January 17, 2019 / 2:30 PM / in 6 months

LEAD 2-France-Un député vise Macron dans un signalement sur Alstom

* Le député LR Alain Marleix saisit le parquet de Paris

* Il met en cause Emmanuel Macron dans le dossier Alstom-GE

* Un pacte de corruption autour de la vente du pôle énergie ?

* Un ancien cadre d’Alstom dénonce le chantage américain

* Ses accusations sont corroborées par l’Assemblée nationale (Avec éléments supplémentaires)

PARIS, 17 janvier (Reuters) - Le député Les Républicains Olivier Marleix met en cause Emmanuel Macron dans un signalement transmis jeudi au parquet de Paris sur les conditions de la vente du pôle énergie d’Alstom au groupe américain General Electric en 2016.

L’ex-président de la commission d’enquête parlementaire sur les décisions de politique industrielle de l’Etat a précisé à Reuters qu’il s’appuyait sur l’article 40 du code de procédure pénale, confirmant une information du Monde.

Cet article prévoit que toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit, est tenu d’en informer le procureur de la République.

Ce signalement est en cours d’analyse au parquet de Paris, a-t-on précisé à Reuters de source judiciaire.

“Dans le cas Alstom, ma conviction personnelle, au terme de six mois d’investigations, est que le ministre de l’Economie de l’époque, Arnaud Montebourg, a été court-circuité par Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint de la présidence de la République”, a expliqué le député à Reuters.

Emmanuel Macron a succédé en 2014 à Arnaud Montebourg, quelques mois avant la signature du rachat du pôle énergie d’Alstom par GE, le 4 novembre de la même année, et a autorisé d’autres ventes concernant notamment Alcatel, Technip et STX.

Or le député dit avoir découvert des gens qui semblent avoir eu “intérêt à l’aboutissement de ces ventes”, notamment au titre de conseils, parmi les donateurs et organisateurs de levées de fonds pour la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron.

“Le fait que l’on puisse retrouver dans la liste des donateurs ou des organisateurs de dîners de levée de fonds des personnes qui auraient été intéressées (à ces ventes) ne peut qu’interroger”, a-t-il déclaré à Reuters, reprenant la teneur de son courrier au procureur. “S’il était vérifié, un tel système pourrait être interprété comme un pacte de corruption.”

RENVOI D’ASCENSEUR ?

Emmanuel Macron a levé en un an, sans parti politique, environ 15 millions d’euros de dons, souligne-t-il. “A tout le moins c’est un mélange des genres. La question que je me pose c’est : est-ce un système de renvoi d’ascenseur ?”

La commission d’enquête a permis d’évaluer à 165 millions d’euros hors taxe les sommes versées du seul côté d’Alstom à des intermédiaires, rappelle Olivier Marleix. “Lorsque vous êtes celui qui signe l’autorisation (de vente), vous vous faites un certain nombre d’obligés”, ajoute-t-il.

Interrogé par Reuters, une source proche du chef de l’Etat a répliqué que les questions posées sur son rôle par le député l’avaient “déjà été lors de la commission d’enquête”.

Olivier Marleix s’interroge d’autre part dans sa lettre au procureur sur l’absence de poursuites pénales contre Alstom en France pour des faits de corruption présumés dans plusieurs pays entre 2000 et 2011, qui lui ont valu de payer une lourde amende aux Etats-Unis, ce qui a contribué à déstabiliser le groupe.

Il avait déjà dit en avril 2018, lors de la présentation des conclusions de la commission parlementaire, avoir la conviction “qu’en autorisant la vente d’Alstom à GE, l’Etat (avait) failli à préserver les intérêts nationaux”.

Un ex-cadre d’Alstom, Frédéric Pierucci, dénonce pour sa part les circonstances troubles de cette vente dans un livre publié ces jours-ci, “Le piège américain” (JC Lattès).

POTS-DE-VIN

Selon lui, Alstom a été contraint de vendre sous la pression des Etats-Unis, où il a été arrêté le 14 avril 2013 à New York, à sa descente d’avion, dans ce qu’il décrit comme une “guerre économique souterraine” livrée à l’Europe.

Le patron monde de la branche chaudières d’Alstom a alors appris qu’il était mis en cause dans une affaire de pots-de-vin versés en 2003 et 2004 pour obtenir un contrat en Indonésie, que le groupe faisait l’objet d’une enquête du département américain de la Justice (DoJ) pour corruption et que son PDG, Patrick Kron, refusait de coopérer “pleinement”.

Frédéric Pierucci est enchaîné, vêtu en orange et incarcéré à la prison de haute sécurité de Wyatt dans le Rhode Island.

“Et là, petit à petit, je comprends que je suis en fait un otage et que la véritable cible est le patron d’Alstom et l’entreprise et que le département de la justice américaine veut faire payer une grosse amende à l’entreprise et effectivement la racheter derrière”, a-t-il raconté mercredi sur France Inter.

Les auteurs du livre accusent les Etats-Unis d’avoir érigé ce type de pression en stratégie contre les entreprises européennes pour favoriser l’industrie américaine.

Patrick Kron nie la version du “Piège américain”. Mais, dans son rapport, la commission d’enquête parlementaire d’Olivier Marleix accrédite cette thèse : “La menace d’une amende a-t-elle pu peser sur la décision de M. Kron de vendre ? (...) Notre Commission d’enquête répond par l’affirmative.” (Emmanuel Jarry et Danielle Rouquié, avec Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse)

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