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Économie

Oudéa à la recherche d'une croissance moins risquée pour Société Générale

PARIS (Reuters) - Quand il a pris les commandes de Société Générale en 2008, Frédéric Oudéa avait promis aux investisseurs une “croissance à moindre risque” pour tourner la page de l’affaire Jérôme Kerviel, qui venait de faire perdre des milliards d’euros à la banque.

Quand il a pris les commandes de Société Générale en 2008, Frédéric Oudéa avait promis aux investisseurs une "croissance à moindre risque" pour tourner la page de l'affaire Jérôme Kerviel, qui venait de faire perdre des milliards d'euros à la banque. /Photo prise le 14 janvier 2020/REUTERS/Benoit Tessier

Plus de dix ans plus tard, l’action SocGen n’a jamais été aussi basse après avoir perdu 78% de sa valeur depuis que Frédéric Oudéa a été nommé directeur général. Ce plongeon est notamment la conséquence de pertes sur des produits d’investissement complexes, qui ont conduit le groupe à finir deux trimestres consécutifs dans le rouge.

“La valorisation actuelle de SocGen n’a aucun sens”, affirme à Reuters Frédéric Oudéa, dont le mandat prend fin en 2023.

La capitalisation boursière de Société Générale est d’environ 10 milliards d’euros, soit environ le quart de celle de son concurrent BNP Paribas et la moitié de celle de Crédit Agricole.

Pour redresser la rentabilité de la troisième banque française, Frédéric Oudéa a remanié en profondeur la direction et entend se consacrer à nouveau à la recherche d’une croissance à moindre risque.

Il estime que la refonte des équipes de marchés, associée à la levée attendue de l’interdiction par la Banque centrale européenne de verser des dividendes, et la réorganisation du réseau de banque de détail permettront de relancer la machine.

“La situation devrait être très différente dans trois ou quatre trimestres”, prédit ce Parisien de 57 ans, dont la longévité à son poste dépasse celle de tous ses homologues actuels à la tête des grandes banques européennes.

“Nous avons récemment confirmé notre objectif d’une amélioration des performances au second semestre, en particulier sur nos activités des marchés actions, et avons lancé un projet prometteur afin de créer une nouvelle banque de détail qui sera leader en France”, rappelle-t-il, interrogé dans les bureaux du groupe à La Défense (Hauts-de-Seine).

RÉDUIRE LA DÉPENDANCE AUX PRODUITS COMPLEXES

En 2010, Frédéric Oudéa avait déclaré que réduire le risque signifiait “réduire considérablement le risque de marché” et renforcer le département chargé du contrôle. Il est parvenu depuis à faire baisser la Value at Risk (VaR) de SocGen, une mesure de l’exposition au risque de marché ou le montant maximum de pertes quotidiennes qui pourraient survenir avec une probabilité de 99%.

Alors que la VaR de SocGen est tombée en moyenne à 23 millions d’euros en 2019, contre 25 millions en 2013 et 35 millions en 2010, le chaos boursier de cette année avec la crise du coronavirus pourrait remettre en cause ces efforts.

“Les deux derniers trimestres sont un exemple frappant que le modèle économique n’est probablement pas aussi équilibré ou stable que la banque le souhaite”, a déclaré Olivier Panis, analyste à l’agence de notation Moody’s, faisant référence aux pertes accusées par le groupe au premier et au deuxième trimestres.

Frédéric Oudéa s’est attaché pendant une grande partie de son mandat à faire en sorte que les bénéfices des activités de banque d’investissement et du groupe lui-même dépendent moins de la vente de produits structurés complexes liés aux actions.

Le durcissement des exigences en matière de fonds propres a entravé la croissance d’autres activités, comme l’obligataire, les dérivés sur actions restant la seule niche où la banque détient une part de marché importante.

“Société Générale a eu un problème avec les produits structurés au deuxième trimestre mais cela n’a pas été compensé par le reste de la banque d’investissement. Cela constitue un important contraste avec les résultats des autres banques françaises”, souligne Guillaume Brisset, gérant associé dans le fonds Clartan Associés, détenteur d’actions SocGen.

Le trading actions a représenté 29% des revenus de la banque d’investissements de Société Générale en 2019 et 10% de ceux du groupe, à comparer à 17% et 5% respectivement chez BNP Paribas.

Ces revenus du trading actions ont chuté de 80% au deuxième trimestre après s’être pratiquement évaporés au premier, alors que ceux de JP Morgan et Goldman Sachs, les deux seules banques avec de telles activités plus importantes, ont augmenté.

Les analystes d’UBS s’attendent cependant à un rebond de 20% au troisième trimestre, ce qui constituerait une performance supérieure à celle de ses concurrents, y compris BNP Paribas, JPMorgan et Goldman Sachs.

“La volatilité est restée élevée mais sans pics majeurs, ce qui constitue en général un environnement favorable au trading de produits dérivés”, écrit dans une note UBS, ajoutant que ses choix portent en priorité sur Barclays et BNP, SocGen étant la banque de financement et d’investissement européenne “la moins préférée”.

RISQUES MOINS ÉLEVÉS, FAIBLES RENDEMENTS ?

La possibilité de progresser dans d’autres domaines étant réduite, Frédéric Oudéa n’envisage pas de réduire la voilure sur les dérivés actions. Il veut continuer à vendre le même montant de produits mais se concentrer sur les profils moins risqués.

Cela signifie moins de produits aux noms exotiques qui ont fait perdre des millions à Société Générale lorsque les entreprises ont annulé leurs dividendes et que les Bourses se sont effondrées en mars avec la crise du coronavirus.

La banque va plutôt proposer des produits alternatifs pour lesquels le risque est plus simple à gérer mais qui affichent des rendements plus faibles pour les investisseurs.

“Nous avons donc déjà conçu de nouveaux produits où (...) nous n’avons pas ce risque sur le dividende”, a déclaré Frédéric Oudéa lors d’une conférence organisée par le secteur le mois dernier.

La réduction des risques ne lèvera qu’une partie des obstacles auxquels Frédéric Oudéa est confronté pour ses prochaines années à la tête de la banque qu’il a rejointe il y a 25 ans.

Les observateurs mettent à son crédit le renforcement des fonds propres de la banque, son talon d’Achille après la crise de 2008, et la cession d’actifs jugés non stratégiques.

Le mois dernier, deux sources ont rapporté à Reuters que la banque se préparait à lancer la vente de sa filiale de gestion d’actifs Lyxor, une opération qui lui permettrait de renforcer son bilan.

De nouvelles cessions et la réorganisation du réseau en France permettront à SocGen de réduire ses coûts mais cela aura moins d’impact sur la croissance et le montant des bénéfices.

Frédéric Oudéa a déclaré qu’il ne prendrait part à de grandes opérations de fusions-acquisitions qu’en tant qu’acquéreur dans le cadre de la consolidation prévue du secteur bancaire en Europe. Certains investisseurs estiment toutefois que ses options semblent bien limitées.

“Société générale est en quelque sorte coincée parce qu’elle est trop petite et n’a donc pas de marge de manoeuvre. Beaucoup de ses activités ne sont pas d’une taille optimale”, juge Guillaume Brisset de Clartan Associés.

Version française Claude Chendjou, édité par Bertrand Boucey

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