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Sociétés

Permis CO2 - Le torchon brûle entre l'UE et les cies aériennes

* L’Iata dénonce un dispositif européen “illégal”

* L’UE ne compte pas céder aux menaces

* La Banque Mondiale propose un prélèvement mondial

SINGAPOUR/BRUXELLES/BONN, 5 juin (Reuters) - Les compagnies aériennes ont protesté dimanche contre le projet de l’Union européenne de les intégrer dans son programme de permis d’émission de CO2, l’UE de son côté affichant sa fermeté face à toute menace de représailles.

L’Association internationale du transport aérien (Iata), qui tient sa réunion annuelle du 5 au 7 juin à Singapour, craint une guerre commerciale si la commissaire européenne au Climat Connie Hedegaard ne revient pas sur son projet d’obliger les compagnies aériennes à acheter des permis d’émission au-delà d’un certain seuil.

“Elle ferait bien d’être à l’écoute du nombre croissant de pays qui donnent de la voix pour s’opposer fermement à un dispositif extraterritorial illégal”, a déclaré à Reuters le directeur général de l’Iata Giovanni Bisignani.

“Une guerre commerciale, pas question! Des délégués chinois étaient à Bruxelles récemment et beaucoup d’autres pays ont fait part de leurs inquiétudes”, a-t-il ajouté. “Il faut absolument éviter cela parce que le risque de représailles pour l’Europe, qui est en mode de survie, serait fatal”.

Les compagnies aériennes disent que le dispositif, qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2012, accroîtra leurs coûts en un moment où l’on redoute que la croissance mondiale ne faiblisse, avec toutes les conséquences que cela entraînerait pour le transport aérien.

L’UE OUVRE LA PORTE A LA CHINE

Les Chinois et les Américains figurent parmi les plus virulents et l’autorité chinoise de l’aviation civile chiffre à 800 millions de yuans (84 millions d’euros) le coût du dispositif européen pour les compagnies aériennes chinoises la première année et à plus du triple de ce montant d’ici 2020.

Des sources sectorielles et diplomatiques ont dit que Pékin menaçait de réagir contre les compagnies aériennes européennes et contre l'avionneur Airbus EAD.PA si l'UE exécutait son projet.

L’Air Transport Association américaine a saisi les tribunaux européens et un responsable américain du transport aérien a dit qu’un procès intenté par plusieurs compagnies aériennes américaines serait instruit le 5 juillet à Luxembourg.

Connie Hedegaard a fait savoir de son côté que l’UE ne cèderait pas aux menaces de représailles. “Lorsque certaines parties commencent à menacer telle ou telle société européenne, l’Europe doit faire preuve d’une grande fermeté à mon avis”, a-t-elle déclaré à Reuters.

“Il n’est plus temps de s’emporter sur un texte de loi déjà adopté”, a-t-elle ajouté. “Il a été adopté par l’ensemble des 27 pays membres de l’Union européenne, par le Parlement européen et par la Commission européenne”.

Elle a toutefois signalé qu’il pourrait y avoir une solution si la Chine et d’autres pays prenaient des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des avions. La Commission européenne a écrit une lettre aux autorités chinoises compétentes en ce sens.

Le dispositif européen prévoit pour l’aviation l’octroi de 213 millions de permis de polluer en 2012 puis 209 millions de 2013 à 2020. La plus grande partie d’entre eux - 82% - sera octroyée gratuitement, impliquant que le solde devra être acquis sur le marché.

A sept mois de l'entrée en vigueur du système, l'opposition ne fait que croître. "L'opposition est large", observe Andrew Herdman, directeur général de l'Association of Asia Pacific Airlines, qui regroupe des compagnies telles que Cathay 0293.HK, Japan Airlines et Singapore Airlines SIAL.SI. "L'UE a été ambitieuse mais elle a sous-estimé le coût politique".

La Chine estime ainsi que l'Europe devrait adapter son système de permis d'émission aux différences entre pays riches et pays pauvres. Vijay Mallya, président de la compagnie indienne Kinfisher Airlines KING.BO, n'en veut tout simplement pas. "Il est injuste pour les pays en développement; il n'y a pas égalité de traitement", a-t-il dit à Reuters.

PAS D’ACCORD GENERAL

Par ailleurs, Andrew Steer, délégué spécial aux changements climatiques de la Banque mondiale, a déclaré dimanche que l’organisme proposerait en octobre aux ministres des Finances du G20 un prélèvement mondial sur le kérosène et le mazout.

Le Protocole de Kyoto plafonne en principe les émissions de gaz à effet de serre d’une quarantaine de pays industrialisés mais il expire en 2012 et il est peu probable qu’un nouvel accord international contraignant prenne le relais à l’occasion d’une conférence des Nations Unies à Durban cette année.

La proposition de la Banque mondiale est l’une des initiatives visant à assurer le suivi d’une politique du climat.

La Banque évalue à 100 milliards de dollars annuellement le coût des mesures censées aider les pays en développement à faire face à la sècheresse, aux inondations et à la montée des océans. Diverses sources évaluent à 200 milliards de dollars au moins chaque année, le coût de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

“Durban pourrait réaliser d’importants progrès dans nombre de domaines mais il ne faut pas vraiment s’attendre à un accord général à l’heure actuelle”, a-t-il dit, en marge de nouvelles discussions sur le climat qui se tiennent à Bonn du 6 au 17 juin.

“Dans l’intervalle, réalisons ce qui est engagé”, a-t-il ajouté, faisant référence notamment à l’objectif convenu voici deux ans de lever annuellement dans le monde 100 milliards de dollars d’aide climatique d’ici 2020.

Avec Tim Hepher, Harry Suhartono, Alison Leung et Gerard Wynn, Wilfrid Exbrayat pour le service français

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