May 27, 2019 / 4:03 PM / a month ago

EUROPEENNES-Les partis nationalistes face au défi de l'unité

BRUXELLES, 27 mai (Reuters) - Malgré leurs gains électoraux, les partis nationalistes vont devoir s’entendre autour d’objectifs communs et réaliser leur unité au Parlement européen s’ils veulent peser sur le cours de la politique communautaire.

Grâce au score sans appel de son parti dimanche en Italie, grand vainqueur avec plus de 34% des voix, le chef de la Ligue d’extrême droite Matteo Salvini s’impose en chef de file du camp europhobe qu’il veut rassembler sous la même bannière, alors qu’il se fragmente actuellement en trois blocs.

Lundi, le vice-président du Conseil italien a dit vouloir réunir dans un même groupe 150 eurodéputés, projet dont il a discuté avec Marine Le Pen du Rassemblement national, Nigel Farage du Parti du Brexit britannique et le Premier ministre hongrois Viktor Orban.

Selon les résultats encore provisoires compilés par Bruxelles, les partis qui siégeaient au sein des groupes eurosceptiques dans le Parlement sortant auront plus de 170 élus dans la future assemblée, soit 23% des 751 membres du Parlement et une hausse de 20% du nombre d’élus par rapport à 2014.

Réaliser l’unité entre ces formations, qui divergent sur de nombreux gros dossiers comme le droit d’asile ou les relations avec la Russie, s’annonce cependant comme une tâche délicate.

Au moins un des groupes eurosceptiques au Parlement paraît voué à disparaître en raison des faibles résultats enregistrés lors du scrutin européen par les partis qu’il représente.

Il s’agit du bloc Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD), emmené par l’Ukip (Parti de l’indépendance du Royaume-Uni) et le Mouvement 5 Etoiles italien. L’Ukip n’est plus qu’une formation mineure au Royaume-Uni où son fondateur, Nigel Farage, a pris la tête du nouveau Parti du Brexit, lequel a remporté largement les européennes jeudi dernier. Le M5S n’est arrivé qu’en troisième position en Italie, derrière la Ligue et le Parti démocrate de centre gauche.

ELDD risque de ne pas atteindre le seuil de sept partis nécessaire pour former un groupe au parlement.

S’ALLIER AVEC LES CONSERVATEURS ?

Autre bonne nouvelle pour Salvini, le parti polonais ultraconservateur Droit et Justice (PiS), qui siège actuellement au sein du groupe modérément eurosceptique des Conservateurs et Réformistes européens, s’est dit prêt à discuter d’une alliance avec la Ligue. Le PiS a remporté 23 sièges dimanche.

Dans une assemblée qui restera dominée par les forces centristes et libérales, les eurodéputés anti-UE chercheront aussi à s’allier aux conservateurs sur certains dossiers.

“Il se peut que certains secteurs du PPE (Parti populaire européen, conservateur) penchent davantage vers la droite sous l’influence d’une plus forte présence de l’extrême droite”, estime Kenneth Haar, chercheur à Corporate Europe Observatory.

Il cite notamment les sujets liés aux droits de l’homme et à la démocratie.

Viktor Orban, dont le parti Fidesz a gagné 13 sièges d’eurodéputé, va probablement quitter le PPE, dont il est déjà suspendu pour des violations de l’Etat de droit en Hongrie.

“S’il décide de s’unir avec Salvini et son groupe, cela enverra un signal fort à l’establishment pro-UE”, juge Mujtaba Rahman, du cabinet Eurasia Group.

L’ancien président du Conseil italien Silvio Berlusconi, dont le parti Forza Italia a décroché huit sièges, appelle depuis longtemps le PPE à pencher davantage à droite.

Le parti d’extrême droite espagnol Vox, qui a obtenu ses premiers sièges d’eurodéputé dimanche, pourrait aussi rejoindre le groupe Salvini sur un certain nombre de points.

PROFONDES DIVERGENCES

Mais les divisions profondes entre certaines formations pourraient perturber ce scénario.

Les nationalistes d’Europe orientale s’opposent à l’idée d’une répartition des demandeurs d’asile entre Etats membres défendue par l’Italie.

Le PiS se méfie des bonnes relations entretenues par Salvini et Le Pen avec la Russie.

Et les points de vue diffèrent largement sur la politique économique. Les appels de Salvini à une plus grande flexibilité budgétaire de l’UE sont accueillis froidement par ses alliés du Parti de la liberté autrichien (FPÖ).

La poussée europhobe est aussi en partie due à la présence du Parti du Brexit de Nigel Farage, qui sera le parti le plus largement représenté dans le nouveau Parlement avec 29 élus.

Mais cette présence ne pourrait être que très provisoire, le Brexit étant fixé au 31 octobre au plus tard, date à laquelle les eurodéputés britanniques devront donc quitter l’assemblée.

Les nationalistes pourraient toutefois aussi former des attelages improbables avec la gauche ou les écologistes, avance Guntram Wolff, directeur de l’institut Bruegel à Bruxelles, sur quelques dossiers spécifiques comme la politique commerciale. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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