August 12, 2010 / 12:57 PM / 8 years ago

FEATURE Ligue 2 - Evian-Thonon-Gaillard prend de l'altitude

par André Assier

EVIAN, Haute-Savoie, 12 août (Reuters) - Club émergent du football français avec un mécène (Danone) et des actionnaires (Zinedine Zidane et Bixente Lizarazu) prestigieux, Evian-Thonon-Gaillard, tout en gardant la tête froide, ne se fixe pas de limite sportive.

Tout juste promu de National et déjà leader de la Ligue 2 après son succès face à Metz, le club haut-savoyard, dont l’aventure n’est pas sans rappeler celles d’Arles-Avignon, débute vendredi la saison “à domicile”, face à Vannes à Annecy.

Près de 30 ans après le parcours du CS Thonon, qui faillit monter en Ligue 1 en 1982, et 17 ans après la descente du FC Annecy, honorable pensionnaire de l’antichambre du foot français, Evian-Thonon-Gaillard se veut le nouveau porte-drapeau du ballon rond en Haute-Savoie, dans une région Rhône-Alpes dominée à 200 km de là par l’Olympique Lyonnais.

Un étendard surveillé de près par toute la Ligue 2 : “C’est vrai que nous ne sommes pas des inconnus”, s’excuse presque Aldo Angula, le capitaine. “Tout le monde connaît nos prestigieux actionnaires. Ce club est un peu dans la lumière avec ces personnes mais c’est sur le terrain que tout cela se joue. Et c’est à nous de prouver et d’être à la hauteur.”

La victoire à Metz (2-0) les désigne encore un peu plus comme des trouble-fête annoncés.

“Ce n’est qu’un match”, tempère Bernard Casoni, l’entraîneur. “L’ambition reste la même, un maintien serein. Nous arrivons de National et nous sommes donc tout en bas de la Ligue 2. A nous de monter peu à peu. Il n’y a pas d’euphorie. Et il n’y a pas de quoi en avoir car nous n’avons rien gagné.”

Mais avant toute chose, Patrick Trotignon, le président du club, veut mettre les choses au point : “ Nous sommes victimes du syndrome Danone”, peste l’ancien bras droit de Michel Denisot à Châteauroux puis président du Servette de Genève.

“Nous n’avons pas de moyens illimités. Nous n’avons pas un chéquier ou un coffre ouvert qui nous permettraient de faire n’importe quoi. Nous sommes des gestionnaires. Il faut respecter la valeur de l’argent et je suis là pour cela. “

La preuve : si le budget du club en National émargeait dans le trio de tête (4,2 millions d’euros), il se situe dans la moyenne des clubs de Ligue 2 pour cette année, soit 10 millions d’euros, quand Nantes ou Le Mans annoncent près du double.

A défaut d’agiter son carnet de chèques, Evian joue avec l’aura de son partenaire majeur qui rassure un monde du football en crise. Ainsi, dès l’an passé en National, des joueurs rompus aux joutes de la Ligue 2, voire de la Ligue 1 débarquent, attirés par le sérieux du projet.

CASONI AUX MANETTES

Et quand il faut trouver un nouveau souffle en pleine saison, en janvier 2010, au moment où le groupe entraîné alors par l’enfant du pays, Stéphane Paille, pourtant déjà en tête du National, marche au ralenti, Franck Riboud tape haut et vise l’expérience de Bernard Casoni, près de 300 matches de Ligue 1 et champion d’Europe en 1993 avec l’OM.

Pas de folies sans lendemain donc mais un axe de recrutement pensé dès l’an passé pour l’avenir.

“Pour cette année en Ligue 2, nous avons fait confiance à ceux qui étaient venus l’an passé”, explique Patrick Trotignon. “Et nous avons donné aussi leur premier contrat professionnel à des jeunes venus de Lyon ou du PSG.”

Car l’ambitieux Franck Riboud, patron du géant de l’agroalimentaire Danone, qui emploie près de 2.000 personnes dans la région, lieu de source des eaux d’Evian, entend garder les pieds sur terre.

Passionné de sport et de football, le fils d’Antoine Riboud, fondateur du groupe originaire de la région, s’intéresse au club “Croix de Savoie” en 2005 quand une dette de 300.000 euros le menace de relégation.

Il injecte de l’argent en devenant actionnaire majoritaire, tout en imposant que les clubs en orbite autour de cette première fusion du FC Gaillard et de Ville-la-Grand, notamment l’Olympique Thonon Chablais, se regroupent pour donner naissance, en 2009, à Evian-Thonon-Gaillard.

“Danone est un groupe mondialement reconnu”, rappelle- Patrick Trotignon. “Ce sont des gens sérieux qui ont initié, et ce n’est pas innocent, un foyer football qui amène une animation sociétale pour la population et pour le département. “

Mais quand on pèse près de 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires, qu’on emploie dans le monde plus de 80.000 personnes et qu’on émarge en tête de la commercialisation des produits laitiers ou en numéro deux dans les eaux embouteillées, l’ambition est ailleurs.

Elle est aussi sportive pour un club qui avance lentement mais sûrement. Encore en CFA en 2008, il passe une année à apprendre en National avant de prendre l’ascenseur pour la Ligue 2 dès le 17 avril dernier.

ACTIONNAIRES DE PRESTIGE

Après un exercice en National parfaitement mené l’an passé - montée assurée à cinq journées de la fin - le club veut se stabiliser sous le regard de quelques actionnaires de prestige.

Car Franck Riboud fait aussi jouer son réseau. L’ambassadeur mondial de Danone, Zinedine Zidane, a ainsi pris une action du club, tout comme son compère Bixente Lizarazu.

En marge du Trophée de golf de juillet dernier disputé à Evian, les deux champions du monde sont venus parler dans le vestiaire.

“Leur message a porté forcément car nous les avons écoutés avec respect”, se souvient Aldo Angula. “Nous avons tiré des leçons, comme celle de ne pas nous faire une montagne de la Ligue 2, surtout si nous restons sur la ligne directrice de l’an passé.”

“Quand on sait ce que Danone représente pour l’économie française, ou ce que sont, pour le monde du sport Zizou ou Bixente, nous avons envie de réussir”, prolonge Patrick Trotignon. “C’est de la conscience professionnelle pour tous ceux qui nous soutiennent tant financièrement que moralement.”

Mais Evian-Thonon-Gaillard a son talon d’Achille, qui freine temporairement son ascension : ses structures. La vétusté du Stade Joseph Moynat (2700 places) sur les bords du Lac Léman obligera le club à évoluer à Annecy (13.000 places), à une heure de route.

“Nous restons en Haute-Savoie et nous nous sentons un peu chez nous quand même, avoue Aldo Angula.

Après avoir envisagé une délocalisation au stade de la Praille à Genève, les dirigeants, la mort dans l’âme, ont dû se résoudre à “migrer” au Parc des Sports de la préfecture du département.

Ainsi, le groupe ne s’est entraîné qu’une fois, en début de semaine, sur cette pelouse, pendant que les dirigeants ont installé une tente VIP de 600 m2 pour recevoir les partenaires et que la ville d’Annecy a dépensé près d’un million d’euros pour redonner un coup de jeune à une enceinte endormie.

En contrepartie de ces investissements - sécurisation des spectateurs, coup de peinture dans les vestiaires, passage de 400 à 1000 lux pour les éclairages - le club paiera 5.000 euros par match la location du stade. (Edité par Patrick Vignal)

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