April 5, 2019 / 1:20 PM / 5 months ago

POINT MACRO-Pour les économistes, une reprise reste possible au S2

* Une embellie économique soumise à un accord commercial Chine-USA

* Le récent rebond des PMI chinois jugé très encourageant

* Reprise possible en Europe une fois la menace commerciale levée

* Atterrissage en douceur attendu aux Etats-Unis

par Wilfrid Exbrayat

PARIS, 5 avril (Reuters) - Malgré les multiples incertitudes qui plombent l’horizon économique, une amélioration de la conjoncture mondiale reste envisageable au second semestre, estiment les économistes, pour autant que l’hypothèque commerciale soit levée.

Dans ses perspectives économiques mondiales publiées en janvier, qui seront réactualisées mardi, le Fonds monétaire international (FMI) recommandait avant toute chose de résoudre les différends commerciaux pour relancer une expansion qui “s’essouffle”.

Conseil légitime au vu d’une croissance du commerce international de 3% seulement en 2018, après 4,6% en 2017, a annoncé l’Organisation mondiale du commerce (OMC) début avril.

“Nous escomptons cette année une croissance encore plus modeste, de 2,6% seulement”, notait son directeur général, Roberto Azevedo, jugeant possible une modeste amélioration en 2020 s’il y avait “un apaisement des tensions commerciales”.

Le président Donald Trump a déclaré jeudi que Washington et Pékin étaient très proches d’un accord commercial, qui pourrait être scellé dans un délai de quatre semaines.

“Nous prenons acte d’un semblant de détente entre les deux pays; ça nous rend un peu plus confiants dans la capacité de l’économie mondiale à réaccélérer dans le courant de l’année”, a déclaré à Reuters Emile Gagna, économiste de Candriam.

“Nous tablons toujours sur une amélioration de la situation économique mondiale au second semestre, possiblement dans le courant du deuxième trimestre”.

REPRISE MANUFACTURIÈRE INATTENDUE

La Chine n’a dégagé “que” 6,6% de croissance en 2018, la plus faible depuis 1990, le conflit commercial avec les Etats-Unis intensifiant un tassement déjà à l’oeuvre et résultant entre autres choses d’une politique soucieuse de réprimer les pratiques financières les plus risquées.

Cette croissance n’a certes plus rien à voir avec les flambées des premières années du bond économique chinois mais les Etats-Unis n’ont réalisé que 2,9% de hausse du produit intérieure brut (PIB) l’an passé, et la zone euro 1,8%.

Pékin, qui vise 6,0% à 6,5% de croissance cette année, a pris la mesure de la situation en annonçant début mars des mesures de relance reposant sur des réductions d’impôts et une politique de grands travaux.

“Ce qui se passe en Chine est primordial pour l’économie mondiale en général et européenne en particulier; les autorités chinoises ont les moyens d’empêcher leur économie de trop ralentir”, a observé Emile Gagna. “Les mesures qu’elles prennent sont en train de porter leurs fruits, en témoigne le redressement du PMI manufacturier et le maintien à un niveau élevé de l’indice PMI des services”.

De fait, l’industrie chinoise a connu en mars une reprise d’ampleur modeste mais inattendue avec un indice PMI au plus haut depuis juillet 2018, alors qu’il avait touché le mois précédent un plus bas de trois ans, tandis que les services ont réalisé ce même mois leur meilleure performance depuis janvier 2018.

Pour Christophe Barraud, économiste de Market Securities, l’indice PMI manufacturier chinois laisse présager “un rebond qui sera sans doute confirmé au second semestre”.

Mais, ajoute-t-il, “l’indicateur ne confirme pas une reprise de la demande extérieure mais plutôt les effets de la dépense publique. Il faudra donc voir s’il y a un redémarrage de la consommation privée en Chine et surveiller de ce point de vue les statistiques de l’automobile”.

PAS DE RÉCESSION EN VUE

Si le mot de récession est souvent prononcé sur les marchés financiers, il n’a pas toutefois de valeur prédicative pour les acteurs économiques.

“Une dégradation qui tournerait à la récession reste un risque limité à notre avis”, note ainsi Barclays. “Même si la dégradation se poursuit cette année, nous pensons que le point bas sera inscrit au premier trimestre”, poursuit la banque, qui conçoit cependant que “le rebond du deuxième trimestre pourrait s’atténuer en partie au second semestre avec une économie américaine ralentissant plus vers son potentiel tendanciel”.

La récession n’est pas non plus à l’ordre du jour pour le FMI. “Au contraire, nous prévoyons une légère accélération de la croissance au deuxième semestre 2019 et en 2020”, a déclaré la directrice générale Christine Lagarde au début du mois, mettant en avant non seulement les initiatives chinoises mais aussi le fait que les banques centrales “normalisent à présent leur politique monétaire à un rythme plus apaisé”.

La Banque centrale européenne (BCE) devrait patienter jusqu’au troisième trimestre 2020 avant toute hausse de ses taux d’intérêt, selon une enquête Reuters publiée ce vendredi, tandis que la Réserve fédérale paraît avoir renoncé à relever à nouveau son taux d’intervention cette année.

Les économistes sondés par Reuters en mars ne voient pas de hausse des taux américains avant la fin 2020 au moins et, plus encore, évaluent à 40% la probabilité d’une baisse des taux d’ici là.

“Les banques centrales ne veulent pas prendre le risque d’une croissance flirtant avec zéro c’est pourquoi elles se situent un peu en amont du cycle”, dit Christophe Barraud. “Elles préfèrent devancer l’événément, quitte à en faire trop plutôt qu’avoir à réagir ensuite”.

C’est particulièrement vrai pour la BCE, confrontée à une économie de la zone euro qui, plus ouverte que les Etats-Unis à l’investissement étranger, ressent encore plus fortement les effets de la querelle commerciale sino-américaine, doit composer avec les incertitudes entourant le Brexit et court elle-même le risque de se voir imposer de nouveaux droits de douane par Washington, spécifiquement sur le secteur automobile.

“SCÉNARIO PLUS CONSTRUCTIF”

A l’inverse de la Chine, l’indice PMI manufacturier de la zone euro est tombé en mars au plus bas depuis avril 2013 et les services peinent à compenser. L’indice composite se rapproche de plus en plus de la barre des 50, qui délimite croissance et contraction de l’activité.

“Dans le secteur manufacturier, l’Europe risque de ne pas remonter au-dessus de 50 avant juin”, note Christophe Barraud.

La menace de droits de douane américains sur l’automobile européenne “reste un risque susceptible de remettre en cause un scénario plus constructif”, convient Emile Gagna, “mais ce n’est pas notre hypothèse de base”.

“A mesure que l’incertitude sera levée sur les droits de douane, la zone euro pourra espérer retrouver un rythme de croissance tendanciel proche de 1,5%”, ajoute Emile Gagna.

Par comparaison, les Etats-Unis connaîtraient un “atterrissage en douceur” avec une économie évoluant progressivement “vers son potentiel - 2% de croissance ou un peu moins - ce qui est une évolution normale en l’absence de nouvelles mesures de soutien budgétaire”, poursuit-il.

* Prévisions économiques:

- Fonds monétaire international (FMI):

- Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE):

- Commission européenne (pour la seule zone euro):

* Voir aussi:

ANALYSE-La Fed a apporté une bouffée d’air au marché immobilier US

ANALYSE-L’économie allemande face au Brexit et aux taxes US

édité par Blandine Hénault

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