23 février 2012 / 06:51 / il y a 6 ans

LEAD 3-En perte historique, Dexia interpelle l'UE sur son sauvetage

* 11,6 milliards d‘euros de perte nette en 2011

* Bruxelles doit encore approuver le plan de sauvetage

* Dexia plaide pour des garanties à un coût acceptable (Actualisé avec commentaires, cours de Bourse)

par Julien Ponthus et Matthieu Protard

PARIS/BRUXELLES, 23 février (Reuters) - En lourdes pertes, Dexia a interpellé jeudi la Commission européenne et prévenu que sa survie dépendait de l‘approbation par Bruxelles de son plan de sauvetage et de l‘octroi d‘une garantie d‘Etat de 90 milliards d‘euros à un coût non prohibitif.

Dexia vient d‘annoncer pour l‘exercice 2011 un résultat net négatif de 11,6 milliards d‘euros, l‘une des pires performances financières jamais enregistrées en France et qui s‘explique par le coût du démantèlement de la banque franco-belge, lessivée par la crise de la zone euro.

La banque a prévenu dans un communiqué que l‘absence d‘un soutien adéquat des pouvoirs publics “pourrait avoir un impact sur la situation de continuité d‘exploitation de Dexia et engendrer des tensions sur la situation de liquidité et de solvabilité du groupe”.

“La survie de Dexia dépend de l‘approbation par la Commission européenne de la garantie de 90 milliards décidée par les Etats”, a expliqué de son côté un porte-parole de la banque.

Pour Dexia, il est essentiel que la rémunération des garanties soit suffisamment faible pour qu‘elle puisse réaliser un résultat positif et renforcer ses fonds propres.

La perte enregistrée en 2011 correspond à plus de 19 fois la capitalisation boursière de la banque. Cette dernière vaut maintenant un peu moins de 600 millions d‘euros à la suite de l‘effondrement de 88% de son cours de Bourse en 2011.

Dexia a logiquement indiqué qu‘elle ne proposerait pas de dividendes à ses actionnaires au titre de cette année.

Les pertes abyssales de Dexia proviennent à la fois des dépréciations enregistrées lors de la nationalisation de Dexia Banque Belgique (4 milliards) et de la nationalisation partielle de Dexia Municipal Agency (984 millions), de la liquidation progressive de son gigantesque portefeuille obligataire (2,6 milliards) et enfin de son exposition à la dette grecque (3,4 milliards).

Ces grandes manoeuvres auront néanmoins permis au groupe de réduire son bilan de 154 milliards d‘euros, pour le ramener à 413 milliards d‘euros.

“BRUXELLES N‘A PAS DIGÉRÉ”

Bien qu‘en forte baisse, la taille du bilan de Dexia est considéré par certains analystes comme systémique en cela qu‘un défaut de paiement de la banque aurait des conséquences incalculables sur le système bancaire européen.

La France, la Belgique et le Luxembourg qui avaient déjà consenti un premier plan de sauvetage en 2008, ont annoncé en octobre le démantèlement de Dexia, premier groupe bancaire européen de grande taille à succomber à la crise de la dette souveraine.

Selon certaines sources, la Commission européenne a été agacée d‘avoir approuvé un premier plan d‘aide qui n‘a pas débouché sur une solution durable.

La doctrine de Bruxelles en termes d‘aide d‘Etat est qu‘une aide doit être définitive et assurer la viabilité à long terme de l‘entité aidée.

“La Commission européenne n‘a pas digéré d‘avoir donné son feu vert sur le premier plan de sauvetage. Avec le démantèlement maintenant, les services du (Commissaire européen à la concurrence Joaquin) Almunia sont furieux et traînent pour donner leur accord”, indiquait récemment une personne au fait des discussions.

Pour Dirk Peeters, un analyste de KBC Securities basé à Bruxelles, l‘ampleur des pertes de Dexia ne constitue pas une surprise et l‘enjeu majeur aujourd‘hui réside dans l‘attitude de Bruxelles vis-à-vis du plan de sauvetage.

DES QUESTIONS EN SUSPENS

“Il y a encore beaucoup de questions en suspens comme les garanties ou la position de la Commission européenne”, a-t-il commenté.

La réaction des marchés sur les pertes n‘a d‘ailleurs pas été particulièrement violente et, à 09h35, l‘action Dexia limitait son recul à 1,63% à 0,30 euro.

Dexia doit poursuivre en 2012 les cessions d‘actifs et doit notamment vendre sa banque de détail turque Denizbank et sa filiale de gestion d‘actifs.

Dexia devrait rester à terme une holding financière cotée à la Bourse de Bruxelles et gérer en extinction un portefeuille obligataire.

En France, la débâcle de la banque a radicalement changé la structure du secteur du financement des collectivités locales.

Les autorités françaises ont annoncé début février une série de mesures destinées à clore le volet français du démantèlement de Dexia après la disparition de l‘ancien numéro un mondial du secteur.

La Caisse des Dépôts (CDC) et La Poste créeront notamment une nouvelle banque destinée aux collectivités locales qui devrait être capable d‘octroyer dès le mois de juin de nouveaux crédit.

La perte annuelle accusée par Dexia l‘an dernier constitue la quatrième plus forte enregistrée depuis plus de 20 ans parmi les valeurs qui composent actuellement l‘indice SBF 120 , le record étant détenu par Vivendi avec une perte de 23,3 milliards d‘euros en 2002, selon des données calculées par Thomson Reuters.

Voir aussi :

* Le communiqué de Dexia :

link.reuters.com/jyj76s

* Collectivités locales-La France tourne la page Dexia (Avec Philip Blenkinsop à Bruxelles, édité par Dominique Rodriguez)

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