February 8, 2011 / 5:39 PM / 8 years ago

PORTRAIT Anne Lauvergeon veut sauver sa place à la tête d'Areva

* Lauvergeon risque de ne pas être reconduite à la tête d’Areva

* Des soutiens mais aussi beaucoup d’ennemis

* Elle a toujours défendu l’autonomie d’Areva

par Marie Maitre

PARIS, 9 février (Reuters) - Anne Lauvergeon a survécu pendant près de 20 ans au coeur du pouvoir politique et industriel français mais elle doit aujourd’hui relever son plus grand défi : garder la tête d’Areva, le spécialiste public du nucléaire dont elle a orchestré la création.

A 51 ans, la seule femme française à diriger un groupe de cette envergure se retrouve face à une foule de prétendants supposés pour son poste. (voir [ID:nLDE7160N6])

Alors que la presse la dit régulièrement sur le point d’être limogée, son destin est aujourd’hui entre les mains du président de la République, qui doit la reconduire ou la remplacer alors que son mandat, le deuxième, arrive à échéance fin juin.

Surnommée “Atomic Anne” par la presse anglo-saxonne et “Madame Non !” par ses détracteurs, Anne Lauvergeon s’est battue pour préserver l’indépendance d’Areva depuis sa création, en 2001, s’opposant à tout projet d’absorption de son groupe par Alstom (ALSO.PA) ou EDF.

“Chacun sait que, tant qu’elle sera à la tête d’Areva, ce genre d’idées baroques ne fleuriront jamais car elle mobilise son énergie contre elles”, selon l’un de ses collaborateurs, pour qui marier Areva et EDF reviendrait à fusionner Airbus et Air France.

Anne Lauvergeon a en outre multiplié les sujets de désaccord avec Henri Proglio, réputé proche de Nicolas Sarkozy, qui l’a nommé fin 2009 à la tête d’EDF, le premier client d’Areva. Ces querelles publiques l’ont affaiblie, jugent certains.

“Elle est caramélisée”, déclarait une source récemment citée par le magazine Le Point, illustrant le vocabulaire d’une rare violence entourant l’ancienne “sherpa” de François Mitterrand pour l’organisation des sommets internationaux.

“La diplomatie n’a jamais été son point fort”, estime un journaliste qui l’a côtoyée lorsqu’elle était au service du président de la République, de 1991 à 1995.

“TRÈS AMBITIEUSE”

“Elle était très jeune, grande gueule, très ambitieuse, et elle n’avait pas peur de mettre les pieds dans le plat, ce qui rendait fous certains de ses collègues plus âgés.”

De son poste auprès de François Mitterrand à la présidence du directoire d’Areva - qu’elle a nommé ainsi en référence à une abbaye cistercienne espagnole -, en passant par les couloirs de la banque d’affaires new-yorkaise Lazard, “Atomic Anne” s’est fait presque autant d’amis influents que d’ennemis viscéraux.

Pur produit de l’élite française passée par l’école des Mines et Normale supérieure, elle a sû cependant rester spontanée et n’a jamais adopté les codes du monde de l’énergie.

Sa confiance en elle et sa féminité dans un univers très masculin - où ses mini-jupes en cuir, talonts hauts et manteaux de fourrure détonnent - ont fait d’elle une star des médias.

Un ministre qui la sommait de sanctionner certains cadres de son groupe s’est un jour vu répondre, en substance : “Vous ne pouvez pas me virer, je suis une icône dans ce pays.”

C’est au cours de ces années auprès de François Mitterrand qu’elle a rencontré Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget d’Edouard Balladur.

“Ils ont sympathisé, ils sont de la même génération, ils ont la même énergie, ce sont des gens volontaires (...). Sarkozy lui a toujours expliqué qu’elle était faite pour la politique”, selon une source proche de longue date d’Anne Lauvergeon.

AMBASSADRICE

Une fois élu président, Nicolas Sarkozy a proposé le ministère de l’Economie à la présidente d’Areva mais elle a décliné l’offre. “De fait, leur relation a connu un virage à ce moment-là”, selon la même source.

Depuis, la liste des motifs de mécontentement n’a cessé de s’allonger pour Nicolas Sarkozy.

Areva a enregistré d’importants surcoûts sur le chantier du réacteur EPR finlandais, l’allemand Siemens (SIEGn.DE) a annoncé de façon inattendue qu’il sortait de leur filiale commune de réacteurs, la France a perdu un projet nucléaire de 40 milliards de dollars à Abou Dhabi et Anne Lauvergeon a eu toutes les peines du monde à obtenir une augmentation de capital.

Son aptitude à gérer Areva a également semblé remise en cause lorsque le chef de l’Etat a demandé, en 2010, un audit sur les comptes de la société. Pour le chantier de l’EPR finlandais, Areva a enregistré 2,6 milliards d’euros de provisions.

“Elle n’est pas le genre de chef d’entreprise qui s’occupe des aspects opérationnels, mais beaucoup de PDG ne le sont pas”, dit un banquier. “Elle est très forte pour parler aux acheteurs et pour l’image de la société, ou en tout cas elle l’était.”

Anne Lauvergeon apparaît comme une infatigable ambassadrice d’Areva qui parcourt le monde pour promouvoir l’expertise de son groupe, oubliant souvent son manteau et son téléphone portable dans un train ou un avion, et parfois même enfilant une paire de chaussures dépareillées dans la précipitation.

Mais lorsqu’elle est à Paris, souligne l’un des ses proches, elle cale ses journées sur celles de ses deux jeunes enfants.

Des observateurs estiment que, si elle devait quitter Areva, elle pourrait revenir chez Lazard, prendre la tête de la RATP ou devenir ministre de l’Industrie, mais un proche rejette ces hypothèses : “Elle ne pose même pas la question.”

Avec la contribution de Benjamin Mallet pour le service français, édité par Jean-Michel Bélot

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