April 3, 2019 / 9:07 AM / 4 months ago

AVANT-PAPIER-Réunion du G7 Affaires étrangères sur fond d'inconnues américaines

* Le fiasco de la Malbaie dans toutes les têtes

* Paris espère des avancées sur trois volets

* Le “G7 du désenchantement”, pour Dominique Moïsi

par Marine Pennetier et John Irish

PARIS, 3 avril (Reuters) - Dix mois après la volte-face américaine au G7 au Canada, les ministres des Affaires étrangères des sept pays les plus industrialisés de la planète se retrouvent vendredi et samedi en Bretagne pour tenter de sécuriser une série d’accords avant le sommet de Biarritz en août - sans trop d’illusions.

Donnant un avant-goût du parcours semé d’embûches qui attend les équipes diplomatiques, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a décidé de ne pas se rendre à cette réunion, laissant le soin à ses numéros deux et trois de représenter les Etats-Unis.

“C’est le G7 du désenchantement”, souligne le géopolitologue et conseiller spécial de l’Institut Montaigne Dominique Moïsi. “Sur des thèmes techniques, on peut trouver une forme d’accord mais sur les grands sujets qui fâchent ça va être très difficile”.

“Est-ce qu’on a une position commune face à la Russie, la Chine, au Moyen-Orient? Non, on peut même faire un catalogue négatif. C’est du ‘damage limitation’” avant le sommet des chefs d’Etat prévu du 24 au 26 août à Biarritz, ajoute-t-il.

Dans ce contexte, la réunion de cette semaine dans la station balnéaire de Dinard (Ille-et-Vilaine) pourrait être même “plus importante que le sommet d’août” dans le sens où “on va vraiment discuter, on va chercher des compromis et ça sera important de voir si on arrive à limiter les dégâts ou pas”.

A deux jours de la réunion, qui réunira les représentants des Etats-Unis, de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de l’Italie, du Japon et du Canada, la volte-face américaine du sommet de juin 2018 à la Malbaie est encore dans les esprits.

Quelques heures après l’annonce d’un communiqué commun, le président américain Donald Trump avait publié un tweet dans lequel il rejetait les termes de la déclaration finale obtenue après de longues tractations à la Malbaie.

Cette volte-face avait été accueillie froidement par les autres membres du G7, dont la France qui avait dénoncé une forme d’”inconsistance” et appelé à être “sérieux”.

PRUDENCE

Dix mois plus tard, l’heure est donc à la prudence. La France, qui a succédé au Canada à la présidence tournante du club des pays les plus industrialisés, a revu ses ambitions à la baisse et mise sur des avancées sur trois domaines où un consensus devrait être trouvé sans trop de difficultés.

“L’idée c’est d’éviter de perdre une énergie sur des textes qui n’apportent pas grand-chose alors que ce qu’Emmanuel Macron souhaite c’est que notre présidence permette d’avancer des choses sur des sujets précis”, souligne-t-on à Paris.

Une initiative devrait notamment être adoptée vendredi sur la question de la “cybersécurité et la défense des démocraties contre les ingérences étrangères.”

Fil rouge du G7 de cette année, la question de la lutte contre les inégalités fera l’objet d’un dîner restreint vendredi et aboutir sur une initiative “assez spécifique concentrée sur les violences sexuelles”. L’adoption d’une initiative sur la lutte contre les trafics dans la bande sahélo-saharienne ne devrait également pas poser problème.

La matinée de samedi, consacrée aux crises (Moyen-Orient, Iran, Libye, Syrie, Russie, Venezuela...), s’annonce elle plus délicate et houleuse au vu des initiatives unilatérales prises par Donald Trump depuis son arrivée à la Maison blanche.

“Il y a des sujets délicats, qui touchent à Israël et la Palestine, ça on est habitué, ça va être assez difficile”, souligne-t-on à Paris. “Il y a le Venezuela sur lequel il y a des petites nuances mais je pense que c’est surmontable puisque l’objectif commun des pays du G7 c’est bien d’aller vers une transition démocratique”.

“L’un des sujets les plus compliqués en ce moment c’est le sujet des migrations sur lequel les Européens, mais également les Canadiens, ont une vision unie qui consiste à dire que c’est un défi mais parfois une opportunité” tandis que “les Etats-Unis ont une vision extrêmement répressive et réductrice du sujet qui fait qu’il est sans doute assez difficile de discuter avec eux.”

“IMMENSE BARNUM”

Au delà des Etats-Unis, le consensus entre les six autres membres du G7 face à Washington n’est pas gagné pour autant.

“C’est très difficile car les Japonais sont très prudents et considèrent que l’Amérique est leur garantie absolue, donc il ne sont pas d’accord avec le style et la politique de Trump mais ils ne le disent pas tout haut”, relève Dominique Moïsi.

“La France et l’Allemagne sont plutôt sur la même longueur d’ondes mais ont des différences par ailleurs et la Grande-Bretagne est dominée par ses questions internes” et le Brexit, ajoute-t-il. “Donc on va constater le désordre de la politique internationale.”

Pour tenter d’éviter un nouveau fiasco en août à Biarritz, la présidence française a opté pour une nouvelle méthode.

“Chacune des réunions des ministres est censée permettre de se mettre d’accord sur des initiatives pratiques, tout ne remonte pas pour arbitrage au sommet d’août”, indique une source diplomatique française. Biarritz “sera l’occasion de récolter et faire l’inventaire des points sur lesquels on s’est mis d’accord lors des réunions précédentes.”.

“On veut éviter que le sommet soit un immense barnum visant à faire des arbitrages sur des sujets techniques et qu’on aille dans le mur”, ajoute-t-elle. (Edité par Yves Clarisse)

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