April 4, 2019 / 1:19 PM / 2 months ago

LEAD 1-La BCE a débattu en mars des risques de taux bas prolongés

(Actualisé avec précisions, contexte et commentaire)

FRANCFORT, 4 avril (Reuters) - Les dirigeants de la Banque centrale européenne (BCE) ont débattu des risques que fait courir aux banques le maintien de taux historiquement bas lors de leur réunion de politique monétaire de mars, montre le compte rendu publié jeudi, qui devrait alimenter le débat sur la nécessité de nouvelles mesures de soutien au crédit.

Disant craindre un ralentissement durable de la croissance économique et de l’inflation dans la zone euro, la BCE a repoussé en mars à 2020 la date probable de sa première hausse de taux et annoncé son intention de lancer de nouvelles opérations de refinancement à plus long terme pour assurer des financements à bon marché aux banques.

Ces décisions impliquent que son taux de dépôt restera négatif pendant longtemps encore et donc que les banques devront payer des centaines de millions d’euros supplémentaires à la banque centrale sur leurs réserves excédentaires, une situation qui fait craindre un problème de transmission de la politique monétaire à l’économie réelle.

“Des préoccupations ont été exprimées sur le fait qu’au fil du temps, les effets de taux bas prolongés pourraient peser sur les marges d’intérêt et la rentabilité des banques, avec des effets négatifs sur l’intermédiation bancaire et la stabilité financière à plus long terme”, explique le document.

Les membres du Conseil des gouverneurs ont aussi constaté que la remontée de l’inflation vers son objectif prendrait plus de temps que prévu.

Alors que la BCE n’a pas encore arrêté les modalités du nouveau mécanisme de soutien aux banques, son président, Mario Draghi, a déjà évoqué la possibilité d’une prolongation supplémentaire du statu quo sur les taux et ouvert le débat sur la nécessité ou pas d’atténuer l’impact indirect du taux de dépôt négatif sur le secteur bancaire.

Des sources proches des débats ont déclaré que les services de la BCE étudiaient la possibilité d’un taux de dépôt modulé pour réduire le coût des réserves excédentaires.

Le Conseil des gouverneurs se réunira de nouveau mercredi prochain, 10 avril, mais il est peu probable qu’il annonce déjà ses décisions sur le sujet.

“UN AJUSTEMENT PLUS LENT DE L’INFLATION” ÉVOQUÉ

Le passage à un taux de dépôt modulé par paliers reviendrait à laisser entendre que les taux d’intérêt peuvent rester bas encore plus longtemps que prévu.

Le compte rendu publié jeudi montre que certains membres du Conseil s’attendaient déjà en mars à ce que la normalisation de la politique monétaire prenne plus de temps que prévu et à ce que les prévisions de croissance se révèlent “optimistes” même après plusieurs révisions à la baisse.

“La faiblesse de la croissance a été considérée comme plus durable que prévu auparavant”, précise le compte rendu, ajoutant que “les prévisions impliquent un ajustement plus lent de l’inflation à l’objectif de stabilité des prix de la BCE”, à savoir un taux d’un peu moins de 2% en rythme annuel.

Les arguments de certains membres du Conseil en faveur d’un report du calendrier de la première hausse de taux au-delà du premier trimestre 2020 ont toutefois été rejetés, d’autres ayant mis en garde contre le risque d’engager l’institution pour une durée trop longue.

“La BCE pense toujours qu’il s’agit d’un ‘passage à vide’ et que la capacité de résistance de l’économie intérieure empêchera une glissade vers la récession, donc elle n’a pas envisagé des mesures d’assouplissement plus radicales”, constate Paul Diggle, économiste senior d’Aberdeen Standard Investments.

“Une fois encore, il semble que la BCE ait trop rapidement resserré sa politique monétaire et qu’elle soit trop lente pour l’assouplir.”

L’enjeu plus large pour la BCE est d’adapter sa stratégie au ralentissement marqué de la croissance observé ces derniers mois, qui menace de remettre en cause les effets positifs d’années de politique monétaire ultra-accommodante, marquées entre autres par les quelque 2.600 milliards d’euros d’achats de titres sur les marchés dans le cadre des mesures d’assouplissement quantitatif (“quantitative easing”, QE).

Mais en prolongeant ses soutiens, la BCE pourrait s’exposer au risque de se priver de marge de manoeuvre et devoir recourir à des mesures inédites, donc aux effets difficiles à évaluer par avance.

Des membres du Conseil ont estimé lors de la réunion du 7 mars que la croissance pourrait ne pas retrouver avant longtemps son rythme potentiel et que l’incertitude actuelle pourrait persister plus que prévu.

Balazs Koranyi; Marc Angrand pour le service français, édité par Juliette Rouillon et Blandine Hénault

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