September 16, 2009 / 9:55 AM / 10 years ago

PORTRAIT Yukio Hatoyama, l'homme qui a mis fin au règne du PLD

par Isabel Reynolds

TOKYO, 16 septembre (Reuters) - Yukio Hatoyama, investi comme Premier ministre mercredi par la chambre basse du parlement japonais, est l’homme qui a mis fin à plus de cinquante ans de règne du Parti libéral démocrate (PLD).

Il professe l’amour et la fraternité, des concepts qui ont interpellé les électeurs japonais et suscité des interrogations.

Le Premier ministre, qui est âgé de 62 ans, sait qu’il doit grandement sa victoire à un vote de rejet du gouvernement sortant. Mais en plaçant au coeur de sa philosophie politique le concept de “Yuai”, ou “Fraternité”, il détonne.

Dans une tribune publiée dans le New York Times avant le scrutin, Hatoyama s’en était pris au “fondamentalisme du marché sans limite”.

La fraternité constitue une réponse, ajoutait-il dans ce texte avant d’en préciser quelque peu la définition: “Un principe qui vise à ajuster les excès du capitalisme mondialisé actuel et à adapter les pratiques économiques locales qui ont été nourries par nos traditions.”

Il invoque également l’amour en expliquant que le long règne du Parti libéral démocrate a développé une caste de bureaucrates qui définissent l’action politique tout en se disputant les places et les postes. “Il en résulte des politiques qui sont déconnectées du peuple et qui manquent d’amour”, déplorait-il lors de la campagne des primaires du Parti démocrate.

“J’aimerais faire émerger une société japonaise où l’on se soucie les uns des autres et où chacun puisse trouver sa place pour vivre et pour travailler”, avait-il dit lors de sa première conférence de presse après le scrutin.

“FAIRE LA SIESTE”

Ce vétéran de la vie politique a d’abord appartenu au PLD. Il en est parti en 1993 et a participé à l’éphémère coalition qui avait renversé cette année-là le parti dominant. L’aventure n’avait duré que dix mois. Cinq ans plus tard, Hatoyama était parmi les fondateurs du Parti démocrate aujourd’hui majoritaire.

La popularité n’a jamais été l’atout majeur de “l’extra-terrestre”, le surnom que lui ont valu naguère ses yeux exorbités.

“Sa meilleure qualité, c’est qu’il n’est pas Aso”, note Jeff Kingston, professeur d’études asiatiques à l’université Temple de Tokyo. “C’est un peu une énigme. Il est célèbre, mais il ne dégage pas une forte impression.”

On a reproché au Premier ministre sortant, Taro Aso, petit-fils d’un ancien Premier ministre, d’être éloigné des préoccupations des Japonais moyens du fait de son extraction sociale.

Avec Hatoyama, diplômé de l’université de Stanford, marié à une ancienne actrice et père d’un enfant, on côtoie une famille d’industriels et de politiciens encore plus aisés: son grand-père maternel fut le fondateur du manufacturier de pneumatiques Bridgestone, son grand-père paternel fut Premier ministre et son père ministre des Affaires étrangères.

Son projet politique prône une réduction des dépenses inutiles en limitant le pouvoir accordé aux fonctionnaires d’engager des frais, une refonte du système de retraite et un soutien aux familles et aux agriculteurs.

Sur le plan diplomatique, il reproche au PLD de s’aligner trop facilement sur la politique extérieure des Etats-Unis.

Ses rivaux mettent parfois en avant son manque présumé de personnalité. Le nouveau Premier ministre est en tout cas déroutant. Sur son site officiel de campagne, il se livrait à un petit jeu de questions-réponses. A la question “Qu’aimeriez-vous le plus faire maintenant ?”, il répondait: “Faire la sieste.” (version française Henri-Pierre André)

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