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Sociétés

GRAPHES-Entre euro fort et inflation faible, cinq questions pour la BCE

LONDRES, 7 septembre (Reuters) - Les dirigeants de la Banque centrale européenne (BCE) ne manqueront pas de sujets de discussion lors de leur réunion jeudi, entre la hausse récente de l’euro, le retour d’une inflation négative pour la première fois depuis 2016 et l’incertitude sur l’évolution de l’épidémie.

Ils ne devraient toutefois pas annoncer de modification de la politique monétaire après les mesures spectaculaires mises en oeuvre depuis mars, même si la pression monte en faveur de nouvelles initiatives.

Les enjeux peuvent se résumer en cinq grandes questions:

1. A quel point la BCE peut-elle se montrer accommodante ?

L’inflation négative dans la zone euro en août suggère un biais accommodant. Les prix dans la zone euro ont baissé de 0,2% le mois dernier en rythme annuel, après +0,4% en juillet et l’inflation sous-jacente, très surveillée par la BCE, a fortement ralenti. Et la récession historique en cours pourrait continuer de peser sur l’évolution des prix à la consommation.

Les déclarations la semaine dernière d’Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, suggèrent qu’une augmentation du soutien n’est pas pour autant jugée urgente. Mais la faiblesse de l’inflation et l’appréciation de l’euro plaident pour une augmentation ultérieure des achats d’actifs, peut-être en décembre.

2. Comment réagir à la hausse de l’euro ?

Tout commentaire de la présidente de la BCE, Christine Lagarde, sur la hausse rapide de l’euro ces dernières semaines sera étudié avec attention sur les marchés. La monnaie unique a dépassé 1,20 dollar le 1er septembre pour la première fois depuis 2018 et sa hausse depuis la réunion de politique monétaire de juillet avoisine 4%.

L’indice calculé par la BCE qui mesure son évolution en données pondérées des échanges évolue même au plus haut depuis près de six ans, ce qui nourrit la baisse des prix.

L’économiste en chef de l’institution, Philip Lane, a déclaré la semaine dernière que “le taux euro-dollar compte”, laissant ainsi entendre que la vigueur de la monnaie unique commence à préoccuper les responsables de la politique monétaire.

“L’évolution de l’euro est incroyable et la BCE doit réagir” estime Jim Caron, gérant obligataire de Morgan Stanley Investment Management.

“Vont-ils dire quelque chose du genre ‘nous allons intervenir’ ? Nous n’y croyons pas mais s’ils ne disent rien, l’euro va monter.”

3. La BCE va-t-elle utiliser la totalité de ses capacités d’achats d’urgence ?

L’évolution de l’inflation et celle de l’euro pourraient trancher le débat en cours entre responsables de la BCE sur la nécessité d’utiliser la totalité de la capacité d’achats de titres du “programme d’achats d’urgence pandémique”, le PEPP, lancé en mars et augmenté en juin, soit 1.350 milliards d’euros.

Le compte rendu de la réunion de juillet a montré que certains membres du Conseil des gouverneurs n’étaient pas disposés à relever de nouveau ce plafond.

Les propos de Philip Lane suggèrent que le PEPP, conçu pour amortir le choc de la crise du coronavirus, pourrait aussi être utilisé pour faire remonter l’inflation.

Christine Lagarde et Isabel Schnabel ont quant à elles déclaré que le PEPP serait déployé dans sa totalité.

Certains économistes s’attendent à ce que l’enveloppe dédiée à ce programme soit augmentée de 500 milliards d’euros supplémentaires d’ici la fin de l’année.

4. Comment la BCE voit-elle l’avenir économique ?

Les nouvelles prévisions des équipes de la BCE seront présentées jeudi et les marchés attendent notamment de savoir si les prévisions d’inflation ont été revues en baisse. En juin, la banque centrale tablait sur une inflation à 0,1% sur un an au troisième trimestre et nulle au quatrième.

5. Le virage stratégique de la Fed influencera-t-il la BCE ?

La Réserve fédérale américaine a annoncé le mois dernier une importante évolution de sa stratégie en expliquant qu’elle viserait désormais une inflation de 2% par an en moyenne, ce qui permettra de laisser filer les prix au-dessus de ce seuil pour compenser des périodes de faible inflation.

Cela pourrait avoir des conséquence pour la BCE, qui a lancé une revue de sa propre stratégie, interrompue pour l’instant pour cause de crise sanitaire. Christine Lagarde a laissé entendre par le passé que la BCE pourrait prendre en compte les choix de la Fed.

Pour Piet Haines Christiansen, responsable de la stratégie de Danske Bank, la BCE pourrait adopter un objectif d’inflation symétrique afin de s’assurer une certaine flexibilité.

Avec Saikat Chatterjee, version française Marc Angrand

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