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International

Lamine Diack se justifie d'avoir retardé la sanction d'athlètes russes dopés

PARIS (Reuters) - L’ancien patron de l’athlétisme mondial, Lamine Diack, a reconnu jeudi devant la justice avoir ralenti le traitement de cas de dopages d’athlètes russes en 2011-2013 pour ne pas compromettre la signature d’un contrat de sponsoring avec une banque russe, indispensable selon lui à la survie financière de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF).

L'ancien patron de l'athlétisme mondial, Lamine Diack (photo), a reconnu jeudi devant la justice avoir ralenti le traitement de cas de dopages d'athlètes russes en 2011-2013 pour ne pas compromettre la signature d'un contrat de sponsoring avec une banque russe, indispensable selon lui à la survie financière de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF). /Photo d'archives/REUTERS/Benoit Tessier

Au troisième jour de son procès pour corruption, l’ancien athlète franco-sénégalais, âgé de 87 ans, s’est montré très évasif sur les millions d’euros que le parquet national financier l’accuse d’avoir perçu en contrepartie de ce qui a été présenté par la présidente du tribunal comme un système de “protection totale” d’athlètes dopés.

Lamine Diack est soupçonné d’avoir bénéficié de remises d’espèces de la part d’athlètes et de dirigeants sportifs russes pour un montant évalué à 3,45 millions d’euros, une accusation qu’il conteste.

Il est aussi accusé d’avoir reçu jusqu’à 1,5 million d’euros des autorités russes pour financer des campagnes électorales au Sénégal, dont la présidentielle de 2012 remportée par Macky Sall, le candidat qu’il soutenait.

Le fils de Lamine Diack, Papa Massata, ancien consultant en marketing de l’IAAF, est apparu comme une pièce centrale des mouvements d’argent suspects depuis le début du procès, dont il est un des grands absents. Egalement poursuivi pour corruption, il est réfugié au Sénégal, qui a refusé de l’extrader en dépit d’un mandat d’arrêt international.

En son absence, c’est son père qui a justifié le ralentissement des procédures visant des athlètes russes dont le passeport biologique présentait des anomalies démontrant un dopage sanguin, ce qui a permis à certains d’entre eux de participer aux Jeux olympiques de Londres, en 2012, et aux championnats du monde d’athlétisme à Moscou, en 2013, avant d’être ultérieurement déclassés et privés de leurs médailles.

“EVITER UN SCANDALE”

Vêtu d’un boubou blanc immaculé, Lamine Diack a expliqué à la cour qu’il n’avait pas cherché à protéger ces athlètes, mais voulu éviter que tous les cas éclatent en même temps, ce qui aurait provoqué un “scandale” retentissant et compromis le renouvellement d’un contrat de sponsoring de 30 millions de dollars sur cinq ans avec la banque publique russe VTB.

VTB a finalement signé en février 2013 un nouveau contrat de 32 millions de dollars sur cinq ans, sur lequel Papa Massata Diack est soupçonné d’avoir empoché par la suite 10 millions de dollars à la faveur d’une chaîne de cessions de droits au coeur de laquelle on trouve sa société, Pamodzi Sports Consulting, et l’agence publicitaire japonaise Dentsu.

Les Mondiaux d’athlétisme avaient lieu quelques mois plus tard dans la capitale russe, sous les yeux de Vladimir Poutine, tout juste redevenu président et dont le patron de la Fédération russe d’athlétisme, Valentin Balakhnitchev, autre prévenu absent et pièce centrale du dossier, était un proche.

“Moscou devait être une réussite. Il fallait que ça marche”, a résumé Lamine Diack, assurant n’avoir appris que courant 2014 que plusieurs centaines de milliers d’euros avaient été extorqués à cette occasion aux athlètes russes soupçonnés de dopage en échange, pensaient-ils, de leur protection.

Edité par Jean-Michel Bélot

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