June 24, 2019 / 3:12 PM / in 4 months

LEAD 1-L'ex-patron de l'athlétisme mondial bientôt jugé en France

* “Corruption et encouragement du dopage”, dit l’accusation

* Une deuxième enquête du Parquet national financier (Avec précisions, contexte)

par Emmanuel Jarry

PARIS, 24 juin (Reuters) - L’ancien patron de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), le Sénégalais Lamine Diack, et son fils Papa Massata Diack seront jugés en France pour corruption et blanchiment en bande organisée, a-t-on appris lundi de source judiciaire.

Le Parquet national financier (PNF) avait demandé le 17 mai leur renvoi devant un tribunal correctionnel. Les juges d’instruction chargés de l’affaire ont signé l’ordonnance de renvoi le 19 juin, précise-t-on de même source.

Lamine Diack, président de l’IAAF de 1999 à 2015, et son fils, homme d’affaires et consultant en marketing de l’IAAF au moment des faits, sont accusés d’avoir retardé contre paiement la sanction d’athlètes soupçonnés de dopage, notamment russes, avec la complicité active de dirigeants de l’athlétisme russe.

Sont ainsi renvoyés avec eux en correctionnelle l’ancien trésorier de l’IAAF et ex-président de la Fédération russe d’athlétisme (ARAF) Valentin Balakhnitchev et l’ex-entraîneur de l’équipe russe d’athlétisme Alexeï Melnikov, tous deux en fuite en Russie et sous le coup d’un mandat d’arrêt international.

L’avocat français Habib Cissé, conseiller juridique de Lamine Diack, et le médecin français Gabriel Dollé, responsable du département antidopage de l’IAAF au moment des faits, seront également jugés dans cette affaire pour corruption.

Lamine et Papa Massata Diack, accusés d’avoir sollicité directement ou indirectement auprès d’athlètes soupçonnés de dopage des remises d’espèces pour un total évalué à 3,45 millions d’euros, encourent une peine maximale de dix ans de prison et 750.000 euros d’amende.

“Sous la direction de son président et forte de plusieurs années de malversation, l’IAAF a réussi à concilier corruption et encouragement du dopage”, estime le procureur financier dans son réquisitoire, que Reuters a pu consulter.

BLACK TIDINGS

“Son programme d’action, proche de la négation absolue de sa mission, permettait, contre paiements, à des athlètes dopés d’un pays de continuer à concourir et à participer aux plus grandes compétitions mondiales”, ajoute-t-il.

La marathonienne Lilya Shoboukova a ainsi reconnu avoir versé au total 600.000 euros pour pouvoir participer aux Jeux olympiques de 2012 à Londres.

Finalement suspendue par l’ARAF en 2014, elle a obtenu le remboursement de 300.000 euros par le biais d’une société basée à Singapour, Black Tidings, dont Papa Massata Diack, dit PMD, aujourd’hui réfugié au Sénégal et sous le coup d’un mandat d’arrêt international, était le bénéficiaire économique.

Ce virement bancaire et la marathonienne ont fini par attirer l’attention de la commission d’éthique de l’IAAF et de l’Agence mondiale antidopage (AMA), ainsi qu’un reportage de la chaîne de télévision allemande ARD fin 2014.

Selon l’accusation, d’autres témoignages et documents ont mis en lumière l’attitude “extrêmement complaisante” de membres de l’IAAF envers l’ARAF, susceptible d’être “la contrepartie d’accords commerciaux relatifs aux droits télévisuels” sur le championnat du monde d’athlétisme de Moscou en 2013.

Parmi ces responsables figuraient Habib Cissé et Gabriel Dollé, alors responsable du département antidopage de l’IAAF, qui a reconnu les faits et demandé à bénéficier de la procédure du “plaider coupable”, ce qui ne lui a pas été accordé.

“ORGANISATION CRIMINELLE”

Selon l’accusation, l’enquête a établi que Lamine Diack avait mis en place au sein de l’IAAF “une véritable organisation criminelle (...) spécialisé dans la corruption, le blanchiment et le détournement de fonds” avec son fils, Habib Cissé, Gabriel Dollé, Valentin Balakhnitchev et Alexeï Melnikov.

Lamine Diack, 86 ans, est ainsi également poursuivi pour abus de confiance, pour avoir permis à son fils de s’approprier des recettes de l’IAAF provenant de sponsors.

Sous contrôle judiciaire en France, il a par ailleurs admis avoir conclu fin 2011 un accord avec Valentin Balakhnitchev portant sur au moins 1,5 million d’euros, afin de financer la campagne présidentielle de Macky Sall au Sénégal.

Contacté par Reuters, son avocat, Me William Bourdon, n’a pas souhaité faire de commentaire à ce stade.

Ce n’est qu’un volet du vaste système mis en place par Lamine Diack à la faveur de sa longue présidence de l’IAAF, de son appartenance au Comité international olympique (CIO) et de l’influence ainsi acquise auprès des pays africains.

Lorsque les enquêteurs se sont intéressés à Black Tidings, ils sont ainsi tombés sur deux transferts d’argent avec pour origine “Tokyo 2020 Olympic Games” en 2013, pour un total de 1,8 million d’euros, avant et après l’attribution en septembre de la même année de ces Jeux olympiques d’été.

Le PNF a ouvert une enquête sur ce deuxième volet, qui a valu au président du Comité olympique japonais Tsunekazu Takeda d’être mis en examen en France le 10 décembre 2018, et de renoncer à ses fonctions, y compris au CIO.

Les investigations encore en cours sur ce volet ont mis au jour un système mis en place par le clan Diack pour s’enrichir lors de l’attribution de grands événements sportifs comme les JO de Rio ou les championnats du monde d’Athlétisme, ou des droits marketing et télévisuels de ces événements en partenariat avec la multinationale japonaise Dentsu. (Edité par Yves Clarisse)

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