April 1, 2019 / 11:03 AM / 5 months ago

Mort du choléra, un médecin yéménite se savait confronté à un "désastre"

SANAA, 1er avril (Reuters) - Le médecin yéménite Mohamed Abdoul-Moughni qualifiait de “désastreuse” l’épidémie de choléra contre laquelle il luttait sans moyens ni personnel médical, dans un pays ravagé par des années de guerre.

La maladie l’a tué il y a deux semaines.

Depuis 2015, le Yémen fait face à sa troisième épidémie de choléra, une infection bactérienne intestinale qui provoque de graves diarrhées et la mort par déshydratation.

Selon les Nations unies, la maladie se répand comme un “feu de broussailles”. Depuis le début de l’année, l’Onu a recensé 110.000 cas suspects et 200 décès.

Abdoul-Moughni travaillait à Sanaa, la capitale, dans un centre de traitement temporaire de la maladie où 120 à 150 patients sévèrement atteints arrivent chaque jour.

“Nous prenons en charge des patients 24 heures sur 24. Le choléra se répand très vite aujourd’hui”, déclare Ismail Mansoury, collègue du médecin décédé. “Ces deux dernières semaines, nous avons dénombré environ 1.100 cas confirmés.”

Installé à côté de l’hôpital Sabaïn, le centre de traitement comprend des tentes et des toilettes. La plupart des malades qui arrivent sont en état de choc ou souffrent d’insuffisance rénale. Leurs veines sont tellement desséchées par la déshydratation qu’il est difficile d’y insérer une aiguille pour leur administrer des fluides vitaux.

La belle-mère de Mona Ali, âgée de 70 ans, a fait 25 km en minibus pour rejoindre le centre de traitement, après trois jours de vomissements et diarrhées incontrôlables.

EAU CONTAMINÉE

Mona Ali a elle aussi été malade du choléra il y a deux mois. Elle s’est guérie à domicile, explique que sa famille est extrêmement pauvre et a dû emprunter de l’argent pour payer le trajet du minibus.

“Nous avons survécu en mangeant du yaourt. S’il y avait de la nourriture, on serait plus forts”, dit-elle.

L’approvisionnement en eau est également un problème crucial dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabe. Dans de nombreuses régions, l’eau doit être pompée pour être ramenée à la surface et les pénuries de carburant ont fait grimper le prix de l’eau potable.

Mona Ali explique que son village n’a pas les moyens de payer le diesel nécessaire pour puiser dans la nappe phréatique.

“On finit par prendre l’eau dans les puits même s’il n’y a pas une goutte et que l’eau est contaminée”, ajoute-t-elle.

Après des décennies d’instabilité, la guerre au Yémen a débuté à la fin 2014, quand les rebelles chiites houthis se sont emparés de Sanaa, la capitale, en chassant le gouvernement du président Abd-Rabbo Mansour Hadi.

L’Arabie saoudite et ses alliés du Golfe interviennent depuis mars 2015 contre la rébellion.

Le pays est privé de routes pour transporter carburant et nourriture. La chute des importations fait monter les prix, les fonctionnaires ne sont plus payés.

L’Onu et les agences humanitaires multiplient les efforts pour remédier à la situation mais les conditions de travail et d’accès au pays restent très difficiles.

“Nous travaillons aux limites de nos forces”, disait Mohamed Abdoul-Moughni à Reuters quelques semaines avant sa mort. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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