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Économie

Le temps pourrait se gâter en mai sur les marchés d'actions

PARIS (Reuters) - Le mois de mai a mauvaise réputation sur les marchés d’actions et s’il convient de manier les dictons boursiers avec précaution, celui qui s’amorce pourrait être marqué par un retour à la réalité pour des indices déconnectés des fondamentaux de l’économie, à en croire plusieurs gérants et analystes.

Le mois de mai a mauvaise réputation sur les marchés d'actions et s'il convient de manier les dictons boursiers avec précaution, celui qui s'amorce pourrait être marqué par un retour à la réalité pour des indices déconnectés des fondamentaux de l'économie, à en croire plusieurs gérants et analystes. /Photo prise le 3 avril 2020/REUTERS/Mike Segar

Aucun mois, à part peut-être octobre, n’est aussi redouté par les investisseurs, qui connaissent par coeur l’adage boursier “sell in May and go away”. Autrement dit, vendez en mai et partez, pour ne pas revenir avant le derby d’Epsom, célèbre course hippique courue le premier samedi de juin, prolonge une variante britannique de la même croyance.

Un déclin saisonnier frapperait en effet les marchés d’actions au sortir d’une période faste s’étalant de novembre à avril, et ce fameux mois de mai serait propice aux prises de bénéfices.

En laissant de côté tout ce folklore, il n’est pas interdit de penser que l’optimisme des investisseurs ne résistera pas longtemps à des indicateurs économiques qui ne cessent de se dégrader, témoignant de l’ampleur de la récession qui se profile.

L’économie américaine a ainsi subi au premier trimestre sa contraction la plus brutale depuis la grande crise financière avec un repli de 4,8% du produit intérieur brut (PIB), selon une première estimation officielle mercredi.

Le lendemain tombaient les chiffres de la zone euro avec l’annonce d’une contraction record de 3,8% de l’économie sur les trois premiers mois de l’année.

La publication, lundi et mercredi, des indices PMI sur l’activité du secteur privé européen au mois d’avril puis celle, vendredi, du rapport mensuel de l’emploi aux Etats-Unis, où le chômage explose, ne devraient rien faire pour rassurer les marchés.

“Le choc provoqué par le COVID-19 et les mesures de confinement instaurées est historiquement rude”, commente Louis Boisset, économiste zone euro chez BNP Paribas, qui fait remarquer que le repli du PIB dans l’union monétaire est plus marqué que celui du premier trimestre 2009, au coeur de la grande crise financière (-3,2%).

“Au deuxième trimestre, la situation devrait se dégrader davantage”, ajoute-t-il, un avis partagé par la quasi-totalité des analystes.

LES ACTIONS MARQUENT LE PAS

Les actions européennes ont aussitôt accusé le coup avec un repli de 2,03% pour le Stoxx 600 sur la dernière séance d’avril, ce qui n’a pas empêché l’indice large européen de gagner 6,24% sur le mois, sa meilleure performance mensuelle depuis octobre 2015.

Même scénario à Wall Street, où les indices ont fini jeudi en repli un mois d’avril historique qui a vu Le S&P-500 (+12,68%) et le Dow Jones (+11,08%) signer leur meilleure performance mensuelle depuis janvier 1987.

Ce rebond spectaculaire après la dislocation qui avait frappé la plupart des classes d’actifs en mars s’explique par l’espoir d’une reprise de l’activité avec la levée progressive des mesures de confinement mais aussi par la réaction favorable des marchés aux réponses massives apportées à la crise par les gouvernements et les banques centrales.

La Réserve fédérale des Etats-Unis a maintenu le cap mercredi en réaffirmant qu’elle était prête à employer “l’ensemble de sa gamme d’outils” pour soutenir l’économie.

La Banque centrale européenne (BCE) a fait savoir le lendemain qu’elle restait elle aussi l’arme au pied et n’excluait pas de nouvelles mesures pouvant inclure l’achat de titres à haut risque.

Habitués désormais aux largesses sans limite des instituts d’émission, les marchés ont été un peu déçus, et peut-être effrayés aussi par la perspective évoquée par la Fed de “risques considérables” à moyen terme.

Le vent d’optimisme qui a soufflé en mars a repoussé au second plan une actualité guère rassurante du côté des entreprises, qui sont de plus en plus nombreuses a renoncer à rémunérer leurs actionnaires, à couper dans leurs dépenses et retirer leurs objectifs faute de visibilité.

Personne n’est épargné puisque même Apple se garde de faire des prévisions et qu’Amazon anticipe une perte au deuxième trimestre. Pas une bonne nouvelle quand on sait le rôle moteur joué par ces géants dans la croissance des marchés d’actions depuis la crise de 2008-2009 et leur poids sur les indices.

UN RÉAJUSTEMENT TECHNIQUE N’EST PAS À EXCLURE

Un autre facteur, technique celui-là, pourrait contribuer à un réajustement des actions en mai avec l’inversement des flux considérables drainés par les fonds gérés de manière systématique, dit-on chez Nomura.

“Il va peut-être sans dire que les achats systématiques d’actions que l’on observe sur une large gamme de marchés sont devenus assez dissociés des fondamentaux économiques” soulignent dans une note les analystes du courtier japonais.

D’autres s’inquiètent du rôle que pourraient jouer les fonds indiciels cotés (ETF), ces paniers de valeurs adossés à des indices dont ils répliquent la performance et qui sont susceptibles, selon leurs détracteurs, d’amplifier les corrections de marché.

Ces craintes ont paru justifiées lorsque les cours du brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) ont été plombés mardi par l’annonce par le principal ETF américain sur le pétrole, United States Oil Fund LP, de la vente de tous ses contrats de brut arrivant à échéance en juin.

Le fonds espérait ainsi éviter une répétition des lourdes pertes subies la semaine précédente, lorsque le baril de WTI avait plongé en territoire négatif à l’arrivée à échéance du contrat livrable en mai.

Dans ce contexte troublé, les gestionnaires d’actifs, qui prédisaient en masse une reprise vigoureuse sur la seconde partie de l’année il y a quelques semaines, se font plus prudents.

La rebond qui suivra la crise du coronavirus sera graduel et n’interviendra pas avant le quatrième trimestre, selon le scénario privilégié par Amundi Asset Management, le numéro un européen du secteur.

édité par Marc Angrand

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