June 3, 2019 / 5:04 AM / in 4 months

RPT-POINT HEBDO-Un mois de mai de rupture pour les marchés, lestés par le commerce

(Répétition d’une dépêche transmise vendredi)

* Le regain de tensions commerciales a stoppé le rally boursier

* Recul mensuel d’environ 6% du S&P 500 et du Stoxx 600

* Plus bas record pour le rendement à dix ans allemand

* Craintes sur la croissance, Italie et Brexit pèsent aussi

* La BCE attendue jeudi sur fond de renouvellement du conseil

par Blandine Henault

PARIS, 3 juin (Reuters) - Le mois de mai n’a pas failli à sa réputation de période compliquée pour les marchés d’actions, se terminant comme il avait commencé, avec une nouvelle annonce choc de Donald Trump sur le commerce. Le regain de tensions commerciales entre les Etats-Unis et leurs partenaires commerciaux, Chine en tête, ont ainsi mis un coup d’arrêt au fort rally boursier du début d’année.

L’optimisme du début d’année sur un accord commercial entre Washington et Pékin s’est considérablement terni après le tweet rageur de Donald Trump annonçant le 5 mai une nouvelle salve de tarifs douaniers sur les produits chinois en réponse à une marche arrière de la Chine dans les négociations commerciales.

Les mesures de représailles de Pékin n’ont pas tardé et le ton s’est considérablement durci entre les deux premières puissances économiques du monde, la Chine allant jusqu’à évoquer jeudi un “terrorisme économique” de la part des Etats-Unis.

Comme si cela ne suffisait pas, Donald Trump a ouvert un nouveau front en annonçant jeudi soir que son administration imposerait à partir du 10 juin des droits de douane de 5% sur tous les produits importés du Mexique. Ces taxes, progressivement relevées, seraient en vigueur tant que les flux de migrants clandestins traversant le Mexique ne seraient pas stoppés.

Sur les marchés d’actions, l’impact a été net: le S&P 500 a accusé un recul mensuel de l’ordre de 6%, après avoir gagné 17,5% sur les quatre mois précédents.

En Europe, le Stoxx 600 s’est replié de 5,7% le mois dernier, sa première performance mensuelle négative de l’année et la pire depuis janvier 2016.

L’indice MSCI des marchés émergents a accusé pour sa part une baisse de plus de 8% sur le mois de mai.

“Les avancées des derniers mois dans les relations sino-américaines n’étaient finalement qu’une illusion. La nouvelle salve de protectionnisme américain est une mauvaise surprise pour les économistes et les marchés financiers”, observe Laurent Clavel, responsable de la recherche chez AXA Investment Managers.

Malgré les turpitudes, le mouvement de correction sur les marchés d’actions est loin d’avoir été catastrophique: le S&P 500 et le Stoxx 600 gagnent encore plus de 10% et 9% respectivement depuis le 1er janvier.

“La correction agressive du quatrième trimestre 2018 et le manque de participation au rally du début d’année ont probablement joué un rôle d’amortisseur pour les investisseurs sur les dernières semaines”, estiment les analystes de Barclays.

Les opérateurs de marché se raccrochent également à la perspective de la rencontre fin juin, lors du sommet du G20, entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping.

“L’affrontement entre les États-Unis et la Chine va beaucoup plus loin que le commerce et, bien que nous tablions toujours sur un accord conclu à l’été, il s’agira davantage d’une trêve prolongée plutôt que de paix permanente”, nuance Laurent Clavel.

CRAINTES SUR LA CROISSANCE, CHUTE DES RENDEMENTS

Quoi qu’il en soit, le regain d’inquiétudes sur le commerce a ravivé les craintes sur la croissance mondiale, l’impact des tensions commerciales étant visible dans les statistiques, notamment chinoises.

La contraction du secteur industriel chinois a été plus vive qu’anticipé en mai selon l’indice PMI officiel publié vendredi, et celui attendu lundi de la part de Caixin-Markit devrait confirmer la tendance.

Les investisseurs prendront aussi connaissance dans les prochains jours des PMI et ISM définitifs pour le mois de mai en Europe et aux Etats-Unis, où l’activité du secteur privé a été plus faible qu’attendu selon les premières estimations.

Le rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis, qui clôturera la semaine, pourrait rassurer sur la vigueur du marché du travail outre-Atlantique, un point positif pour la consommation, et confirmer l’absence de poussée inflationniste.

Des points importants pour la Réserve fédérale, qui se contente pour l’instant d’adopter un biais neutre sur sa politique monétaire alors que les marchés obligataires intègrent une probabilité de plus en plus forte de plusieurs baisses de taux d’ici 2020.

Les rendements des emprunts d’Etat ont plongé en mai, une baisse qui s’est accélérée ces derniers jours: le dix ans américain, retombé jusqu’à moins de 2,15%, est au plus bas depuis septembre 2017 et son équivalent allemand a touché vendredi un plus bas historique (-0,213%).

Outre les craintes sur le commerce et la croissance, les taux ont réagi au regain de tension entre Bruxelles et Rome sur la situation des finances publiques italiennes après les résultats des élections européennes qui ont renforcé la position du vice-président du conseil - et eurosceptique affirmé - Matteo Salvini.

Par ailleurs, le scrutin européen a divisé un peu plus la classe politique au Royaume-Uni avec la victoire du Parti du Brexit de Nigel Farage. Ce succès, et le départ annoncé de la Première ministre Theresa May, renforcent les incertitudes sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union, dont la date est programmée au plus tard au 31 octobre.

A cela s’ajoutent les spéculations autour des prochaines nominations à la tête des institutions européennes, et notamment de la Banque centrale européenne, le mandat de son président, Mario Draghi, s’achevant le 31 octobre.

BCE, DES SIGNAUX PLUTÔT QUE DU CONCRET ?

Dans ce contexte, la réunion de l’institution de Francfort jeudi s’annonce tendue. La BCE publiera ses prévisions macroéconomiques actualisées et une révision à la baisse est largement anticipée.

“La demande domestique reste soutenue par des marchés de l’emploi relativement solides mais l’escalade de la guerre commerciale provoque une forte incertitude et pénalise la croissance”, constatent les analystes de Deutsche Bank.

La BCE est aussi attendue sur les modalités des nouvelles opérations ciblées de refinancement des banques (TLTRO) et sur une éventuelle modulation de son taux de dépôt, actuellement négatif, qui viserait à en atténuer l’impact défavorable sur la rentabilité des établissements financiers.

“Notre principale conclusion est que la BCE devrait se focaliser sur ses positions accommodantes en s’assurant que les marchés croient en des options possibles pour rendre cette politique encore plus souple”, estiment les spécialistes de Deutsche Bank.

La réunion devrait toutefois fournir plus de signaux que d’actions concrètes, ajoutent-ils.

Pour Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires chez AllianzGI, la réunion de la BCE jeudi devrait n’avoir qu’un impact faible sur les marchés, “le discours devant valider l’ancrage des taux bas sur le long terme”.

“Or, les investisseurs sont aujourd’hui beaucoup plus sensibles aux développements concernant les sujets brûlants que restent le Brexit, l’Italie et les tensions commerciales.”

Trois problématiques sur lesquelles il est bien difficile pour les investisseurs de faire des prévisions. De quoi nourrir encore la prudence sur le mois de juin.

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Édité par Marc Angrand

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