nouveau programme d’économies d’environ un milliard d’euros sur trois ans, en écho à celui de 1,3 milliard mis en œuvre sur la période 2016-2018.

Dans le même temps, l’entreprise va tenter d’afficher une unité retrouvée après avoir semble-t-il réglé ses problèmes de gouvernance depuis la nomination du président du conseil Jean-Pierre Clamadieu, qui a succédé en mai 2018 à Gérard Mestrallet.

La source proche du conseil relève ainsi que Jean-Pierre Clamadieu “a resserré son équipe et laisse un peu moins de place à l’exécutif” et qu’Engie n’est plus en proie à “des batailles d’ego comme il y en a eu entre Kocher et Mestrallet”.

“GAGNER UN PEU DE TEMPS”

Le haut dirigeant du secteur gazier interrogé par Reuters juge toutefois que les attentes autour des annonces du 28 févier doivent être modérées : “Clamadieu comprend bien que le groupe est dans une impasse mais de là à savoir où aller... Je pense qu’il est encore trop tôt pour le dire, donc ils vont gagner un peu de temps.”

Engie n’est ainsi probablement pas en mesure de clarifier dans l’immédiat sa position sur les sujets clés du nucléaire en Belgique et de sa participation dans Suez.

En Belgique, l’enjeu pour le groupe sera d’obtenir la prolongation au-delà de 2025 d’une partie des sept réacteurs exploités par sa filiale Electrabel tout en redressant leurs performances après des arrêts prolongés - liés à des questions de sûreté - qui ont amputé l’Ebitda d’Engie de quelque 600 millions d’euros en 2018.

Pour espérer parvenir à un accord avec le gouvernement belge, de même que pour éventuellement relancer le projet d’ouverture du capital d’Electrabel à des actionnaires belges, Engie va cependant devoir attendre la nomination d’un nouvel exécutif, après les élections de mai prochain.

Par ailleurs, le statu quo maintenu fin 2018 sur la participation du groupe au capital de Suez ne semble pas tenable à long terme, certaines sources internes continuant dans cette logique de privilégier une reprise de contrôle du n°2 mondial de la gestion de l’eau et des déchets.

Sollicité par Reuters, Engie n’a pas souhaité s’exprimer sur l’ensemble de ces sujets.

Edité par Jean-Michel Bélot

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