July 17, 2019 / 2:23 PM / 2 months ago

RPT-Libra menacerait en premier les banques centrales-Nomura

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PARIS, 17 juillet (Reuters) - Les banques centrales pourraient être les principales victimes du projet Libra s’il venait à voir le jour parce qu’un usage généralisé de la cryptomonnaie voulue par Facebook limiterait la masse monétaire en circulation, lit-on dans une note de recherche de Nomura publiée mercredi.

Facebook compte 2,7 milliards d’usagers, soit l’équivalent de 37% de la population mondiale, souligne le courtier japonais.

“Si Libra devait replacer 37% de la monnaie émise de par le monde, nous estimons que cela réduirait le montant total d’argent d’environ 11.500 milliards de dollars”, lit-on dans la note, rédigée par Takahide Kiuchi, économiste du Nomura Research Institute.

Si les particuliers n’auraient pas à en souffrir parce qu’ils pourraient payer avec Libra à la place, les banques centrales seraient en revanche confrontées à une baisse des revenus qu’elles tirent de l’émission de monnaie, ajoute-t-il.

Elles perdraient en effet le bénéfice des intérêts qu’elles génèrent en achetant des obligations d’Etat ou d’autres actifs à des banques du secteur privé en échange de monnaie, précise-t-il.

Seule l’Association Libra, qui regroupe Facebook et ses partenaires, parmi lesquels de nombreux spécialistes des systèmes de paiement mais aucune banque privée, pourrait émettre la cryptomonnaie en projet et la retirer de la circulation, ce qui lui conférerait un rôle similaire à celui d’une banque centrale et lui offrirait des revenus considérables, fait valoir l’économiste de Nomura.

Libra, insiste-t-il, est totalement différente des cryptomonnaies actuelles, bitcoin et autres, qui ne sont corrélées à rien et sont considérées comme un vecteur d’investissement attrayant uniquement en raison de leur forte volatilité.

La cryptomonnaie de Facebook, en revanche, serait adossée à un panier d’actifs bien réels, comme des devises ou des obligations souveraines de court terme de pays de référence. Elle n’a en outre pas vocation à être utilisée comme vecteur d’investissement mais uniquement à servir de moyen de paiement, ce qui l’apparente à une devise, poursuit Takahide Kiuchi.

L’économiste de Nomura rappelle l’opposition de responsables de tout poil, des parlementaires du Congrès américain aux banquiers centraux, à un projet qu’ils considèrent comme une menace pour la stabilité du système financier et l’efficacité de la politique monétaire.

“Une autre raison de la crainte des autorités vient du fait que Libra a été conçue et sera gérée principalement, au moins initialement, par Facebook, qui a été critiqué de par le monde pour la fuite d’un nombre considérable de données personnelles”, ajoute-il.

Pour toutes ces raisons, auxquelles il faut ajouter le casse-tête que pose Libra en matière de réglementation ou encore de fiscalité, il est très peu probable, selon Nomura, que Facebook puisse tenir son calendrier et lancer sa cryptomonnaie au premier semestre 2020, du moins sous sa forme actuelle.

Voir aussi :

Le G7 Finances met des bâtons dans les roues du Libra de Facebook

Le projet Libra de Facebook malmené au Sénat américain

Patrick Vignal, édité par Marc Joanny

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