January 17, 2019 / 12:09 PM / 2 months ago

Siemens-Alstom-Paris et Berlin mettent la Commission en garde contre un veto

* Pression maximale avant la décision de la Commission

* Paris et Berlin veulent une stratégie industrielle

* Le géant chinois du rail en embuscade

PARIS/BERLIN, 17 janvier (Reuters) - La France et l’Allemagne ont mis en garde la Commission européenne contre la tentation d’opposer un veto au projet de fusion entre Alstom et Siemens dans le rail, une décision cruciale pour la capacité de l’UE de bâtir des champions européens dans un marché mondialisé.

L’autorité allemande de la concurrence s’est prononcée contre cette fusion soutenue par Paris et Berlin et plusieurs sources affirment que les services de la Commission sont du même avis, ce qui constituerait un camouflet pour Emmanuel Macron.

La décision sera prise sur la base d’une proposition de la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager, qui a présenté mardi à la Commission tout entière un état des lieux de la procédure de contrôle en cours, chose rare à Bruxelles, avant la décision qui sera rendue le 18 février au plus tard.

La France et l’Allemagne, les deux plus grands pays de l’Union européenne, n’ont pas pris de gants pour avertir l’exécutif européen qu’il serait très malvenu de suivre les services spécialisés dans le respect de la seule concurrence.

Face à la concurrence notamment chinoise, l’Europe doit être capable de créer des champions industriels, a dit mercredi le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

“Un refus de la Commission européenne serait une erreur économique mais aussi une faute politique, ce serait un mauvais signal envoyé aux peuples européens à un moment où l’Europe (...) a échoué à protéger nos concitoyens européens (...) nos entreprises”, a-t-il déclaré à l’issue du conseil des ministres présidé par Emmanuel Macron, l’un des artisans du rapprochement.

“VOLONTARISME POLITIQUE”

Ce sentiment a participé à la naissance du mouvement des “Gilets jaunes”, qui perturbe la France depuis des mois, a-t-il ajouté, une manière de mettre la Commission devant ses responsabilités à quelques mois du scrutin européen de mai 2019.

“Nous avons là les moyens de démontrer au peuple européen que, par volontarisme politique, nous créons un champion industriel européen avec des emplois en Europe”, a-t-il poursuivi. “Saisissons cette opportunité.”

Dans la forme, le gouvernement allemand s’est montré mercredi soir un peu plus diplomate mais la France et l’Allemagne sont sur la même longueur d’ondes.

“La décision antitrust est de la responsabilité de la Commission européenne”, a dit à Reuters son porte-parole. “Le gouvernement allemand considère que la fusion prévue est un important projet de politique industrielle afin de consolider la compétitivité de l’industrie ferroviaire européenne.”

Le gouvernement allemand est également assuré du soutien de sa majorité parlementaire.

“Bien sûr que l’autorité européenne chargée de la concurrence est indépendante”, a dit à Reuters l’influent député allemand de la CDU, Joachim Pfeiffer.

“Mais ils doivent prendre en compte le marché mondial. Il ne s’agit pas d’un feu de signalisation sur une voie en Bulgarie, la question est de savoir si l’Europe aura un acteur de taille mondiale dans l’industrie ferroviaire ou non.”

“La compagnie chinoise géante sera bientôt un concurrent non seulement sur des marchés tiers, du Mexique à l’Asie, mais aussi à l’intérieur de l’UE”, a-t-il ajouté. “L’autorité de la concurrence ne se place pas sur le bon terrain de la concurrence : pour le rail, c’est le marché mondial.”

Il s’agit là d’une référence au groupe public chinois CRRC mais aussi au canadien Bombardier.

INQUIÉTUDE POUR LES TGV

Les autorités européennes de la concurrence ont envoyé le 31 octobre dernier une “communication de griefs” à Alstom et Siemens qui montre que leurs inquiétudes portent sur le monopole que créerait la fusion dans les trains à grande vitesse.

Selon des sources proches du dossier, les deux groupes se sont déclarés prêts à vendre l’une de leurs technologies de TGV afin de répondre à ces inquiétudes mais cela ne semble pas suffisant pour Bruxelles et cela alarme les syndicats d’Alstom.

La Commission a souvent été critiquée dans un passé lointain pour avoir appliqué de manière aveugle les règles de concurrence, sans tenir compte de la nécessité de créer des champions européens susceptibles de résister à la pression mondiale, en l’occurrence les grands groupes chinois.

En 1991, le veto de Bruxelles au rachat du constructeur canadien de turbo-propulseurs De Havilland par le couple franco-italien Aérospatiale-Alenia avait été considéré comme une illustration de l’absence de stratégie industrielle.

Mais le règlement de la concurrence a été réformé au début des années 2000 pour adapter le droit européen et la concurrence n’est plus le seul critère utilisé.

Le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a rappelé mardi dernier que la Commission “réfléchit dans son intégralité”.

“Nous voulons prendre en compte les évolutions de l’économie de demain. Nous ne sommes pas naïfs, nous ne regardons pas l’avenir avec le prisme d’hier”, a-t-il ajouté en rendant compte de la réunion consacrée à la fusion Alstom-Siemens. (Yves Clarisse, avec Andreas Rinke, édité par Jean-Baptiste Vey)

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