June 3, 2019 / 3:00 PM / 5 months ago

ECLAIRAGE-La Fed en quête d'idées nouvelles pour cibler l'inflation

WASHINGTON, 3 juin (Reuters) - La Réserve fédérale américaine tient mardi et mercredi à Chicago une conférence sur les moyens de cibler l’inflation, dans le cadre du réexamen de sa stratégie lancé l’année dernière.

La banque centrale décidera dans le courant de l’année de modifier ou non sa stratégie de fixation d’un objectif d’inflation.

POURQUOI CE RÉEXAMEN ?

L’objectif d’inflation de 2% annoncé par la Fed en janvier 2012 n’a pratiquement jamais été atteint. Les banquiers centraux s’inquiètent d’une perte de crédibilité, alors qu’une bonne partie du pouvoir d’influence de la Fed sur l’économie tient à la confiance que lui porte le public.

De plus, une inflation trop faible empêche de relever les taux d’intérêt et réduit donc la marge de manoeuvre de l’institution pour réduire ses taux à la prochaine récession.

La stratégie actuelle de la Fed, celle d’un ciblage flexible de l’inflation, suppose d’augmenter ou de baisser les taux directeurs pour maintenir l’inflation aussi près de possible de 2% tout en tolérant des facteurs temporaires affectant l’évolution des prix. Le débat actuel porte sur le fait de savoir si une approche meilleure existe.

QUELLES SONT LES PRINCIPALES ALTERNATIVES ?

Deux approches liées consistent à cibler l’inflation en fonction d’un niveau donné des prix ou d’une moyenne.

Dans les deux hypothèses, la Fed s’engagerait à laisser l’inflation dépasser l’objectif pour rattraper des périodes où elle lui était inférieure. Cela permettrait de remédier à la faille actuelle de la politique monétaire qui permet trop facilement de laisser l’inflation stagner sous l’objectif pendant de longues périodes.

Avec un ciblage au niveau des prix, la Fed choisirait un point de départ et déterminerait une trajectoire pour montrer où les prix seraient à une date future s’ils augmentaient de 2% par an. Si elle l’avait fait en 2012, la trajectoire serait si faible qu’il faudrait une inflation de 2,5% sur la prochaine décennie pour atteindre l’objectif.

La difficulté d’expliquer les tenants et les aboutissants de cette approche au public a incité plusieurs responsables de la Fed à privilégier un ciblage à partir d’une moyenne. John Williams, le président de la Fed de New York, estime ainsi que la Fed pourrait viser une inflation moyenne de 2% sur une période donnée, permettant aux prix de dépasser l’objectif en période de forte croissance et de compenser ainsi des périodes de faiblesse. Cela pourrait être plus aisé à expliquer.

QUELLE EST L’IDÉE LA PLUS ORIGINALE ?

Même les partisans d’un ciblage du produit intérieur brut nominal (NGDP) reconnaissent que cela pourrait être trop radical.

Au lieu de cibler les prix, la banque centrale pourrait viser un niveau de croissance. Par exemple, la Fed aurait pu cibler en 2012 une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 4% par an, inflation comprise. Le pari aurait été d’avoir une inflation de 2% et dans le même temps une croissance de 2% de la production de biens et de services.

L’avantage serait que les banquiers centraux n’auraient plus à s’inquiéter de déviances temporaires de l’inflation. L’inconvénient, évident, serait de risquer un scénario où la Fed se retrouverait à devoir tolérer une inflation caracolant à 4% avec une stagnation du PIB.

De ce fait, l’idée risque de sembler incongrue au Congrès, qui a donné pour mandat à la Fed d’assurer la stabilité des prix. Et même l’un de ses partisans déclarés, James Bullard, le président de la Fed de St. Louis, reconnaît qu’une telle expérimentation de la part de la première banque centrale du monde risquerait de “semer le chaos” sur les marchés financiers.

Pour l’anecdote, si la Fed avait adopté un objectif de PIB nominal de 4% en 2012, sa politique serait à peu près dans les clous aujourd’hui comme le montre le graphique ci-dessous.

LA RÉFLEXION DÉBOUCHERA-T-ELLE SUR DU CONCRET ?

Peut-être pas et certainement pas dans l’immédiat. Le président de la Fed, Jerome Powell, reconnaît que la barre est peut-être haute pour modifier en profondeur le cadre de la politique monétaire. Et il y a toujours le risque que des idées séduisantes en théorie se heurtent au mur de la réalité.

Par exemple, la promesse de la Fed de laisser l’inflation rattraper son retard n’aura de sens que si le public croit vraiment que les prix vont monter. Or depuis 10 ans les banques centrales du monde entier ont vu leurs objectifs d’inflation leur échapper.

En tout état de cause, une éventuelle révision de la stratégie décidée en 2012 ne devrait pas intervenir avant l’année prochaine, peut-être en janvier quand la Fed publiera son communiqué annuel sur ses objectifs de long terme.

Véronique Tison pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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