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Sociétés

RPT-POINT HEBDO-Les marchés résistent au scénario du pire sur l'élection américaine

(Répétion sans changement d’une dépêche transmise vendredi)

* Une élection américaine contestée n’émeut pas les marchés

* Un Congrès divisé compliquerait une hausse de la fiscalité

* Il pourrait aussi retarder l’arrivée d’un plan de soutien

* Les actions prospèrent, les taux souverains chutent

* De la volatilité à prévoir à court terme

par Patrick Vignal

PARIS, 9 novembre (Reuters) - Les marchés financiers, qui redoutaient par-dessus tout un résultat serré et contesté de l’élection présidentielle américaine, ont accueilli ce scénario avec une sérénité étonnante.

Si Joe Biden paraît s’approcher de la victoire, Donald Trump lui, se montre fidèle à sa promesse de ne pas abdiquer sans combattre, affirmant que l’élection lui a été volée et multipliant les attaques contre le processus démocratique américain sans apporter la moindre preuve.

Une période incertaine s’ouvre ainsi, avec une tension palpable, sans parler des doutes sur un nécessaire plan de soutien budgétaire à l’économie américaine puisqu’il apparaît peu probable que les démocrates parviennent à prendre le contrôle du Sénat.

Tout cela n’émeut pourtant guère les investisseurs actions, qui sont restés à l’achat avant de s’autoriser quelques prises de bénéfice en toute fin de semaine, avec des réallocations d’actifs qui indiquent de quoi ils se réjouissent.

Les investisseurs se sont focalisés sur le recul du risque d’un renforcement de la réglementation en cas de large majorité démocrate, ce qui aurait pénalisé des secteurs comme la santé, la haute technologie ou la finance, explique Gilles Moëc, chef économiste d’Axa Investment Managers.

“Cela me semble relativement myope de la part des marchés, pour deux raisons” dit-il.

“La première est que sur le plan strictement électoral, on n’est pas encore dans une situation suffisamment claire pour que l’on puisse écarter une volatilité forte dans les jours ou les semaines qui viennent.

“Le deuxième élément est qu’à ce stade, il va être extrêmement difficile d’avoir quelque stimulus que ce soit avant la fin du mois de janvier 2021.”

LA FED SOUS PRESSION

La perspective d’un Congrès divisé offre en outre l’avantage, du point de vue de certains investisseurs, de compliquer la mise en oeuvre d’autres mesures défavorables aux marchés, à commencer par une hausse de la fiscalité sur les entreprises et les plus hauts revenus.

Quant aux doutes sur un soutien budgétaire supplémentaire à l’économie américaine, ils pourraient contraindre la Réserve fédérale à se montrer encore plus accommodante, fait valoir Harry Richards, gérant obligataire pour Jupiter Asset Management.

Acheter des actions ou amplifier ses achats de dette spéculative pourrait poser à la Fed des problèmes réglementaires mais il est possible que la situation ne lui laisse pas le choix, dit-il à Reuters.

“S’il y avait une forte baisse des actifs risqués, si les mesures de confinement devaient être prolongées et si les taux de défaut se mettaient à grimper, toutes les options seraient sur la table”, dit-il.

En attendant, la Fed a, sans surprise, laissé jeudi sa politique monétaire inchangée tout en réaffirmant qu’elle ferait le nécessaire pour soutenir la reprise de l’économie, menacée par les retombées de la pandémie de coronavirus et confrontée aux incertitudes liées à l’élection présidentielle.

L’urgence est réelle face à l’intensification de la pandémie, et pas seulement aux Etats-Unis.

Le ministre des Finances britannique, Rishi Sunak, a ainsi annoncé jeudi un nouveau renforcement du plan de soutien à l’économie, une initiative coordonnée avec la Banque d’Angleterre (BoE), qui a augmenté son programme d’achats de titres pour favoriser à la fois le crédit et le financement d’un déficit budgétaire record.

LES RENDEMENTS OBLIGATAIRES S’ÉCROULENT

Sur les marchés d’actions, l’optimisme a été général, avec notamment un mouvement d’euphorie au Japon, où la Bourse de Tokyo a terminé vendredi à son plus haut niveau depuis novembre 1991.

D’autres actifs ont cependant envoyé un message différent, à commencer par les emprunts d’Etat, le rendement des Treasuries à 10 ans ayant perdu mercredi jusqu’à 12 points de base.

Ce repli brutal s’explique par le fait que les investisseurs obligataires s’étaient positionnés pour une “vague bleue”, soit un large succès du camp démocrate favorisant l’adoption d’un plan de soutien budgétaire, explique Harry Richards, gérant obligataire pour Jupiter Asset Management, qui dit prévoir de la volatilité sur les marchés financiers tant que la situation aux Etats-Unis ne sera pas clarifiée.

“Les marchés d’actions sont positifs à court terme parce qu’ils pensent qu’un Congrès divisé rendra plus difficile l’adoption de mesures comme une hausse de la fiscalité mais à plus long terme, la réaction pourrait être plus mesurée parce que les marchés n’aiment pas les incertitudes”, dit-il à Reuters.

En l’absence d’une “vague bleue” démocrate comme d’une “vague rouge” républicaine, les marchés ne devraient pas être trop dépaysés une fois levées les incertitudes de court terme, avance pour sa part Olivier Raingeard, directeur des investissements pour Neuflize OBC.

“On va retrouver une configuration avec un président face à un Congrès divisé, une relance budgétaire qui arrivera mais sera de moindre ampleur que si on avait eu une vague bleue et la persistance d’une politique monétaire très accommodante”, dit-il à Reuters.

L’évolution de la situation sanitaire, enfin, continuera de retenir en priorité l’attention des marchés, une avancée décisive vers un vaccin contre le COVID-19 étant le catalyseur qu’attendent vraiment les investisseurs pour se ruer sur les actifs risqués, ajoute-t-il.

Aux Etats-Unis, plus de 120.000 nouveaux cas de contamination au coronavirus ont été enregistrés jeudi, soit un record quotidien et une deuxième journée consécutive avec plus de 100.000 infections supplémentaires.

édité par Blandine Hénault

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