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Sociétés

Grippe A-L'OMS et les laboratoires pharmaceutiques en accusation

STRASBOURG, 26 janvier (Reuters) - L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est accusée d’avoir exagéré les risques d’une pandémie de grippe A sous l’influence des laboratoires pharmaceutiques.

L’épidémie de grippe A (H1N1) a provoqué pour l’instant, en un peu moins d’un an, 14.000 décès dans le monde, c’est-à-dire moins que la grippe saisonnière alors que 175 millions de doses ont été administrées, selon les chiffres de l’OMS.

Wolfgang Wodarg, médecin allemand et ancien député social-démocrate, a reproché mardi à l’organisation d’avoir “semé la panique”, lors d’une audition devant l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe dont il est l’instigateur.

“On a dit que des millions de personnes allaient mourir”, a-t-il rappelé. Il a estimé que l’OMS avait commis “une erreur grave, d’un point de vue scientifique”, en affirmant que la grippe A, un virus dont la dangerosité n’était pas avérée, ferait “au moins 500.000 morts”.

“Cela a permis à l’industrie pharmaceutique d’engranger des recettes très juteuses”, a-t-il affirmé en évoquant un surcroît de dépenses de 18 milliards de dollars pour les systèmes de santé publique.

Keiji Fukuda, conseiller spécial auprès du directeur général de l’OMS sur les pandémies grippales, a défendu la stratégie de l’organisation.

Il a nié que la décision de l’agence des Nations unies de déclarer l’état de pandémie ait été influencée par les liens qu’entretiennent nombre d’experts de l’OMS, scientifiques ou chercheurs, avec les laboratoires pharmaceutiques.

Elle a été prise à l’unanimité, a-t-il affirmé.

“Une pandémie, c’est lorsqu’un nouveau virus de la grippe apparaît et se répand dans le monde entier”, a-t-il poursuivi.

“Le fait d’avoir un nombre élevé de morts ne fait pas partie de la définition de l’OMS”, a-t-il expliqué. “La pandémie de 1918 (connue sous le nom de grippe espagnole) a tué 50 millions de personnes dans le monde. Elle avait commencé par quelque chose de pas très menaçant”.

“CLIMAT DE SUSPICION”

Keiji Fukuda a rappelé que les experts auprès de l’OMS étaient tenus “avant chaque réunion” de déclarer tout conflit d’intérêt dont ils pourraient faire l’objet en raison de lien avec une entreprise ou un organisme extérieur.

Ces informations restent néanmoins confidentielles au nom du respect de la vie privée, a-t-il ajouté.

Luc Hessel, représentant de l’association des producteurs européens de vaccin (EVM), a “fermement rejeté les accusations” du Dr Wodarg.

“L’industrie du vaccin a fait ce qui lui était demandé”, a affirmé ce médecin français.

“Il est difficile de spéculer sur le retour sur investissements”, a-t-il ajouté en évoquant les quatre milliards de dollars investis par les fabricants de vaccins en recherche et développement sur les pandémies grippales au cours des dix dernières années.

Il a rappelé que les laboratoires allaient donner 160 millions de vaccins à l’OMS pour les pays en développement.

En France, où l’épidémie de grippe A est terminée, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, fait face à de vives critiques de l’opposition, qui l’accuse d’avoir exagéré la menace.

Le gouvernement français avait commandé 94 millions de doses de vaccins mais s’est résolu à en annuler 50 millions.

“Il y a un climat de suspicion parce que c’est un sujet compliqué. Peut-être aussi parce qu’il y a eu beaucoup d’annonces contradictoires”, a déclaré mardi sur France Inter le professeur Alice Dautry, directrice générale de l’institut Pasteur, à Paris.

“Ceci étant dit, il faut que les scientifiques travaillent avec les industriels. Chaque année, il faut définir quel est le virus qui dans six mois va donner la grippe saisonnière”, a-t-elle ajouté, souhaitant la transparence dans ce domaine. (Gilbert Reilhac, avec Elizabeth Pineau à Paris, édité par Sophie Louet)

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