April 8, 2019 / 8:03 AM / 8 months ago

GRAPHES-Cinq questions pour la BCE avant la réunion de mercredi

LONDRES, 8 avril (Reuters) - A peine plus d’un mois après l’annonce d’un coup de frein à la normalisation de sa politique monétaire et du report à 2020 au plus tôt de sa première hausse de taux, la Banque centrale européenne (BCE) ne devrait pas faire d’annonce fracassante à l’issue de sa réunion de mercredi.

Mais les multiples signes de ralentissement de l’économie dans la zone euro, les spéculations sur une modulation du taux de dépôt négatif afin de soulager les banques et le récent basculement en territoire négatif du rendement des emprunts d’Etat allemands à dix ans pour la première fois depuis 2016 augurent d’une conférence de presse animée pour le président de l’institution, Mario Draghi.

Voici cinq questions auxquelles il est susceptible de devoir apporter des éléments de réponse:

1. Où en est la BCE de la compensation des effets secondaires indésirables des taux négatifs ?

Le débat sur la modulation du taux de dépôt négatif de la BCE est ouvert au vu des récentes déclarations de dirigeants de l’institution et du compte rendu de la réunion de mars.

“Ce n’est pas forcément la mesure la plus urgente à prendre mais la BCE devra s’y attaquer à un moment donné”, estime James Rossiter, stratège senior de TD Securities. “Nous n’attendons aucune annonce officielle dans le communiqué de la BCE mais Draghi aura du mal à éviter les questions sur le sujet.”

Le gouverneur de la banque centrale néerlandaise, Klaas Knot, a déclaré qu’il avait besoin d’éléments de preuve de l’impact des taux négatifs sur le crédit bancaire. De son côté, le vice-président de la BCE, Luis de Guindos, a estimé la semaine dernière qu’il appartenait aux banques elles-mêmes d’étudier les causes de leur faible rentabilité.

Le débat est important car si la BCE met en place un système de modulation du taux de dépôt, elle laissera implicitement entendre que ce taux restera négatif longtemps encore, en tout cas plus longtemps qu’anticipé initialement.

Cette perspective explique pourquoi les anticipations des marchés en matière de hausse des taux ont diminué et commencent même à prendre en compte l’éventualité d’une baisse de taux cette année.

2. Les modalités des “TLTRO III” se précisent-elles ?

En mars, la BCE a annoncé que les prochaines “opérations de refinancement à plus long terme ciblées” auraient une maturité de deux ans et seraient lancées sur un rythme trimestriel, de septembre à mars 2021. Le compte rendu de la réunion de mars publié jeudi a montré que les débats sur le sujet se poursuivaient.

Parmi les principales questions que se posent les investisseurs figurent le taux d’intérêt que les banques devront payer sur les liquidités empruntées et la destination de celles-ci. Les analystes de Barclays s’attendent par exemple à un taux inférieur à celui des opérations principales de refinancement (MRO), actuellement à zéro.

Les cours des valeurs bancaires et des emprunts d’Etat de la zone euro sont sensibles à toute information sur les TLTRO. Les rendements des emprunts d’Etat à court terme de plusieurs pays de la zone euro ont baissé ces dernières semaines, ce qui suggère que les investisseurs s’attendent à ce que les banques de ces pays, notamment les italiennes, souscrivent aux TLTRO.

3. La BCE perçoit-elle des signes d’embellie économique ?

La BCE ne devrait pas modifier son évaluation de la conjoncture en répétant que les risques restent orientés à la baisse mais ses responsables surveillent leur évolution, notamment en matière de croissance et d’inflation.

Les chiffres inférieurs aux attentes de l’activité du secteur industriel, notamment en Allemagne, et l’inversion pendant quelques jours de la courbe des rendements obligataires américains ont alimenté les craintes de récession.

Les grands instituts de conjoncture allemands ont abaissé la semaine dernière leur prévision de croissance 2019 à 0,8% et averti que la situation pourrait encore empirer en cas de Brexit sans accord négocié.

Tous les indicateurs ne sont pour autant pas dans le rouge: plusieurs indicateurs chinois se sont améliorés en mars et le secteur européen des services continue de croître.

4. A quel point la BCE est-elle préoccupée par la faiblesse de l’inflation ?

Même après l’annonce le mois dernier d’un report du resserrement de la politique monétaire, l’inflation et les anticipations d’inflation restent faibles, démentant les pronostics de la BCE et de Mario Draghi sur une remontée progressive des prix vers l’objectif de l’institution, à savoir une hausse d’un peu moins de 2% en rythme annuel.

Une mesure très suivie de l’inflation sous-jacente qui exclut à la fois les prix des produits alimentaires et ceux de l’énergie est tombée à 1,0% en mars, son plus bas niveau depuis avril 2018.

Des économistes expliquent que le calendrier de Pâques (en avril cette année contre mars en 2018) influence l’évolution des prix, ce qui devrait se traduire par des statistiques plus encourageantes en avril.

“Ça ne se voit ou ça ne sent peut-être pas mais l’inflation est davantage retardée que compromise”, résume Marchel Alexandrovich, économiste senior Europe de Jefferies.

La BCE espère sans doute que ce jugement est le bon, d’autant que les anticipations d’inflation ont chuté ces dernières semaines: un baromètre des anticipations d’évolution des prix très suivi par la banque centrale est tombé à son plus bas niveau depuis 2016 et accuse désormais un repli de 20 points de base depuis le début de l’année, supérieur à celui enregistré sur l’ensemble de l’an dernier.

5. La BCE s’est-elle préparée à un Brexit sans accord ?

Mario Draghi a récemment déclaré aux dirigeants de l’Union européenne que la BCE, la Banque d’Angleterre et la Commission européenne avaient achevé tous les préparatifs nécessaires à un “no deal”, une sortie de Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord négocié.

Mais le président de la BCE et d’autres dirigeants de l’institution ont aussi souligné que les marchés n’avaient pas encore totalement intégré les risques liés à une telle issue, un avertissement que Mario Draghi pourrait répéter mercredi.

La semaine dernière, le commissaire européen en charge des services financiers a aussi estimé qu’un Brexit sans accord pourrait affecter la liquidité.

(Version interactive here de cette infographie)

Marc Angrand pour le service français, édité par Blandine Hénault

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