for-phone-onlyfor-tablet-portrait-upfor-tablet-landscape-upfor-desktop-upfor-wide-desktop-up
Sociétés

3 QUESTIONS À-La BCE aura à coeur de ne pas décevoir-OFI AM

PARIS, 27 mai (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) devrait répondre aux attentes des marchés en annonçant le jeudi 4 juin qu’elle augmente significativement le montant des actifs qu’elle rachète dans la cadre de son Programme d’achats d’urgence pandémique (PEPP), dit à Reuters Eric Bertrand, directeur général adjoint et directeur adjoint des gestions chez OFI Asset Management.

1/ La BCE va-t-elle annoncer dès la semaine prochaine qu’elle augmente le montant de ses rachats d’actifs ?

Eric Bertrand - “Si elle ne le fait pas, cela créera de la déception. Pour ne pas laisser flotter le doute dans l’esprit des intervenants, il faut toujours surprendre un peu à la hausse sur les annonces, que ce soit sur le timing ou dans les taux.

“Christine Lagarde a un peu manqué sa communication dans un premier temps avant de se rattraper avec l’annonce d’un plan de rachat d’actifs de 750 milliards d’euros. Je pense qu’elle aura à coeur de ne pas décevoir, en sachant que rajouter du montant permet de rajouter au pilotage des anticipations en signalant que la BCE apportera un soutien durable, sachant qu’elle en a déjà consommé 30%.

“Il y a un autre aspect qui est plus politique. Jusqu’à l’annonce du projet de relance franco-allemand, la BCE était un peu le seul adulte dans la pièce. Il est important qu’elle rassure, en montrant accessoirement à la cour de Karlsruhe qu’elle est indépendante.

“Je pense que Christine Lagarde ne va pas se manquer. Elle est trop fine politique pour cela. Même si 250 milliards d’euros de plus pour un montant symbolique de 1.000 milliards d’euros, pour reprendre une hypothèse qui circule sur les marchés, ne changeraient pas fondamentalement la donne, le marché se dira que la BCE est là, qu’elle assume et qu’elle tiendra la barre pendant un certain temps.”

2/ La dette des pays à la périphérie de la zone euro est-elle une source d’inquiétude pour la BCE ?

Eric Bertrand - “La BCE peut créer autant de monnaie qu’elle veut tant qu’on la laisse faire. Ce qui veut dire qu’il ne va pas se passer grand-chose à court terme sur les spreads italien, espagnol et français, en sachant que la France est clairement en train de basculer du côté des pays du Sud concernant ses métriques.

“Cela pourrait toutefois devenir compliqué à moyen terme, notamment pour l’Italie, en sachant qu’elle risque d’arriver à 155% de dette sur PIB et que la Grèce n’était pas viable à ce niveau-là, avec des banques qui ne sont pas en très bon état, des créances douteuses qui pourraient repartir à la hausse et un tissu industriel qui n’est pas en aussi bon état qu’en Allemagne.

“Il y a une inquiétude à avoir sur les métriques italiennes et sur la stabilité de la zone euro, en particulier si les forces politiques non europhiles gagnaient en influence.”

3/ Les banques centrales ont-elle encore des limites et la dette a-t-elle encore une signification ?

Eric Bertrand - “Cette crise provoque une accélération de la place des banques centrales sur les marchés, qui a commencé après la crise financière de 2008-2009. Leurs bilans ont été multipliés par deux et elles n’ont jamais vraiment arrêté d’acheter des actifs, à part pendant quelques mois.

“Cela pose le problème de la signification de la dette. Elle ne veut plus dire grand-chose et l’on sent bien que les dogmes libéraux sont clairement battus en brèche. Cela peut venir alimenter les programmes politiques des populistes de tout poil et créer des tensions à terme.

“Si la dette devient perpétuelle, tout un tas de mécanismes changent dans les rapports de force commerciaux et géopolitiques qui reposent sur la dette et son financement. On peut se dire aussi que les taux ne sont pas près de remonter grâce à l’action des banques centrales, vu les monceaux de dette qu’il y aura à financer et le service de la dette qu’il y aura donc à payer.

“D’un point de vue politique et économique, il est difficile de déterminer toutes les implications à moyen terme, en sachant que les abandons de dette finissent rarement bien.”

propos recueillis par Patrick Vignal, édité par Blandine Hénault

for-phone-onlyfor-tablet-portrait-upfor-tablet-landscape-upfor-desktop-upfor-wide-desktop-up