January 25, 2019 / 11:27 AM / 4 months ago

Les obligations convertibles font un tabac en Asie

* Les émissions de convertibles au plus haut depuis dix ans

* Elles permettent d’amortir l’impact de la remontée des taux

* Les groupes high-tech, nouveaux émetteurs de convertibles

par Julia Fioretti

HONG KONG, 25 janvier (Reuters) - Les entreprises asiatiques ont de plus en plus recours aux émissions d’obligations convertibles pour tenter de limiter leurs coûts de financement dans un contexte de hausse des taux d’intérêt et de volatilité des marchés boursiers.

Banquiers et investisseurs pensent que cette demande accrue et l’environnement de resserrement monétaire pourraient permettre aux émissions de convertibles dans la région de dépasser leur record de 2007.

“Il y a une forte corrélation entre taux d’intérêt et volume d’émissions; donc, dans un environnement où les taux d’intérêt montent, l’emprunt convertible devient une source de financement attrayante”, explique Aaron Oh, responsable des opérations structurées en Asie-Pacifique de Credit Suisse.

L’emprunt convertible est un moyen de financement moins cher qu’un emprunt obligataire classique parce qu’il délivre un coupon plus bas en échange du droit accordé au détenteur de l’obligation de convertir ultérieurement celle-ci en actions de l’émetteur à un prix déterminé à l’avance.

“En prenons en compte la trajectoire des taux et la hausse des spreads, nous pensons que les émissions d’emprunts convertibles augmenteront cette année”, dit Artur Piasecki, gérant crédit pour l’Asie de BlackRock.

Les placements d’emprunts convertibles ont atteint l’an dernier en Asie leur niveau le plus élevé depuis la crise financière internationale, soit 35,5 milliards de dollars (31,3 milliards d’euros), un montant supérieur de 18% à sa moyenne sur cinq ans, selon des données de Refinitiv.

Les entreprises asiatiques devront rembourser 495,4 milliards de dollars d’obligations libellées en devise américaine au cours des deux prochaines années, un montant sans précédent depuis 2000, montrent les données de Refinitiv.

A 245,4 milliards de dollars, les échéances de cette année sont supérieures de 80% à la moyenne des cinq dernières années.

POINT D’INFLEXION

Les convertibles ont longtemps eu mauvaise presse auprès des chefs d’entreprise asiatiques car elles revenaient pour eux à brader des actions et à diluer leurs propres avoirs.

Elles étaient devenues d’autant moins intéressantes que les banques centrales inondaient les marchés de liquidités depuis la crise financière, tirant les taux d’intérêt vers le bas.

Mais la situation a changé: les taux remontent et la récente volatilité boursière rend plus attrayante l’option attachée aux actions.

Pour certains, le retour des convertibles atteste d’un retournement durable de tendance des marchés.

“La demande pour notre produit tend à augmenter lorsque les choses sont sur le point de changer; nous sommes donc fondamentalement à un point d’inflexion des marchés”, constate Nathan MacMurtray, responsable des produits adossés aux actions de CLSA.

Le dernier pic des émissions d’obligations convertibles remonte à 2007, juste avant la crise financière: la Bourse avait alors atteint de nouveaux sommets et les taux d’intérêt étaient encore élevés.

Les promoteurs immobiliers chinois, toujours à la recherche de liquidités, ont dominé le segment des obligations convertibles en 2018. Deux d’entre eux - Country Garden et Evergrande - ont placé plus de cinq milliards de dollars au total.

Les sociétés de hautes technologies, dont les cours de Bourse sont plus volatils, commencent également à se tourner vers les obligations convertibles parce que, entre autres raisons, émettre de la dette classique est plus difficile et plus coûteux.

LE RISQUE DE DILUTION À PRENDRE EN COMPTE

IQiyi, l’équivalent chinois de Neftlix, qui a levé 2,42 milliards de dollars lors de son introduction en Bourse sur le Nasdaq l’an dernier, a engrangé 750 millions de dollars supplémentaires en novembre en émettant des obligations convertibles à cinq ans, non notée, avec un coupon de 3,75% et une prime de conversion de 40%.

“Ça ne m’étonnerait pas qu’on voit une représentation sectorielle plus diversifiée, au-delà des seuls promoteurs” dans ce compartiment du marché, dit David Binnion, co-président des marchés de capitaux Asie hors Japon de Goldman Sachs.

La semaine dernière, le constructeur informatique chinois Lenovo Group a émis pour 675 millions de dollars d’obligations convertibles à cinq ans au coupon de 3,375%, réduisant ainsi nettement ses coûts d’emprunts puisque ses obligations classiques à cinq ans servent un rendement de 6% environ sur le marché secondaire.

“Pour beaucoup de clients, c’est un moyen de se financer par la dette moins cher”, dit Ashu Khullar, responsable des émissions Asie-Pacifique de Citigroup.

L’action Lenovo est en hausse de 29% depuis le début de 2018, ce qui veut dire que la prime de conversion de 40% intégrée à l’obligation - soit la différence entre le prix de l’obligation convertible et la valeur de l’action ordinaire - limitera la dilution éventuelle en cas de conversion.

Le risque de dilution lié à l’augmentation du nombre d’actions, qui réduit mécaniquement les parts des actionnaires existants, reste l’un des principaux inconvénients des obligations convertibles mais une prime de conversion élevée peut le rendre plus acceptable pour les actionnaires existants.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand

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