June 10, 2019 / 8:23 AM / 4 months ago

United Tech et Raytheon créent un géant de l'aviation et la défense

* Nouvelle société d’une valeur de $121 mds

* United Tech détiendra environ 57% du nouvel ensemble

* Synergies de $1 md après quatre ans

* Boeing et Airbus pourraient ne pas apprécier

* Hausse des budgets militaires aux USA

par Harry Brumpton et Kate Duguid

NEW YORK, 10 juin (Reuters) - United Technologies a accepté de fusionner sa division aéronautique avec Raytheon afin de créer une nouvelle société d’une valeur d’environ 121 milliards de dollars (105,5 milliards d’euros), dans le cadre de ce qui pourrait être le plus important rapprochement de l’histoire du secteur.

L’opération est de nature à modifier l’environnement concurrentiel, car elle donne naissance à un conglomérat englobant les marchés de l’aviation civile et de la défense. United Technologies fournit principalement des équipements électroniques aux constructeurs aéronautiques civils tandis que Raytheon fournit au gouvernement américain des équipements destinés aux avions militaires ainsi que des systèmes de missiles.

Si United Technologies et Raytheon ont en commun quelques clients, les doublons dans leurs activités restent limités, un argument que les deux sociétés vont sans doute faire valoir auprès des autorités américaines de la concurrence.

La fusion pourrait cependant ne pas être du goût de Boeing et d’Airbus, les deux principaux constructeurs d’avions civils, ni de celui du Pentagone, qui utilisent généralement leur important pouvoir d’achat pour obtenir des concessions de leurs fournisseurs.

En 2016, Greg Hayes, le directeur général de United Technologies avait rejeté une offre d’acquisition de Honeywell International en arguant que Boeing et Airbus n’accepteraient jamais d’avoir un fournisseur qui “construit un avion de bout en bout”.

United Technologies a déclaré être en bonne voie concernant son projet de scission de ses activités de climatisation Carrier et de sa division ascenseurs Otis. Cela permettra à la société de se recentrer sur l’aérospatiale avec Rockwell Collins, dont l’acquisition a été finalisée l’an dernier pour un montant de 23 milliards de dollars, et sur l’activité de moteurs Pratt & Whitney.

SYNERGIES D’UN MILLIARD DE DOLLARS

L’acquisition de l’équipementier aéronautique Rockwell Collins a fait l’objet d’un examen minutieux des autorités chinoises en raison de la présence du groupe sur le marché chinois, ce qui a retardé la finalisation de l’opération, intervenue le 28 novembre et non pas au troisième trimestre 2018.

Les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis ont également pesé en partie dans la validation de ce projet, selon les analystes. Une source proche de l’opération a cependant dit que United Technologies et Raytheon ne prévoyaient pas de faire face aux mêmes obstacles sur cette opération car Raytheon n’a pas d’activités en Chine.

Dans le cadre de leur projet annoncé dimanche, les actionnaires de Raytheon recevront 2,3348 actions de la société fusionnée pour chaque titre Raytheon. La fusion devrait générer plus d’un milliard de dollars de synergies à l’issue de la quatrième année, ont précisé les deux sociétés.

Les actionnaires de United Technologies détiendront environ 57% de la nouvelle entitée qui aura comme nom Raytheon Technologies Corporation. Elle sera dirigée par Greg Hayes.

Le solde du capital sera aux mains des actionnaires de Raytheon et son directeur général, Tom Kennedy, sera président du conseil.

L’opération a fait l’objet de plusieurs mois de négociations, selon une source. Elle a été élaborée de telle sorte qu’aucun actionnaire des deux sociétés ne perçoive une prime.

La capitalisation boursière d’United Technologies s’élève à 114 milliards de dollars, un chiffre qui devrait être ramené à moins de 60 milliards avec la cession de Carrier et d’Otis, ce qui la rapprocherait des 52 milliards de capitalisation boursière de Raytheon.

La transaction devrait être finalisée au premier semestre 2020.

La société nouvellement créée devrait générer un retour comprise entre 18 et 20 milliards de dollars pour les actionnaires au cours des trois premières années suivant la finalisation de l’opération, ont poursuivi les deux groupes. Cette société aura une dette nette d’environ 26 milliards de dollars, ont-ils ajouté.

HAUSSE DES DÉPENSES DE DÉFENSE

Raytheon, le fabricant des missiles Tomahawk et Patriot, devrait bénéficier de la forte demande mondiale pour les avions de combat et les munitions, ainsi que de la hausse des budgets militaires impulsée par le président américain Donald Trump sur l’exercice 2020.

Les dépenses du Pentagone devraient cependant ralentir par la suite. Un accord avec United Technologies lui permet donc de se diversifier dans le civil et d’être ainsi moins subordonné aux aléas de la commande publique.

United Technologies de son côté peut réduire son exposition à l’aéronautique civile, qui pourrait pâtir des tensions commerciales internationales actuelles et de la montée du protectionnisme.

L’Association internationale du transport aérien (IATA), qui représente 290 compagnies aériennes assurant environ 80% du trafic mondial, a déclaré ce mois-ci s’attendre à ce que le secteur dégage en 2019 un bénéfice de 28 milliards de dollars (25 milliards d’euros), contre une prévision initiale de 35,5 milliards de dollars en décembre.

L’accord avec Raytheon pourrait mettre sous pression General Electric, qui est en concurrence avec United Technologies dans l’aéronautique civile. Il pourrait également pousser d’autres entreprises de défense, comme Lockheed Martin Corp à chercher à développer leurs activités commerciales.

Les sociétés de communications et d’électronique de défense Harris et L3 Technologies ont annoncé en octobre un accord de fusion par échange d’actions pour former le sixième prestataire de services de défense des États-Unis.

En Europe, Thales et Safran figurent parmi les principaux concurrents de United Tech et Raytheon. (Greg Roumeliotis et Harry Brumpton à New York, avec la contribution de Mike Stone à Washington et de Rama Venkat à Bangalore, Jean-Michel Bélot et Claude Chendjou pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

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