December 18, 2018 / 5:03 PM / in 5 months

GB-Les quatre grands cabinets d'audit face à une réforme majeure

* Proposition pour séparer les services d’audit et de conseil

* La CMA recommande deux cabinets d’audit pour les grands groupes

* Le gouvernement veut mettre en place un nouveau régulateur

par Huw Jones

LONDRES, 18 décembre (Reuters) - Les quatre géants de l’audit sont sous la menace d’une réforme radicale en Grande-Bretagne si sont adoptées des propositions destinées à réduire leur domination sur leur secteur, notamment en les contraignant à séparer leurs activités d’audit et de conseil.

Deux rapports rédigés à la demande du gouvernement britannique et publiés mardi constituent la tentative la plus ambitieuse à ce jour de réforme du secteur de l’audit, dominé par EY, Deloitte, KPMG et PricewaterhouseCoopers (PwC).

Ce “Big Four” certifie les comptes de 341 des 350 plus grandes sociétés cotées en Grande-Bretagne.

Certains responsables politiques ont fustigé le laxisme du secteur et la “timidité” de son régulateur en raison de leur incapacité à prévoir la chute de la chaîne de grands magasins BHS et celle du groupe de construction Carillion.

Dans un rapport commandé par le ministère des Entreprises, le président de l’assureur Legal & General, John Kingman, estime que l’autorité de tutelle du secteur, le Financial Reporting Council (FRC), devrait être remplacée par un nouveau superviseur, constitué d’une nouvelle équipe et doté de pouvoirs renforcés et d’attributions en matière de concurrence.

Il serait financé par une taxe prélevée sur les cabinets d’audit.

“Nous devons bâtir une nouvelle maison”, a déclaré John Kingman à la presse.

Cette nouvelle autorité - baptisée Audit, Reporting and Governance Authority - réglementerait directement les cabinets d’audit et établirait une ligne de démarcation claire entre un FRC “excessivement consensuel” et les Big Four, dont il est perçu comme trop proche, a ajouté John Kingman.

Ce nouveau régulateur aurait également le pouvoir de poursuivre en justice tout administrateur de société qui se serait rendu coupable d’actes répréhensibles.

Le ministre des Entreprises, Greg Clark, a dit que le gouvernement mettrait en place ce nouveau régulateur.

DE NOUVELLES LOIS NÉCESSAIRES

L’autorité britannique de la concurrence et des marchés (CMA) a également rendu les conclusions provisoires de son analyse du marché entamée il y a quelques mois.

Dans ce rapport, la CMA n’appelle pas à un démantèlement des “Big Four” mais propose de séparer leurs activités d’audit et leurs services de conseil dans deux entités opérationnelles distinctes.

Elle suggère également que les entreprises fassent appel à deux cabinets pour vérifier leurs comptes.

“Nous proposons que l’audit des entreprises du FTSE350, qui regroupent les 350 plus grandes sociétés britanniques cotées, soit réalisé conjointement par deux sociétés, dont l’une au moins ne serait pas l’une des Big Four”, dit-elle l’AMC.

Les filiales d’une société seraient réparties entre ces deux auditeurs, les deux arrêtant les comptes consolidés.

La mise en oeuvre des propositions de la CMA passe par de nouvelles lois.

“Nous sommes favorables à ces changements qui améliorent la qualité de l’audit et maintiennent la position concurrentielle du Royaume-Uni alors que nous nous préparons à quitter l’UE”, a déclaré David Sproul, associé principal de Deloitte.

De son côté, EY a déclaré qu’il soutiendrait des mesures viables qui améliorent réellement la qualité de l’audit afin de restaurer la confiance dans ce secteur.

“Il faudra peut-être des années pour résoudre les problèmes”, estime le président de la CMA, Andrew Tyrie. “S’il s’avère que ces propositions ne sont pas assez ambitieuses, la CMA persistera jusqu’à leur solution.”

Les audits conjoints coûteraient environ 20% de plus que celui d’un seul auditeur.

La CMA suggère que, si les audits conjoints ne fonctionnent pas, une option serait de s’assurer que certains des grands contrats d’audit ne soient pas accessibles aux Big Four.

Parmi les autres recommandations de la CMA, figure un “devoir d’alerte”, obligeant les auditeurs à informer le régulateur en cas de doute sérieux sur la viabilité d’une entreprise. (Catherine Mallebay-Vacqueur pour le service français, édité par Bertrand Boucey)

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