June 28, 2019 / 8:04 AM / in 4 months

LEAD 2-La HAS défavorable au remboursement de l'homéopathie, Lyon se mobilise

* Une “efficacité insuffisante” selon la Haute autorité de santé

* Agnès Buzyn de tranchera dans les semaines qui viennent

* Lyon et les élus locaux se mobilisent (Actualisé avec manifestation à Lyon)

PARIS, 28 juin (Reuters) - La Haute autorité de santé (HAS) s’est prononcée vendredi pour le déremboursement des médicaments homéopathique en raison d’une “efficacité insuffisante”, selon les termes d’un avis que redoutaient les laboratoires concernés, Boiron en tête.

Il appartient désormais à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, de trancher, a priori dans les jours ou les semaines qui viennent, alors que les salariés de Boiron manifestaient vendredi pour défendre leur activité.

Les conclusions de la HAS ne faisaient guère de doute puisque l’autorité avait rendu mi-mai un avis provisoire allant dans le même sens. Les recommandations définitives, publiées au terme d’une procédure contradictoire, avaient par ailleurs largement filtré dans la presse.

Au terme de neuf mois de travail, l’autorité dit s’être fondée sur des données scientifiques concernant 24 affections et symptômes traités par homéopathie - troubles de l’anxiété, verrues plantaires, infections respiratoires aigües chez l’enfant, par exemple.

“Pour l’ensemble de ces affections et symptômes, la commission de la transparence a considéré que ces médicaments n’ont pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier d’un remboursement”, peut-on lire dans un communiqué publié par la HAS.

Celle-ci relève une “absence de preuve de l’efficacité”, une “absence d’étude robuste permettant d’évaluer l’impact des médicaments homéopathiques sur la qualité de vie des patients” et une “absence d’impact attribuable aux médicaments homéopathiques sur la consommation d’autres médicaments, la diminution du mésusage, le nombre d’hospitalisations, les retards à la prise en charge ou sur l’organisation des soins”.

BOIRON CRITIQUE LA PROCÉDURE

Elle estime également qu’il n’y a “pas de nécessité de recourir systématiquement à des médicaments (classiques ou homéopathiques) pour traiter des pathologies sans gravité ou qui guérissent spontanément”.

Agnès Buzyn a fait savoir dans le passé qu’elle se rangerait à l’avis de la HAS.

Boiron, l’un des trois fabricants concernés avec Lehning et Weleda, a renouvelé vendredi ses critiques contre cette procédure.

“Cet avis a été rendu dans un temps record, et ne tient pas compte de la spécificité des médicaments homéopathiques”, notamment de leur intérêt de santé publique, a réagi le laboratoire situé dans la région lyonnaise dans un communiqué.

“Alors que plus de 20.000 médecins prescrivent régulièrement des médicaments homéopathiques et que plus de 1.100.000 Français ont d’ores et déjà manifesté leur attachement au maintien du remboursement de ces médicaments, la décision revient désormais au gouvernement”, est-il également écrit.

Le titre du laboratoire français Boiron - dont 60% de l’activité serait affectée directement par une modification du taux de remboursement - a été à nouveau suspendu jeudi à la Bourse de Paris à sa demande, en raison de fuites dans la presse sur l’avis de la Haute Autorité de Santé.

Le titre avait déjà été suspendu mi-mai après des informations sur le projet d’avis de la Haute autorité de santé.

LES POLITIQUES LOCAUX A LA RESCOUSSE

Le groupe Boiron, fondé en 1932 par les frères jumeaux Jean et Henri Boiron, tous deux pharmaciens, réalise 605 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 60% en France. Il compte 3.672 salariés dans le monde, dont 2.600 en France, et 100% de ses produits sont fabriqués dans l’Hexagone.

Six cents personnes habillées de blanc, des employés de Boiron, des médecins et des patients, ont manifesté vendredi en fin de matinée devant l’Hôtel de ville de Lyon.

“La production serait directement impactée par la chute des ventes entraînée par le déremboursement”, estime Cynthia Velin, 21 ans. “Nous sommes tous très inquiets.”

Pour Frédéric Voirin, 50 ans, médecin généraliste dans la Loire, “en cas de déremboursement, beaucoup de patients n’auraient pas les moyens financiers d’avoir accès à l’homéopathie. Le déremboursement total entraînerait en effet un changement de taux de TVA ainsi qu’une libération des prix susceptibles de faire les faire grimper.

Boiron compte également sur l’appui des politiques, dont Gérard Collomb, maire de Lyon, David Kimelfeld, président de la Métropole de Lyon, Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé, et Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui alerte le gouvernement sur les conséquences économiques qu’entraînerait le déremboursement pour ce fleuron de l’industrie pharmaceutique française.

Les défenseurs de l’homéopathie se mobilisent également par l’intermédiaire d’une pétition baptisée “monhomeomonchoix” qui a recueilli plus de 1,1 million de signatures. (Gilles Guillaume et Simon Carraud, avec Catherine Lagrange à Lyon, édité par Myriam Rivet et Yves Clarisse)

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