June 3, 2019 / 11:00 AM / 6 months ago

A WALL STREET-La faiblesse des valeurs du transport envoie un message de prudence

NEW YORK, 3 juin (Reuters) - Aux craintes liées au commerce s’ajoute une autre inquiétude pour les investisseurs de Wall Street : l’indice des secteurs aérien, ferroviaire et du transport routier, considéré comme un baromètre important de la santé de l’économie américaine, est à la peine.

Le Dow Jones Transportation Average a perdu 10% le mois dernier, un déclin bien plus prononcé que celui du Dow Jones (-6,69%) ou du S&P 500 (-6,58%). Pour les analystes qui suivent de près ce compartiment, cela pourrait être le signe d’un stress de marché plus profond.

Vendredi, l’indice américain du transport a subi de plein fouet l’annonce inattendue de droits de douane américains sur l’ensemble des importations provenant du Mexique.

L’opérateur ferroviaire Kansas City Southern, qui réalise une importante partie de son chiffre d’affaires au Mexique, a chuté de 4,54% et Union Pacific a reculé de 1,59%.

Le secteur du transport avait pourtant bien commencé l’année, à l’instar de l’ensemble de la cote américaine. Mais quand le S&P 500 a touché un plus haut historique en avril, le Dow Transport n’est pas parvenu à renouer avec son record de septembre dernier.

Avec le récent regain d’aversion au risque, il se situe désormais 16% en dessous de sa clôture historique du 14 septembre.

“Je pense que la performance des transports rend vraiment difficile pour le marché dans son ensemble de maintenir un net mouvement haussier”, indique Chuck Carlson, directeur général chez Horizon Investment Services.

La faiblesse des valeurs américaines du transport vient s’ajouter à d’autres inquiétudes de marché concernant l’impact des tensions commerciales sur la croissance mondiale ou encore la probabilité d’un rebond à venir des résultats des entreprises américaines cette année.

Les 20 valeurs composant le Dow Transport, parmi lesquelles Delta Airlines ou encore FedEx, font figure “d’indicateurs avancés de l’économie”, explique Matt Maley, stratège sur les actions chez Miller Tabak.

Par conséquent, leur mauvaise performance boursière est “un signe que la croissance de l’économie américaine a commencé à ralentir avant même que les négociations commerciales achoppent”, ajoute-t-il.

Au plus haut de l’année, le Dow Transport a clôturé à 11.098,99 points le 24 avril, 4% en dessous de son record historique. Il est retombé à moins de 10.000 points, un seuil technique que Matt Maley et d’autres stratèges observent de près.

Pour la troisième fois ces derniers mois, les valeurs du Dow Transport sont tombées à leur plus bas niveau depuis 2012 relativement au Dow Jones Industrial, selon des données Refinitiv.

Les transports et les valeurs industrielles sont souvent mis en relation par les investisseurs qui suivent la “Dow Theory”, qui consiste à comparer les deux indices pour déterminer la tendance du marché dans son ensemble.

Comme les transports, le Dow Jones Industrial n’a pas encore dépassé son plus haut de clôture d’octobre dernier. Et comme les transports, l’indice est repassé sous sa moyenne mobile à 200 jours, un seuil technique majeur pour les tendances de marché.

“Historiquement, la meilleure période pour les marchés est quand les industrielles et les transports sont au-dessus de leur tendance de long terme, mais à ce niveau, cela appelle probablement à une consolidation supplémentaire”, estime Will Geisdorf, stratège sur les ETF chez Ned Davis Research.

“Le marché va avoir du mal à monter sans le soutien des transports”, ajoute-t-il.

Pour Ben Hartford, analyste chez Baird, la faiblesse des valeurs du transport est liée principalement au ralentissement de la croissance économique.

En fin de cycle, “jusqu’à ce que la confiance s’instaure sur le fait que les taux ont touché des point bas et vont réaccélérer, les valeurs du transport et les actions cycliques en général” tendent à faire moins bien que le marché, explique-t-il.

Au sein du Dow Transport, les titres des compagnies aériennes, de transport routier ou de livraisons ont globalement sous-performé la hausse de près de 10% du S&P 500 en 2019.

A titre d’exemple, UPS recule de 3% depuis le début de l’année, United Continental a perdu 6% et J.B. Hunt Transport Services a chuté de 9%.

Seuls les titres du secteur ferroviaire tirent leur épingle du jeu, avec une hausse annuelle de 19% pour Union Pacific et de 30% pour Norfolk Southern.

Ces valeurs ont démontré leur capacité à rentabiliser leur activité via notamment des réductions de coûts et elles sont moins sensibles à la menace perçue d’une concurrence d’Amazon que le sont les valeurs de la livraison et du transport routier, indique Ben Hartford.

Mais même pour le segment ferroviaire, les indicateurs de volumes incitent à la prudence. L’indice Cass Freight, qui mesure l’activité du fret en Amérique du Nord, a montré une baisse de 3,2% des livraisons en avril, soit le cinquième mois d’affilée de repli des volumes.

Si les valeurs ferroviaires devaient aussi fléchir, cela enlèverait au Dow Transport son principal amortisseur à la baisse.

“Je serai attentif au fait de voir si les récentes données dans le ferroviaire, qui ont été décevantes, vont être suivies par un retournement des valeurs ferroviaires”, indique ainsi Matt Maley.

Blandine Hénault pour le service français, édité par Véronique Tison

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below