June 14, 2019 / 12:45 PM / in 2 months

POINT HEBDO-Les banques centrales sous la pression de marchés inquiets

* La Fed, la BoE et la BOJ se réunissent

* Draghi (BCE) va prendre la parole

* Les marchés attendent des signaux accommodants

* Les tensions commerciales menacent la croissance

par Patrick Vignal

PARIS, 14 juin (Reuters) - Les banques centrales sont de plus en plus accommodantes mais pas encore assez pour les marchés financiers, qui leur réclament des gestes concrets pour prévenir une récession que pourraient favoriser les effets néfastes sur l’économie mondiale des tensions entre les Etats-Unis et leurs partenaires commerciaux.

La Réserve fédérale, dont les annonces sont attendues pour mercredi, doit ressentir particulièrement la pression. Après son virage du mois de mars, lorsqu’elle a signifié l’arrêt de son cycle de resserrement, elle paraît maintenant s’orienter vers l’assouplissement de sa politique.

Si les traders n’évaluent qu’à un peu plus de 30% la probabilité d’une baisse de taux dès ce mois-ci, ils voient à près de 90% de chances un resserrement de l’objectif des “fed funds” d’ici la fin juillet, selon le baromètre FedWatch de CME Group.

“La Fed a une capacité d’action sur les marchés qui est gigantesque grâce notamment à sa capacité à y mettre de la liquidité”, dit à Reuters Guillaume Lasserre, responsable des investissements chez Lyxor Asset Management, pour résumer l’enjeu de la réunion qui approche.

“La question est de savoir si elle va réussir à amortir les effets d’une récession structurelle de fin de cycle et aujourd’hui, la réponse est oui.”

La très faible hausse de l’indice des prix à la consommation en mai aux Etats-Unis annoncée mercredi constitue un argument supplémentaire pour que la Fed baisse ses taux, écrivent pour leur part les analystes de Saxo Banque, même si les ventes au détail du mois de mai, publiées vendredi, ont plutôt rassuré.

COMBIEN DE BAISSES POUR LA FED ?

Si certains sur les marchés, dont Guillaume Lasserre, prévoient jusqu’à trois baisses de taux cette année, d’autres se montrent plus prudents.

“Historiquement, les baisses de taux outre-Atlantique sont conditionnées à trois facteurs : une décélération importante de la consommation, une détérioration des conditions financières et une inflation faible”, écrivent-ils dans une note. “A ce jour, seule la dernière condition est remplie.”

Même réserves du côté de Franx Dixmier, directeur des gestions obligataires chez Allianz GI.

“La déception des marchés pourrait entrainer une correction sur les taux, qui devrait inciter les investisseurs à reprendre de la duration dans leurs portefeuilles obligataires américains”, prévient-il.

La Fed est loin d’être la seule banque centrale à avoir renoncé à toute velléité de remonter ses taux.

La Banque centrale européenne (BCE) vient de repousser à fin juin 2020 l’horizon du premier relèvement de ses taux directeurs depuis la crise financière. Elle pourrait par ailleurs continuer de rémunérer les banques qui prêtent aux entreprises et aux ménages dans un contexte de dégradation des perspectives de croissance.

Son président, Mario Draghi, sera sous les feux des projecteurs de lundi à mercredi à l’occasion du forum de la BCE qui se tiendra comme chaque année à Sintra, au Portugal.

L’Italien, dont le mandat s’achèvera fin octobre, ne pouvait pas mieux dire lorsqu’il a déclaré l’an dernier au même endroit que l’institut d’émission serait patient avant de décider de sa première hausse de taux et que le resserrement de sa politique monétaire resterait très progressif.

La BCE venait alors d’annoncer qu’elle cesserait à la fin de l’année ses achats massifs de titres sur les marchés et d’affirmer qu’elle ne remonterait pas ses taux avant la fin de l’été 2019.

LES BANQUES CENTRALES “DOVISH À L’UNISSON”

La Banque d’Angleterre et la Banque du Japon, dont les annonces sont attendues pour jeudi, ne paraissent pas non plus pressées de rejoindre le camp des “faucons”.

“Ralentissement économique, Brexit, méfaits collatéraux de la guerre commerciale : les risques qui pèsent sur la croissance actuellement sont bien trop nombreux pour envisager un resserrement monétaire”, écrivent les analystes de Fidelity, pour qui les banques centrales sont “dovish à l’unisson pour prévenir les retombées de la guerre commerciale américaine.”

La Banque d’Angleterre, confrontée pour sa part à la perspective d’un Brexit “dur” potentiellement dévastateur pour l’économie britannique, a bien lancé des signaux contradictoires ces derniers temps. Face à la menace inflationniste, son chef économiste, Andy Haldane a estimé que le moment de relever les taux approchait.

Mais les marchés financiers continuent de penser qu’elle est plus susceptible d’abaisser ses taux que de les relever au cours des 12 prochains mois.

La Banque du Japon, de son côté, n’a jamais cessé d’être accommodante et n’a aucune raison de changer son fusil d’épaule.

Quant à la Chine, elle pourrait puiser une nouvelle fois dans son large arsenal monétaire mais aussi budgétaire après l’annonce d’une croissance de sa production industrielle tombée en mai à 5%, un creux de plus de 17 ans.

LA PERSPECTIVE D’UN ACCORD COMMERCIAL S’ÉLOIGNE

Quand les marchés ne lorgnent pas du côté des banques centrales, ils naviguent au gré des nouvelles du bras de fer entre Washington et Pékin en espérant vaguement un hypothétique accord commercial lors du sommet du G20 qui se tiendra à la fin du mois au Japon.

Mais les espoirs sont de plus en plus minces, d’autant qu’une rencontre entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping n’a toujours pas été confirmée officiellement. Des sources ont indiqué à Reuters qu’il y a eu peu de préparatifs pour une rencontre.

“Le G20 fin juin devrait seulement permettre une reprise des négociations, ce qui éloigne la perspective d’un prochain accord commercial”, observe Christopher Dembik, responsable de l’analyse macroéconomique chez Saxo Banque.

L’affrontement commercial entre les deux premières économies du monde, qui menace clairement le rebond observé sur les actions depuis le début de l’année, contraint les sociétés de gestion à revoir leur allocation tactique.

“La guerre commerciale reste pour nous un élément très perturbant puisque il n’est lié à rien si ce n’est à des considérations purement politiques”, dit Guillaume Lasserre.

“On est obligé de gérer ce risque-là et d’avoir dans les portefeuilles de nos clients des éléments qui mitigent notre attrait pour les actifs risqués”.

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édité par Blandine Hénault

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