June 5, 2019 / 5:25 AM / 13 days ago

La Chine regarde au-delà des Treasuries pour ses investissements en dollars

LONDRES, 5 juin (Reuters) - La Chine semble avoir entrepris d’étendre ses investissements au-delà du seul marché des emprunts d’Etat américains et s’intéresser aux dettes en dollars d’émetteurs européens très bien notés, ce qui lui permettrait de poursuivre ses placements en dollars tout en bénéficiant de rendements supérieurs à ceux des Treasuries, a-t-on appris de plusieurs sources bancaires.

Au moins quatre responsables de banques d’investissement présentes sur le marché de la dette du secteur public ont fait état d’un intérêt accru de la Chine pour les émetteurs quasi-souverains, qui peuvent constituer une alternative aux bons du Trésor américain.

Parmi ces émetteurs figurent en bonne place la Banque européenne d’investissement (BEI), la banque publique allemande KfW et l’AIIB, banque de développement asiatique basée à Pékin qui a émis sa première obligation le mois dernier.

“On constate un certain intérêt de la Chine pour les émissions en dollars du type de celles de la BEI ou de l’AIIB, qui se reflète dans un niveau de souscription élevé en Asie”, a dit un banquier qui place des obligations d’émetteurs institutionnels en euros et en dollars. Il a requis l’anonymat car il n’est pas autorisé à parler de ses clients.

“On observe aussi un resserrement de leur spread par rapport aux Treasuries, qui résulte de cet intérêt”, a-t-il ajouté.

La Chine est le premier créancier étranger des Etats-Unis puisqu’elle détient quelque 1.120 milliards de dollars de bons du Trésor via sa banque centrale et diverses institutions étatiques.

Mais avec la montée des tensions commerciales entre Pékin et Washington, bon nombre d’intervenants de marché estiment que la Chine pourrait faire des Treasuries un argument des négociations entre les deux pays; des statistiques récentes ont déjà montré qu’elle avait ramené en mars ses avoirs en obligations d’Etat américaines à leur plus bas niveau depuis deux ans.

D’autres observateurs pensent simplement que la Chine, comme beaucoup d’autres investisseurs, étudie des alternatives au vu de la baisse récente des rendements américains. Depuis le début de l’année, le rendement des titres américains à dix ans a en effet chuté de quelque 60 points de base.

Et même si certains signes montrent qu’elle achète plus de dette libellée en euros qu’il y a un an, la Chine pourrait avoir du mal à diversifier ses avoirs en raison de la rareté des obligations notées “triple A” sur le marché de la zone euro.

Les investisseurs chinois semblent donc favoriser les achats de dettes en dollars d’émetteurs souverains, supranationaux ou d’agences publiques (“sovereigns, supranationals and agencies”, SSA), un secteur dont font partie la BEI et la KfW, explique un banquier spécialiste des marchés de capitaux.

“[L’Etat chinois] est devenu un acheteur sélectif de papier très bien noté allemand et européen de la KfW et de la BEI”, a dit à Reuters un autre professionnel qui traite avec des banques chinoises.

La demande provient aussi des banques chinoises qui achètent du papier “SSA” en dollars, en euros et en livres sterling afin de respecter leurs obligations en matière de détention d’actifs liquides de très bonne qualité, a précisé ce banquier.

Tout effort de la Chine pour diversifier ses investissements pourrait être source de problèmes pour les Etats-Unis, dont plus de 3.000 milliards de dollars de dettes arriveront à échéance cette année, puis 1.900 milliards en 2020.

La réticence des banquiers à divulguer des informations sur les transactions impliquant la Chine rend difficile toute évaluation des montants investis par Pékin lors de récentes émissions de titres de SSA.

Mais le 8 mai, des acheteurs asiatiques ont souscrit 51% d’une émission obligataire de trois milliards de dollars de la BEI, contre 35% pour les investisseurs européens et 14% pour les américains, selon les données fournies par l’une des banques chefs de file.

Les chiffres de l’International Financing Review montrent que ce pourcentage est le plus élevé enregistré depuis le début de l’année; l’an dernier, les acheteurs asiatiques n’avaient souscrit que 30% à 38% des titres en dollars émis par la BEI.

La tendance est comparable pour les émissions de la KfW, avec environ 32,2% de souscriptions asiatiques en moyenne cette année pour ses émissions en dollars, contre 25,1% en 2018, selon les calculs de Reuters sur la base des chiffres fournis par l’institution financière allemande elle-même.

En général, ces obligations quasi-souveraines affichent des rendements bien supérieurs à ceux des Treasuries en raison d’une liquidité nettement plus faible. Mais cet écart de rendements s’est réduit ces derniers temps, signe d’un intérêt accru des investisseurs pour ces émetteurs.

L’obligation en dollar d’échéance octobre 2024 de la BEI , par exemple, a vu son “spread” par rapport aux Treasuries à cinq ans passer de 50 points de base il y a deux ans à 13 points aujourd’hui.

Si la Chine et d’autres gestionnaires de réserves sont susceptibles d’augmenter leurs achats en euros, les arguments ne manquent pas pour continuer de favoriser les émissions en dollars.

“Si vous vous écartez du dollar, vous prenez un risque de change. Les Etats-Unis seront toujours un très gros marché et un très gros partenaire commercial de la Chine, et il est difficile pour cette dernière de travailler sans actifs en dollars”, explique Salman Ahmed, stratège de Lombard Odier Investment Managers.

Infographies de Ritvik Carvalho, Marc Angrand pour le service français, édité par Juliette Rouillon

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below