December 27, 2019 / 7:05 AM / 22 days ago

POINT HEBDO-Après une année mémorable, les marchés face à un avenir incertain

* L’année 2019 aura été faste pour les indices boursiers

* Le soutien monétaire devrait rester en place en 2020

* Une récession à court terme paraît peu probable

* Les risques politiques demeurent cependant élevés

par Patrick Vignal

PARIS, 27 décembre (Reuters) - L’année qui s’achève sur les marchés financiers aura surpris avec des progressions spectaculaires pour les actifs risqués qui seront difficiles à rééditer en 2020.

Les prévisions de la plupart des analystes pour l’an prochain ne sont pas catastrophiques mais elles sont prudentes en raison de la persistance des inquiétudes pour la croissance et des risques politiques.

Le S&P-500, indice de référence des gérants américains, devrait boucler 2019 avec une hausse de près de 30%, sa meilleure performance annuelle depuis six ans.

L’indice large européen Stoxx 600 n’est pas en reste puisqu’il se dirige vers un gain d’environ 25% sur l’année.

“L’année 2019 touche doucement à sa fin et restera probablement dans les mémoires comme l’une des meilleures années de la décennie”, souligne Guilhem Savry, responsable de la recherche macroéconomique pour Unigestion.

“Bien entendu, ces performances se comparent à celles négatives de l’an dernier, lorsque nous avions connu le pire choc de corrélations depuis la crise financière, mais, à tous les égards, 2019 restera une bonne année pour les actifs financiers à l’échelle mondiale”, ajoute-t-il.

Ce millésime de qualité, d’autant plus étonnant qu’il s’est développé sur fond de ralentissement de la croissance mondiale, a bénéficié d’un environnement favorable avec la posture très accommodante des grandes banques centrales mais aussi l’espoir d’une trêve commerciale qui devrait se matérialiser dans quelques jours avec la signature par les Etats-Unis et la Chine d’un accord partiel.

Les actifs risqués continueront de bénéficier l’an prochain du soutien sans faille de la Réserve fédérale et de la Banque centrale européenne.

Les actions et le crédit devraient donc demeurer attrayants pour les investisseurs, particulièrement en Europe, où les fondamentaux des entreprises sont robustes et où la croissance économique devrait rester stable, font valoir Laurent Gonon et Mabrouk Chetouane, respectivement directeur des gestions et directeur de la recherche et de la stratégie chez BFT IM.

“Les multiples incertitudes politiques, à l’image du calendrier électoral américain et de ses possibles implications sur le plan externe, incitent toutefois à la prudence et à la sélectivité”, tempèrent-ils dans une note.

PAS DE REBOND DE LA CROISSANCE EN VUE

Confortés par de récents indicateurs conjoncturels supérieurs aux attentes, certains misent sur un rebond modéré de la croissance début 2020.

D’autres sont moins confiants, à l’image des experts d’Ostrum AM, qui soulignent que le choc sur le commerce est parti pour durer, que la dynamique de la Chine s’essouffle et que la croissance des économies développées est tendanciellement plus faible que par le passé.

“On ne peut pas faire l’hypothèse que la situation va s’inverser dans les mois qui viennent”, estime Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de la société de gestion, qui n’en écarte pas moins le scénario d’une récession, que l’action des banques centrales devrait permettre selon lui de maintenir à distance.

Les politiques des instituts d’émission devraient en revanche continuer de peser sur les rendements obligataires, prévient Axel Botte, stratégiste international de la même société de gestion, avant d’inviter les investisseurs obligataires à la recherche de rendement à se tourner vers la dette spéculative (“high yield”) et les obligations émergentes libellées en dollars.

Les actions devraient pour leur part se stabiliser, prévoit Ostrum AM, qui voit le CAC 40 parisien et le S&P-500 américain finir 2020 à proximité de leurs niveaux actuels, voire un peu en dessous.

Un cataclysme serait donc exclu dans l’immédiat, même si tout le monde sait que le cycle d’expansion en cours aux Etats-Unis, particulièrement long, finira bien par s’éteindre, avec des conséquences inévitables pour le reste du monde.

UNE CRISE FINANCIÈRE À L’HORIZON ?

La croissance mondiale devrait s’effriter légèrement sur les 18 prochains mois et la perspective d’une fin de cycle aux Etats-Unis pourrait se dessiner à partir du second semestre 2021, selon Christophe Morel, chef économiste de Groupama Asset Management.

“La combinaison d’une profitabilité dégradée, d’un endettement élevé et des incertitudes persistantes provoqueront un ajustement sensible de la production et de l’investissement et, in fine, une fin de cycle somme toute ‘classique’ dans son déroulement”, argumente-t-il.

Qui dit récession ne dit pas nécessairement crise financière, un phénomène que les investisseurs institutionnels interrogés par Natixis Investment Managers voient venir dans les cinq prochaines années.

Neuf sur 10 se disent préoccupés par le niveau record de la dette publique, une large majorité s’inquiétant de répercussions sur l’économie mondiale, montre l’enquête.

“Les institutionnels identifient la volatilité, la persistance d’un environnement de taux historiquement bas et les tensions politiques comme des préoccupations majeures en 2020”, lit-on dans un communiqué de Natixis IM.

Nombreux sont les prévisionnistes à penser en outre que les tendances de fond que sont le changement climatique et la “disruption”, une rupture qui dépasse largement le cadre de l’innovation technologique, joueront un rôle de premier plan l’année prochaine et au-delà.

“Si vous n’avez pas de disruption, vous avez un statu quo complètement négatif qui va perdurer avec une faible croissance, une faible inflation, un niveau de dette extrêmement élevé, très peu de productivité et un accroissement des tensions au niveau des inégalités de richesse ou du moins de leur perception”, explique à Reuters Christopher Dembik, responsable de l’analyse macroéconomique chez Saxo Bank.

“Nous sommes arrivés à une étape où on ne peut plus se permettre la pérennité de ces grandes tendances. Le seul moteur, aujourd’hui, pour sortir de cette dynamique à l’oeuvre depuis plus de dix ans, c’est effectivement la disruption.”

Voir aussi :

LE POINT sur les perspectives de marché 2020 des gérants et analystes

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