May 6, 2020 / 1:22 PM / 3 months ago

France-A l'épreuve du coronavirus, les statisticiens misent sur la créativité

PARIS, 6 mai (Reuters) - Le confinement généralisé instauré mi-mars en France a contraint les statisticiens à s’adapter rapidement et à faire preuve d’imagination pour estimer en temps réel la contraction de l’activité découlant de la crise sanitaire en recourant à des nouvelles sources de données, comme les transactions par carte bancaire, a expliqué à Reuters le directeur général de l’Insee, Jean-Luc Tavernier.

Prévue fin mars, la publication de la traditionnelle note de conjoncture a été annulée alors que ce document de plus de 100 pages détaillant les prévisions de l’Insee à six mois pour l’économie mondiale et française était presque bouclé.

Cet exercice de prévision n’ayant “plus grand sens” au vu de la dégradation rapide de l’activité deux semaines après la mise en sommeil d’une partie de l’économie française, l’institut national de la statistique l’a remplacé par une “estimation en temps réel de la chute du PIB (produit intérieur brut-NDLR) et de la consommation”, précise Jean-Luc Tavernier dans une note de blog.

Mais pour fournir ces estimations, actualisées toutes les deux semaines depuis le 26 mars, les experts de l’Insee ont dû recourir à une série de sources de données inhabituelles, plus réactives que leurs méthodes de travail classiques.

Cela leur a permis de calculer rapidement que la deuxième économie de la zone euro tournait aux deux tiers de son niveau habituel, une estimation qui a été confirmée par les analyses publiées ensuite et intégrant davantage de données.

Pour fournir la première estimation publiée fin mars, les statisticiens et économistes de l’Insee ont notamment puisé dans les données de consommation d’électricité, les informations fournies par les entreprises et les fédérations professionnelles sur la proportion de salariés en télétravail ou ayant cessé de travailler.

Mais les informations les plus utiles ont été celles concernant les transactions par carte bancaire. L’Insee cherche depuis longtemps à utiliser ces données et s’est vu accorder un accès exceptionnel par le groupement qui gère les différents aspects des paiements par carte bancaire en France.

Ces données ont non seulement permis de chiffrer la baisse de la consommation des ménages mais aussi d’identifier les secteurs les plus affectés.

“En une semaine (les experts de l’Insee) ont réussi à faire parler les données et faire cet exercice de nowcasting (estimation rapide-NDLR)”, a expliqué Jean-Luc Tavernier à Reuters.

Ces estimations obtenues grâce à l’exploitation de données alternatives se sont avérées utiles pour établir la première estimation de l’évolution du PIB de la France au premier trimestre, publiée la semaine dernière.

Quel que soit le pays concerné, la première estimation de l’évolution de l’activité économique nationale, livrée un mois après la fin du trimestre concerné, repose déjà en temps normal sur un certain nombre d’extrapolations intégrées dans des modèles mathématiques, faute de données consolidées disponibles sur la consommation, la production ou le commerce extérieur, par exemple.

Mais le choc majeur consécutif aux restrictions mises en place dans de nombreux pays pour ralentir la propagation de l’épidémie de COVID-19 a contraint les statisticiens à travers le monde à “innover, court-circuiter les extrapolations habituelles, exploiter des sources alternatives”, explique Jean-Luc Tavernier dans sa note de blog.

L’Insee a donc pu profiter de ses estimations en temps réel, jugées “suffisamment robustes” pour être exploitées dans le cadre de sa première estimation du PIB.

DES COMPARAISONS INTERNATIONALES DIFFICILES

Pour autant, tous les instituts statistiques n’ont pas forcément eu recours aux mêmes méthodes à travers le monde. Et si les grandes économies européennes ont toutes connu une chute du PIB concentrée sur la dernière quinzaine de mars, les premières estimations d’évolution de l’activité économique du premier trimestre fournies par l’Insee et ses équivalents étrangers sont probablement plus fragiles qu’à l’ordinaire, rendant la comparaison entre pays plus hasardeuse.

A titre d’exemple, l’Insee a estimé que l’économie française avait plongé de 5,8% au premier trimestre 2020 par rapport aux trois derniers mois de 2019.

Son homologue italien, l’Istat, a évalué à 4,7% la contraction de l’économie transalpine au premier trimestre, alors même que l’Italie, davantage touchée que la France, a également instauré le confinement plus tôt.

“Il ne faut pas surinterpréter des écarts qui ont pu être vus dans la période où les statistiques sont plus instables et sont peut-être moins comparables d’un pays à un autre à l’ordinaire”, a précisé à Reuters Jean-Luc Tavernier, qui s’attend à des révisions supérieures à celles observées habituellement.

Alors que politiques, investisseurs et entreprises se fondent sur la production des instituts statistiques pour prendre des décisions dont les retombées sont encore plus cruciales en temps de crise, la prise en compte de ces potentielles révisions à venir risquent de leur compliquer encore la tâche.

Version française Myriam Rivet, édité par Jean-Philippe Lefief

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