January 16, 2019 / 7:27 AM / 2 months ago

RÉACTIONS d'économistes et de gérants au rejet de l'accord de Brexit

PARIS, 16 janvier (Reuters) - Principales réactions d’économistes et de gérants au rejet massif par les parlementaires britanniques de l’accord de sortie du pays de l’Union européenne négocié entre Londres et Bruxelles, un vote qui plonge le pays dans l’incertitude :

STÉPHANE DÉO, STRATÈGE CHEZ LBPAM

“Pour l’instant, le marché reste étonnamment placide. La défaite de May était annoncée, son ampleur ne semble pas avoir affecté les marchés, tout au moins les marchés de change, outre mesure. La livre traite à 0,887 ce matin contre un euro, ce qui est dans la fourchette vue depuis le référendum de 2016 et qui ne dénote pas de mouvement de panique, loin de là.

“A très court terme, depuis lundi, les mouvements tant sur la devise que sur la volatilité implicite restent aussi mesurés. Il faut donc croire qu’effectivement, le résultat du vote était dans une très large mesure attendu et que le marché continue de faire l’hypothèse qu’un ‘hard Brexit’ est peu probable.

“Les bookmakers cotent la probabilité qu’aucun accord ne soit trouvé avant le 1er avril à seulement 12,2%. C’est cohérent avec les mouvements de marché, mais au vu de la complexité du processus cela nous semble d’un optimisme béat…”

STEFAN KREUZKAMP, DIRECTEUR DES INVESTISSEMENTS DE DWS

“Malheureusement, tout est possible: de nouvelles élections, une prolongation de l’échéance de l’article 50 ou même un second référendum. Comme beaucoup de nos pairs, nous continuons d’espérer une sortie ordonnée du Royaume-Uni de l’UE. Mais le chemin pour y arriver reste flou, et en tout cas pavé de nombreux obstacles.

“Nous devons également reconnaître que la probabilité d’un Brexit ‘dur’ a augmenté. Même si la majorité des députés britanniques affirment vouloir l’éviter, toute la mise en place du Brexit continue d’être fortement guidée par les intérêts du parti. Il est important de se souvenir que tout a commencé par un pari raté sous David Cameron, alors pourquoi cela ne finirait-il pas comme ça ? Le comportement des politiciens britanniques à ce jour n’a certainement pas réduit nos préoccupations à cet égard.”

DEAN TURNER, ÉCONOMISTE CHEZ UBS

“Le chemin devant nous reste incertain et toutes les options sont sur la table. Theresa May a indiqué qu’elle entendrait tous les membres de la Chambre des communes avant de décider comment procéder. Nous estimons que Theresa May essaiera de rechercher des améliorations à l’accord de retrait rejeté avant de le présenter à nouveau au Parlement pour approbation. Si elle n’y parvient pas, alors les chances que le Parlement ait davantage son mot à dire dans le processus augmentent. En l’état actuel des choses, un report au-delà du 29 mars du Brexit semble plus probable.

“Nous ne recommandons pas aux investisseurs d’avoir des opinions arrêtées sur le sterling, les gilts ou les actions britanniques tant que cette absence de clarté est aussi manifeste.

“Au sein des portefeuilles existants, les investisseurs seraient bien avisés de limiter leur exposition britannique à des niveaux ‘benchmarks’.”

NOMURA, ÉQUIPE DE STRATÉGIE SUR LES CHANGES

“Nous nous attendons à ce que le gouvernement survive au vote (de confiance) étant donné que l’ERG (alliance de parlementaires conservateurs) et le parti DUP ont déjà laissé entendre qu’ils soutiendraient le gouvernement.

“C’est probablement la raison pour laquelle le marché traite le risque de nouvelles élections avec une faible probabilité et que la livre sterling a progressé après le vote. Une fois que le vote de défiance sera passé, l’attention du marché se tournera vers le plan B la semaine prochaine.

“De notre point de vue, le marché estime qu’il y aura une majorité au Parlement en faveur d’un Brexit plus ‘soft’ et contre un Brexit sans accord. (...) C’est pourquoi la livre sterling continuera de monter et pourquoi nous avons repris notre position vendeuse sur la parité euro-sterling à 0,8880.

“Nous ne sommes pas entrés dans une telle position à la légère; cela a été une décision difficile à prendre alors que le risque d’une défaite pour le gouvernement pourrait faire significativement baisser la livre. Mais pour le moment, nous pensons que le marché anticipera l’issue d’un Brexit plus ‘soft’ et que la livre en bénéficiera.”

CHARLES SAINT-ARNAUD, STRATÈGE CHEZ LOMBARD ODIER IM

“Nous pensons que le vote de confiance a peu de chances d’aboutir car, malgré leurs différences, le DUP et les rebelles conservateurs n’ont aucun intérêt à renverser le gouvernement. Cela signifie que la prochaine étape sera probablement que le Premier ministre rencontre ses homologues européens pour tenter d’obtenir des concessions et soumette un nouvel accord plus acceptable au Parlement.

“Cependant, on ne sait toujours pas si un tel accord serait approuvé lors d’un second vote, ouvrant ainsi la porte à d’autres scénarios: Brexit sans accord, Brexit à la norvégienne, deuxième référendum, pas de Brexit du tout.

“Néanmoins, ce qui devient de plus en plus clair, c’est que le risque extrême d’un Brexit sans accord diminue rapidement. Il existe un large consensus sur le fait que ce scénario doit être évité à tout prix. Cela signifie qu’une prolongation du délai du 29 mars est très susceptible de permettre la réalisation d’autres scénarios, notamment un second référendum qui devient de plus en plus probable.

“Avec la réduction du risque extrême d’un Brexit sans accord, nous pensons que les actifs britanniques, en particulier le GBP, devraient s’apprécier au cours de l’année à venir, le GBP/USD pouvant atteindre 1,40 cette année. Toutefois, étant donné le niveau d’incertitude et la probabilité que la date butoir du Brexit soit repoussée, le moment de l’appréciation pourrait être reporté au second semestre.

“Le principal risque négatif à cette vue serait que le parti travailliste remporte une éventuelle élection générale. Bien que cela signifierait probablement un Brexit plus modéré, le programme du parti préconise la nationalisation de certaines industries et une augmentation des taxes et impôts, qui auront vraisemblablement un impact à long terme sur l’économie britannique.”

NEIL DWANE, STRATÈGE CHEZ ALLIANZ GLOBAL INVESTORS

“A l’avenir, nous voyons trois éléments clés à considérer:

- L’incertitude persiste. Même si un scénario extrême est évité, l’incertitude persistera étant donné que tout accord de retrait sera la base des futures relations commerciales. Par conséquent, les investisseurs et entreprises doivent se préparer à de multiples scénarios.

- L’impact du Brexit sera inégal. Quelle que soit l’issue finale du Brexit, davantage de tensions avec l’Europe sur le commerce semblent inévitables. Cela affectera les pays membres de l’Union européenne, le Royaume-Uni et leurs divers secteurs de façons diverses.

- Le Brexit entraîne de la volatilité pour les actifs britanniques. Mais le marché boursier britannique n’est pas l’économie britannique. Au sein du FTSE 100, 70% du chiffre d’affaires des sociétés est réalisé à l’étranger. La dichotomie entre les valeurs britanniques exposées à l’international ou à leur marché local pourrait bien se poursuivre”.

DOMINIC BUNNING, STRATÈGE SUR LES CHANGES CHEZ HSBC

“Si le gouvernement survit [au vote de défiance mercredi, ndlr], l’incertitude autour de la politique de Brexit pourrait persister, mais au moins le temps consacré à une élection générale ne serait pas perdu. Le gouvernement pourrait pivoter vers une stratégie alternative pour éviter un ‘no deal’, son accord actuel ayant été confronté à une large opposition. Tout changement clair et décisif de politique, probablement en faveur d’un Brexit plus ‘soft’, qui aurait de grandes chances d’être approuvé par le Parlement, serait favorable à la livre sterling. Mais jusqu’à ce qu’une telle étape décisive soit prise politiquement, il est difficile d’attendre une hausse importante et durable du sterling. La parité livre-dollar devrait rester volatile mais quelque peu encadrée alors que l’incertitude sur la direction politique prévaut”.

DAVE LAFFERTY, RESPONSABLE DE LA STRATÉGIE DE MARCHÉ DE NATIXIS INVESTMENT MANAGERS

“Après avoir repoussé le premier vote de décembre, puis perdu dans une grande mesure la nuit dernière, nous voyons à quel point Theresa May dispose de peu de marges de manoeuvre. Il n’y a pratiquement aucun terrain d’entente entre ce que le parlement demandera et ce que Bruxelles approuvera.

Notre point de vue depuis le référendum était qu’un Brexit ‘soft’ ou négocié serait difficile à atteindre. Le vote d’aujourd’hui [motion de censure, ndlr] est simplement l’étape suivante confirmant à quel point la position britannique a été faible lors de la négociation. Peut-être que quelques parlementaires vont reconsidérer la gravité de la situation à l’approche de la date limite du 29 mars, mais nous pensons que la probabilité pour qu’un accord soit trouvé au parlement est désormais inférieure à 20%.

“Les options à disposition de Theresa May sont la révocation de l’article 50 (...), ce qu’elle ne soutient pas, ou une sortie sans accord avec l’Union européenne, ce qu’elle perçoit comme imprudent voire désastreux.

“De notre point de vue, l’issue la plus probable est que Theresa May approuve soit un report ou une révocation de l’article 50, ce qui reviendrait à appuyer sur le ‘bouton pause’ avant que le train ne sorte des rails. Les entreprises et ménages britanniques doivent s’attendre à vivre avec une incertitude continue pendant encore longtemps”.

ADRIAN PAUL, ECONOMISTE CHEZ GOLDMAN SACHS

La défaite écrasante de Theresa May à la Chambre des Communes rend au final un peu plus probable la perspective d’un Brexit adouci, retardé, voire annulé, estime l’économiste.

“Nous pensons que la perspective d’un Brexit ‘sans accord’ désordonné s’est un peu plus éloignée”.

Il fait également état de la probabilité accrue d’un report de la date du 29 mars prochain, fixée par application de l’Article 50 du traité européen.

KALLUM PICKERING, ÉCONOMISTE CHEZ BERENBERG

“De notre point de vue, la nouvelle est légèrement positive car Theresa May pourrait bientôt être forcée d’explorer différentes options pour le Brexit qui pourraient obtenir la majorité au Parlement et ne plus perdre du temps à pousser en faveur d’un accord condamné à l’échec.

“Les marchés avaient largement anticipé le fait que Theresa May perde le vote et nous serions donc surpris si les actifs britanniques étaient vendus massivement (aujourd’hui). Les espoirs qu’une défaite d’ampleur puisse ouvrir à la voie à un Brexit plus ‘soft’ devraient neutraliser tout impact négatif des incertitudes accrues et du vote de confiance”.

SONALI PUNHANI, ÉCONOMISTE CHEZ CREDIT SUISSE

“Nous continuons de penser qu’un Brexit sans accord traumatisant est le scénario le moins probable étant donné qu’il y a une majorité parlementaire pour éviter un ‘no deal’. Notre scénario central reste qu’un ‘soft’ Brexit est plus probable qu’une sortie du Royaume-Uni sans accord. Mais la voie vers une telle issue devrait impliquer un surcroît de stress politique au Royaume-Uni et de l’incertitude dans les prochains jours et semaines”.

MICHAEL HEWSON, ANALYSTE MARCHÉS CHEZ CMC MARKETS

“Nous entendons beaucoup qu’il n’y a pas de majorité au parlement pour un Brexit sans accord, et pourtant nous faisons face justement à un tel scénario. La grande question est de savoir ce qui va se passer concernant l’Article 50. Est-ce que les parlementaires vont l’étendre ou le révoquer, étant donné qu’ils nous répètent constamment qu’ils ne veulent pas d’un scénario de ‘no deal’?”.

CITI

“Après le rejet massif, des modifications mineures ne permettront pas à l’accord de survivre. A l’inverse, un Brexit sans accord n’est pas soutenu par la Première ministre, et le Parlement fera tout pour empêcher cela. La probabilité d’une extension de l’Article 50 est désormais très élevée, et la probabilité d’une révocation de l’Article 50 augmente également”. (Service Macro-Marchés)

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