March 29, 2019 / 12:20 PM / 4 months ago

POINT HEBDO-Les marchés gardent un oeil craintif sur des taux menaçants

* La peur d’une récession rend les marchés nerveux

* Les rendements obligataires sous étroite surveillance

* Les banques centrales lancent des signaux accommodants

* L’espoir sur le commerce soutient les actions

* Attention, les PMI reviennent

* L’emploi américain également à l’agenda

par Patrick Vignal

PARIS, 29 mars (Reuters) - Les marchés ont longtemps craint une envolée des rendements obligataires mais c’est leur plongeon qui les inquiète désormais, avec cette question : la récession est-elle imminente ?

L’inversion d’une courbe des taux très suivie aux Etats-Unis, les rendements des emprunts à trois mois passant au-dessus de ceux à 10 ans, a fait revenir les peurs qui avaient fait chuter toutes les classes d’actifs à la fin de l’année dernière.

La décision de la Réserve fédérale de ne pas relever ses taux cette année a conforté les investisseurs dans leur impression que les perspectives macroéconomiques étaient sombres.

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, n’a rien fait pour assainir le climat lorsqu’il a déclaré mercredi que l’institution de Francfort était disposée à repousser encore un premier relèvement de ses taux d’intérêt si nécessaire et pourrait envisager des mesures permettant d’atténuer les effets secondaires indésirables des taux négatifs sur les coûts des banques.

Avec la croissance qui ralentit un peu partout, les anticipations d’inflation qui refusent toujours de décoller et en prime des inquiétudes autour du secteur bancaire, les obligations souveraines paraissent attrayantes aux investisseurs.

Le rendement des Treasuries à 10 ans a ainsi touché jeudi un creux de 15 mois à 2,34%. La veille, celui du Bund à 10 ans, taux de référence de la zone euro, désormais en territoire négatif, avait frôlé -0,1%, au plus bas depuis octobre 2016.

Aux Etats-Unis, la courbe 10 ans-3 mois, qui signale historiquement l’arrivée plus ou moins rapide d’une récession, s’obstine à rester inversée et les analystes se grattent la tête pour évaluer la signification du phénomène.

UNE RÉCESSION, MAIS QUAND ?

“L’inversion de la courbe des taux annonce une récession aux Etats-Unis. Mais pour quand ?”, s’interroge Albert Edwards, coresponsable de la stratégie globale chez Société générale.

“L’histoire suggère que l’on pourrait attendre jusqu’à l’automne 2020 mais la courbe à peine inversée pourrait sous-estimer l’imminence du danger”.

Le stratège voit se profiler ce qu’il appelle un âge de glace, avec des pressions à la baisse sur les actions comme sur les rendements obligataires et une inflation qui se rapprocherait à terme de zéro. Il évoque même l’hypothèse ultime d’un rendement du 10 ans américain proche de -1%.

“Le récent rally explosif sur les marchés obligataires et l’inversion de la courbe des taux américaine signalent que la prochaine phase de l’âge de glace pourrait arriver”, dit-il. “Préparez-vous à de gros mouvements sur les marchés”. De gros mouvements, il pourrait y en avoir si jamais les résultats des enquêtes auprès des directeurs d’achat (PMI), attendus pour lundi et mercredi, signalaient la poursuite du ralentissement de l’activité en Chine, aux Etats-Unis et dans les économies de la zone euro.

Dans leur version préliminaire, le 22 mars, ces indices étaient ressortis inférieurs aux attentes aux Etats-Unis comme en Europe, avec des conséquences spectaculaires sur les marchés obligataires.

Dans la foulée, l’écart de rendement entre les emprunts d’Etat américains à trois mois et ceux à dix ans s’était inversé pour la première fois depuis 2007 et le taux du Bund allemand à 10 ans était passé en territoire négatif.

CERTAINS NE PANIQUENT PAS

Après avoir longtemps eu peur d’un resserrement trop agressif, les marchés se mettent à spéculer sur des baisses de taux par la Fed l’an prochain.

Dans ce contexte, HSBC vient de réduire sa prévision du rendement du 10 ans américain fin 2019 de 40 points de base, à 2,10%. Il est vrai que ce taux, référence absolue de son univers, a perdu une trentaine de points de base en mars pour redescendre autour de 2,4%.

L’inversion de la courbe américaine n’inquiète cependant pas tout le monde. La présidente de la Réserve fédérale de San Francisco, Mary Daly, a ainsi déclaré mardi qu’elle n’était “pas paniquée” par ce signal qui ne sera pas nécessairement suivi, selon elle, par une récession.

De nombreuses pressions s’exerçant sur les taux longs n’ont rien à voir avec la santé de l’économie américaine et l’engagement de la Fed à adapter sa politique en fonction des indicateurs rend moins probable une entrée en récession, a-t-elle argumenté.

Les taux ne sont pas la seule chose à surveiller pour les investisseurs. Ils guettent également des avancées sur deux dossiers brûlants qui pèsent sur les marchés depuis des mois : le Brexit et les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine.

L’impasse persiste à Londres malgré la promesse de Theresa May de démissionner si l’accord de retrait qu’elle a négocié avec les Européens était enfin ratifié par la Chambre des communes.

“Il apparaît que beaucoup de parlementaires détestent davantage son accord que le fait de l’avoir à la tête du gouvernement”, commente l’analyste Michael Hewson (CMC Markets).

Les marchés financiers ne prennent pas totalement en compte dans leurs cours le risque d’un Brexit “dur”, a déclaré récemment pour sa part Mario Draghi aux chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, selon les déclarations de plusieurs hauts fonctionnaires.

LES ACTIONS FONT DE LA RÉSISTANCE

Sur le front du commerce, des progrès semblent avoir été réalisés dans les négociations entre Washington et Pékin mais des points de friction demeurent et le calendrier pour un accord reste flou.

Les intervenants de marché étudieront par ailleurs avec soin le rapport mensuel sur l’emploi et les salaires aux Etats-Unis que publiera vendredi prochain le département du Travail.

Les spéculations iront bon train parallèlement sur ce que pourrait annoncer la BCE à l’issue de sa réunion monétaire du 10 avril.

Si les rendements s’affolent ces derniers temps, les actions résistent plutôt bien, soutenues par le ton plus accommodant des grands instituts d’émission mais surtout par l’espoir d’un accord commercial entre les deux premières puissances économiques du monde.

Un test se profile pour les actions avec les résultats des entreprises au premier trimestre qui commenceront à tomber autour de la mi-avril.

“Aujourd’hui, malgré un ton plus accommodant de la Réserve fédérale américaine, nous approchons de la fin du cycle économique, ce qui entraîne une révision de la croissance des bénéfices”, écrivent dans une note les experts actions d’Unigestion.

“Cela devrait également mettre en lumière le haut niveau d’effet de levier qui caractérise le marché américain. Dans un tel contexte, nous pensons qu’il est temps pour les investisseurs de se concentrer sur la qualité.” (édité par Blandine Hénault)

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